Préface
Les gens d’abord, pas le profit
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Jean, un travailleur à la chaîne, gagne 1 500 euros par mois. Il touche également chaque année 100 euros d’intérêts sur son livret d’épargne. Son patron, Charles-Henri, s’octroie un traitement annuel de 1 million d’euros. Mais il détient également des actions de l’entreprise, lesquelles valent 100 millions d’euros. Enfin, valaient… Parce que leur valeur a augmenté de 22,79 % en un an. Cela lui a donc fait gagner 22,79 millions d’euros. En outre, ses actions lui ont encore rapporté un dividende de 3,92 millions d’euros.
Théoriquement, les impôts sont progressifs : plus haut est le revenu, plus haut est le tarif d’imposition. C’est également vrai pour les salaires. L’impôt des personnes sur le revenu est le seul où, proportionnellement, le travailleur Jean paie moins que son patron Charles-Henri.
Il convient toutefois d’ajouter que, ces dernières années, le gouvernement a un tantinet détricoté le caractère progressif de l’impôt. Il a en effet supprimé les échelons d’imposition de 52,5 et 55 % sur les revenus les plus élevés. Le ministre Reynders voudrait même que disparaisse celui de 50 %.
Mais ce caractère progressif ne vaut pas pour les autres revenus. Il y a même d’énormes richesses sur lesquelles Charles-Henri ne doit pas payer le moindre impôt. Il paie 0,0 % sur sa fortune de 100 millions d’euros. (10 % de la population possède la moitié de toute la richesse de notre pays.) Charles-Henri paie également 0,0 % sur les plus-values de revente de ses actions en bourse.
Pour les autres taxes, Charles-Henri paie exactement la même chose que son salarié : TVA, taxe environnement, taxes sur les sacs-poubelle, accises sur le tabac, l’alcool et l’essence. Cela signifie que les sacs-poubelle représentent 0,3 % du revenu de Jean et seulement 0,0003 % de celui de Charles-Henri. Celui-ci peut également déduire la taxe routière de ses impôts. En outre, si Jean habite une commune plus pauvre, il paie des taxes communales à un taux plus élevé. Cela vaut également pour le précompte immobilier de sa maison.
C’est pourquoi environ 50 % du revenu du travailleur Jean est absorbé par les impôts, alors que Charles-Henri ne déduit à peine que 5 % du sien. C’est injuste. Les impôts sont nécessaires pour financer l’enseignement, les routes, les équipements sociaux, etc. Mais ce seraient les épaules les plus fortes qui devraient porter les charges les plus lourdes. Dans ce cas, les impôts pourraient contribuer à mieux répartir la richesse.