Si les partis représentés au Parlement ont dit « oui » à l’AIP, c’est désormais le silence radio. Seuls quelques agités se sont fait remarquer par quelques réserves à propos des bonus… Pourtant, les chiffres nous enseignent qu’il y a une importante marge pour les augmentations salariales. Qu’on cesse donc une fois pour toutes de nous parler de modération salariale et de la « compétitivité de nos entreprises »…
Les entreprises belges cotées en bourse se portent très bien. En 2010, les bénéfices ont augmenté de 65 % pour atteindre 13,8 milliards d’euros. Le gigantesque bond en avant des bénéfices de KBC (de près de 2,5 milliards d’euros de perte à 1,86 milliard d’euros de bénéfice) donne toutefois une image déformée. Mais, même sans KBC, il reste quand même 11,9 milliards d’euros pour les entreprises cotées en bourse.
C’est surtout dans les firmes du commerce et de l’industrie – donc sans les banques, les holdings et les sociétés immobilières – que l’on se réjouit. Elles ont vu leurs bénéfices grossir de 37,7 %, plus que le chiffre d’affaires, qui a augmenté de 10 %. Les bénéfices de quelques locomotives : AB InBev 3,03 milliards (- 8,3 %), Solvay 1,77 milliard (+ 244 %), Umicore 263,4 millions (+ 222 %), Bekaert 367,6 millions (+ 142 %), Belgacom 1,27 milliard (+ 40 %), Elia 401,7 millions (+ 378 %)…
Qui dit bénéfices, dit dividendes. Les actionnaires peuvent passer à la caisse. Des bénéfices de 2010, quelque 5,6 milliards d’euros vont aux actionnaires sous forme de dividendes. Soit 46,1 % de plus qu’en 2009.
Et le reste ? Va-t-il alors être investi pour créer des emplois ? Non, la plupart thésaurisent et vont donc s’asseoir sur un véritable pactole. « Les entreprises belges et européennes entassent du cash comme jamais auparavant. Elles estiment que l’incertitude est trop grande pour déjà investir maintenant », nous dit De Tijd du 12 août 2010. Quelques cents iront-ils aux impôts ? Non, une fois de plus. Comme Solidaire le révélait voici quelques mois, bon nombre de ces entreprises parviennent à ne pas payer d’impôts – ou si peu – grâce à toutes sortes de mécanismes fiscaux.
Après qu’ING Pays-Bas ait décidé de revenir sur sa décision de distribuer des bonus, suite aux protestations des clients et de la population, la discussion sur les gros salaires s’est encore animée un peu plus, en Belgique. Quand KBC et Dexia ont annoncé qu’ils ne suivraient pas l’exemple d’ING, Bruno Tuybens (sp.a) a sauté sur l’occasion pour dénoncer cette même politique des bonus. Aussitôt, des tas d’autres lui ont emboîté le pas.
L’un dans l’autre, il en a résulté au parlement flamand une résolution qui, entre-temps, a servi d’inspiration à une autre résolution, cette fois au parlement fédéral, très inquiet de l’inégale répartition de la richesse au sein de la société. Ces résolutions sont particulièrement timides. Elles demandent de « ne pas accorder de bonus exceptionnels tant que le soutien accordé par les autorités n’aura pas été intégralement remboursé ». Didier Reynders (MR) commente : « Malgré le retour des bénéfices, les primes doivent rester décentes. » Et, de son côté, Tuybens : « Les institutions financières doivent faire en sorte que les bonus soient raisonnables. »
« Raisonnables », « décents », « pas exceptionnels » : ce que cachent ces termes n’est pas clair. Quel contraste quand même avec 2009, après l’explosion de la crise financière, lorsque même l’Open Vld réclamait, par la bouche de son président d’alors, Bart Somers, « la fin des super-bonus ». À l’époque, le gouvernement préparait d’ailleurs un projet de loi visant à limiter considérablement les bonus des grands patrons. Mais il n’en est rien sorti et l’affaire a été enterrée.
