Préface
Les gens d’abord, pas le profit
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Certains pensent que les immigrés et les réfugiés envahissent notre pays. C’est pourtant loin d’être le cas. Pour l’ensemble de la Belgique, il y a 81 279 Marocains et 39 885 Turcs. La majorité des non-Belges viennent des pays de l’Union européenne (Italie, France et Pays-Bas).
Certains patrons font appel à l’immigration pour combler les « postes dont personne ne veut » alors que tant de jeunes, et en particulier des jeunes d’origine étrangère, sont sans emploi. Ce phénomène n’est pas nouveau. Les patrons se sont toujours servis de l’immigration pour faire pression sur les salaires et les conditions de travail. Les travailleurs issus de l’immigration gagnent en moyenne de 10 à 25 % de moins que les travailleurs d’origine belge.
La plupart des immigrés en Belgique sont des ouvriers, de même que leurs enfants. 95 % des Turcs et des Marocains ont un statut d’ouvrier contre 50 % des Belges. Ils ont les mêmes devoirs que les autres travailleurs, à savoir travailler, payer des impôts… mais ils n’ont pas les mêmes droits, et encore moins les mêmes chances.
Il est manifeste qu’une telle situation d’inégalité n’est bénéfique pour personne qu’il s’agisse des travailleurs belges ou immigrés. C’est pourquoi nous réclamons des droits égaux pour tous. L’étranger qui séjourne légalement dans notre pays depuis trois ans devrait pouvoir acquérir automatiquement la nationalité belge. C’est la manière la plus simple d’obtenir l’égalité des droits. Cela ne résoudra pas tous les problèmes de racisme et de discrimination, mais ce sera déjà un grand pas de franchi. Il sera alors plus facile de développer l’unité dans la lutte pour « les gens d’abord, pas le profit ».
Loi actuelle dite de la « naturalisation rapide » permet-elle à tous ceux qui le souhaitent de devenir Belges ? Au cours des deux années qui ont suivi l’adoption de la loi en question, on a effectivement assisté à une augmentation des naturalisations. Le nombre de nouveaux Belges a augmenté de près de 63 000 par an. Mais dès 2002, ce chiffre a fortement chuté pour atteindre 31 512 en 2005. À présent, nous sommes à nouveau au même stade que celui d’avant la loi de la « naturalisation rapide ».
Aujourd’hui l’étranger qui introduit une demande de naturalisation n’a que 33,8 % de chances d’obtenir une réponse positive. En 1998 ce pourcentage s’élevait à 80 %. Le temps d’attente a également augmenté. Depuis la loi de la « naturalisation rapide », il est passé à deux ans en moyenne, soit deux fois plus longtemps qu’avant la loi. Vous avez dit « naturalisation rapide » ?
Tout cela est dû au caractère arbitraire de la loi, qui stipule que la demande de naturalisation peut être refusée en cas de « faits personnels graves ». C’est ce que l’on appelle une notion élastique. Dans la pratique, quelques amendes de circulation suffisent pour que la demande de naturalisation soit refusée. C’est pourquoi nous militons pour l’attribution automatique de la nationalité basée sur un critère objectif comme la durée du séjour.
Trouver un emploi est l’une des principales raisons qui poussent les étrangers à demander la nationalité belge. En effet, les non-Belges ont beaucoup moins de chances d’accéder aux services publics. À Bruxelles, les services publics constituent plus de 60 % de l’emploi. Les petits patrons refusent d’engager des non-Belges à cause des complications administratives. À cela vient s’ajouter la discrimination sur le marché de l’emploi. Une enquête a démontré que beaucoup d’employeurs embaucheront plus facilement un candidat qui s’appelle Jean qu’un candidat prénommé Mohammed, même si tous deux présentent le même profil et qu’ils ont donné exactement les mêmes réponses aux tests. Les autorités reconnaissent le problème mais se limitent à « convaincre » les employeurs. On attend toujours le test de situation promis qui devrait permettre de déterminer si un employeur fait preuve de discrimination ou non.
Les autorités pourraient donner le bon exemple mais elles ne le font pas. Pour réduire la discrimination dont sont victimes les immigrés, les autorités pourraient prévoir plus d’emplois dans l’enseignement, les soins de santé et les administrations publiques puisque ces secteurs emploient 16 % des Belges, mais à peine 2 % des Turcs et 4 % des Marocains.
Cette discrimination est une frustration pour les jeunes d’origine étrangère, ces enfants d’immigrés qui ont contribué au développement de notre pays. Ils ont du mal à supporter ce rejet, d’abord à l’école et plus tard sur le marché du travail. Certains d’entre eux peuvent parfois dérailler, on pourrait en grande partie l’éviter en mettant fin à cette discrimination et ces inégalités.