
« Puisqu’il faut une foule immense au gouvernement pour démissionner, nous la lui apporterons sur un plateau ! », lance le dirigeant syndical Petru Dandea. Les manifestations s’étendent en Roumanie, où certains fonctionnaires ne gagnent que 160 euros par mois. (Photo Damiano Benzoni)
Le mouvement contestataire a débuté après l’annonce de la démission du fondateur du service médical d’urgence, Raed Arafat, qui contestait un projet de privatisation du secteur de la santé. Le président roumain a vite retiré le projet. Mais les protestataires ont changé leurs slogans d’appui à Arafat pour appeler le président et le gouvernement à démissionner.
Ils protestent contre la baisse du niveau de vie, accélérée par le plan d’austérité mis en place depuis 2010 : des coupes de 25 % dans les salaires des fonctionnaires, la hausse de la TVA et la baisse de pensions, entre autres. Tout cela en échange d’un prêt « de sauvetage » de 13 milliards d’euros du FMI et de l’UE. Or les Roumains ont déjà des revenus plus bas qu’en Hongrie ou en Pologne : des salaires de fonctionnaires de 160 euros.
Titi Amzar, 43 ans, constate que « tous ces gouvernements qui sont venus après le communisme ont été incompétents. » Rencontré par un journaliste de Reuters à Bucarest, Titi Amzar avait participé en décembre 1989 aux manifestations de la place de l’Université contre le dirigeant communiste Nicolae Ceaucescu.
Après la réintégration d’Arafat comme chef du service médical, les manifestants ont obtenu une deuxième victoire : le ministre des Affaires étrangères, Teodor Baconschi, a été révoqué le 24 janvier. Sur son blog, il avait qualifié les manifestants de « banlieusards violents et ineptes ».
Les deux concessions n’ont pas calmé les ardeurs des manifestants. Ils poursuivent leur mouvement dans une soixantaine de villes, et même dans les petites communes. Une quinzaine de rassemblements seront organisés jusqu’à la fin du mois. Petru Dandea, dirigeant syndical, explique : « Le gouvernement dénigre le nombre relativement faible de manifestants. Puisque c’est une foule immense qu’il lui faut pour démissionner, nous lui apporterons sur un plateau ! »
Sources : L’Express, Reuters du 25, 26 et 27 janvier.