Aujourd’hui, on sauve les apparences. Pas de limitation légale des bonus, seulement une résolution parlementaire à la valeur symbolique. Ce n’est rien d’autre qu’une recommandation du gouvernement et cela n’a donc pas force de loi. La résolution ne parle que des bonus dans les banques qui ont été sauvées par l’État après la crise financière. Des bonus des autres banques et des entreprises non financières, pas un mot.
Même la promesse de l’ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene, aujourd’hui président de Dexia, s’est envolée en fumée. En 2009, il promettait pourtant dans De Standaard : « En outre, on ne versera des bonus qu’à la condition qu’en 2010, la banque n’ait plus besoin de la garantie de l’État. » Eh bien, en 2010, Pierre Mariani, PDG de Dexia, a reçu un bonus d’un petit million d’euros. Et maintenant, Dexia parle à nouveau de distribuer des bonus. Pourtant, Dexia dépend toujours du baxter de l’État belge.
En résumé, la résolution n’est rien d’autre qu’un paratonnerre. Sur le plan des gros salaires et des bonus, rien n’a changé, dans le monde des entreprises. Les gros salaires de 2010 ne sont pas encore connus mais, en 2009, il n’était déjà pas question d’une diminution par rapport à 2008.
Une étude de Hewitt Associates a calculé qu’en 2009, le PDG d’une entreprise cotée en bourse dans le Benelux pouvait compter sur un traitement de 3,29 millions d’euros par an, bonus compris. Un directeur moyen raflait 1,86 million. Au total, les gros salaires, bonus compris, sont restés en gros les mêmes en l’année de crise 2009, puisqu’ils n’ont baissé que de 0,8 % par rapport à 2008. En outre, les PDG avaient derrière eux deux années de forte augmentation : + 7,5 % en 2008 et + 11 % en 2007.
Il n’y a guère de chance que ça change cette année. Pour quelques banques, les salaires et bonus de 2010 sont déjà connus. En 2010, Baudouin Prot, de BNP Paribas, s’en est allé avec 2,71 millions d’euros, dont 1,68 million de bonus. Il progresse de 9,72 % par rapport à 2009. Et Jean-Laurent Bonnafé, de BNP Paribas Fortis, a fait un bond salarial de 53 %. En 2009, il avait reçu en tout 1,46 million d’euros et, en 2010, sa fiche salariale indiquait 2,24 millions d’euros, dont 1,37 million de bonus.
0,3 %
La hausse salariale maximale hors index en 2011-2012 selon l’accord interprofessionnel (AIP)
1,6 million
Parmi tous les Belges, 1,6 million (soit 15 %) vivent sous le seuil de pauvreté. (Chiffre de 2009)
11,3 %
Le taux de chômage en Belgique
10 euros
En Allemagne, un travailleur sur cinq gagne moins de 10 euros brut de l’heure. L’Allemagne est le pays de référence, pour le patronat belge et ses amis politiques.
8 millions
Nombre de personnes qui ont perdu leur emploi entre 2008 et 2010
65 %
Croissance des bénéfices des entreprises belges cotées en bourse
13,8 milliards d’euros
Bénéfice total des entreprises belges cotées en bourse
5,6 milliards d’euros
Dividendes versés par les entreprises belges cotées en bourse
46,1 %
Croissance des dividendes versés
- 0,8 %
En 2009, l’année qui a suivi le déclenchement de la crise, les salaires les plus élevés (bonus y compris) ont à peine diminué
3,3 millions d’euros
Salaire brut annuel en 2009 d’un PDG d’une entreprise cotée en bourse dans le Benelux (chiffre 2010)
1,86 million d’euros
Salaire brut annuel en 2009 d’un directeur moyen d’une entreprise cotée en bourse dans le Benelux (chiffre 2010)
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