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1 février 2012 12:37 | Il y a : 113  jour(s)
| Thème: Lettres, Syndical, Bruxelles

Ma matinée de grève générale : ce que vous ne lirez pas dans les journaux

Lever à 5h ce matin. Premier rendez-vous : le secrétariat du PTB à Bruxelles, où l’on se retrouve pour former des petits groupes qui feront le tour des piquets des alentours du centre-ville. Avec une camarade, nous prenons un car qui va faire la tournée des chantiers de Bruxelles.

Aurélie Decoene, présidente de Comac

Direction le port de Bruxelles, où sont concentrées un grand nombre d’entreprises du bâtiment. Les permanents savent où ils vont : en premier lieu, une entreprise dont le patron est connu pour ses pratiques antisyndicales.
    De fait, l’entreprise tourne normalement quand nous arrivons. Les employés disent ne pas vouloir faire grève… jusqu’à ce que l’un d’entre eux explique qu’ils ont été menacés de licenciement. Le patron ne veut rien savoir, mais les choses ne tardent pas : nous bloquons une entrée, puis la deuxième. Certains travailleurs nous font signe qu’ils sont contents d’avoir de l’aide pour se mettre en grève. Impressionnant que de constater la force des syndicats un jour de grève générale…
    Seconde étape : un énorme chantier à deux pas de la Gare du Nord, qui fonctionne également. Ici, les travailleurs, surtout des Portugais, logent dans des baraques au chantier même, à 2 ou 3 dans 10 mètres carrés, pour moins de 4 euros de l’heure. La direction accepte finalement de fermer le chantier, mais personne n’y croit vraiment. Avec les ouvriers qui n’ont d’autre choix que de rester sur le chantier, ils ne tarderont pas beaucoup à leur faire reprendre le boulot de toute façon.
    Des discussions plus personnelles s’ouvrent avec certains ouvriers, qui permettent de mieux comprendre le vécu de chacun derrière la colère commune. Comme Abdeltif, qui travaille dans la construction depuis ses 16 ans. « Mon père est arrivé en Belgique quand il avait 23 ans. Il a travaillé toute sa vie dans la mine, à Marcinelle. Il est mort de la silicose après avoir été exploité toute sa vie. Moi, j’ai 27 ans de métier, j’ai une vie meilleure que la sienne, mais c’est de moins en moins le cas. Quand j’ai commencé, je touchais 89 000 FB, soit plus de 2 200 €. Aujourd’hui, j’en touche à peine 1 700. À côté de ça, on fait à 4 ce que nous faisions à l’époque à 14 personnes. Pour payer les pensions, il faut aller chercher l’argent là où il est et c’est pas chez nous. »
    Giovanni travaille dans la construction depuis plus de 25 ans. Le point qui le dérange le plus dans les nouvelles mesures ? « C’est qu’ils veuillent nous faire travailler plus longtemps. Pourtant, travailler toute sa vie assis derrière un bureau, ça n’a rien à voir avec ce qu’on fait dans le bâtiment. Bien sûr, on peut avoir des problèmes de dos. Mais ça n’a rien de comparable avec ce qu’on subit ici, à devoir porter des tonnes et passer nos journées dehors par tous les temps. Je connais dans ma boîte des travailleurs de 55 ans qui se traînent, qui n’arrivent que péniblement au bout de leur journée. Et le gouvernement prétend que c’est possible de faire ça jusque 65 ans ? »


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