Préface
Les gens d’abord, pas le profit
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Le fossé entre les pays industrialisés (« le Nord ») et les pays du tiers monde (« le Sud ») ne cesse de s’élargir. Le sous-développement du Sud est la conséquence de plusieurs siècles de rapports inégaux entre le Nord et le Sud. Pour y remédier, il ne suffit pas d’augmenter l’aide au développement, mais il faut un revirement total des relations de notre pays avec le Sud.
Le libre-échange des marchandises est régi par la loi du plus fort – ou du plus riche. Les accords de libre-échange ont permis aux grandes multinationales d’accéder librement aux marchés et services publics dans le Sud. Ainsi, suite à la libéralisation du commerce international du poisson, par exemple, les tarifs à l’importation sur le poisson ont chuté à 5 % aux Philippines. Résultat, un cinquième des petits pêcheurs aux Philippines ont perdu leur emploi. L’Union européenne entretient des accords de partenariat économique (APE) avec 75 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (les pays ACP), qui doivent s’ouvrir à l’importation de biens et services européens sans pouvoir protéger leur économie contre cette concurrence. La Belgique doit veiller à ce que tout accord commercial garantisse la protection de l’économie locale des pays du Sud. Quant aux services publics et secteurs sociaux, ils doivent être exclus du champ d’application de ces accords.
La plupart des pays du tiers monde croulent sous les dettes. Les pays d’Afrique noire remboursent chaque année 10 milliards de dollars aux créanciers étrangers. Soit quatre fois plus que ce qu’ils dépensent pour les soins de santé et l’enseignement. Cette dette est un frein au développement. Sans compter les conditions imposées par les créanciers et les institutions financières internationales (le Fonds monétaire international, la Banque mondiale) pour l’obtention d’une réduction de dette : économies au niveau des secteurs sociaux, privatisation des services publics et ouverture de l’économie. Nous proposons que la Belgique annule la dette des pays du tiers monde, une dette qui s’élève à environ 2,8 milliards d’euros.
Notre pays doit, au sein de l’Union européenne, œuvrer pour l’annulation des autres dettes. La Belgique doit s’opposer aux conditions d’annulation imposées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Elle doit prendre l’initiative d’œuvrer pour une annulation générale de la dette du Sud vis-à-vis des institutions multilatérales et des grandes banques privées.
En 2006, la Belgique a consacré seulement 0,5 % du produit intérieur brut (PIB) à l’aide au développement. Cela fait pourtant des années qu’il a été décidé que les pays riches devaient affecter 0,7 % de leur PIB à l’aide au développement. Et malgré ce taux infime, notre gouvernement utilise toutes sortes d’astuces en insérant dans « l’aide au développement », par exemple, les dépenses pour la mission de paix internationale au Congo et l’annulation de la dette du Congo et autres pays. Donnant ainsi l’impression que l’aide au développement de la Belgique est plus importante qu’elle ne l’est en réalité (0,37 % en 2006). Le Parlement a décrété que la Belgique devrait atteindre les 0,7 % d’ici 2010. Ce qui implique un sérieux effort, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, puisqu’il devra s’agir d’une véritable aide au développement et non de budgets « déguisés » pour une collaboration militaire, annulation de la dette ou accueil de demandeurs d’asile.