
Les jeunes de Comac étaient au piquet de la Stib. « On nous donne souvent l’impression que les jeunes s’en foutent des questions syndicales, qu’ils ne veulent pas se battre pour leur avenir ou qu’ils ne comprennent pas l’enjeu des pensions. Mais vous voir ici, ça donne de l’espoir », a confié un délégué. (Photo Laura Verlinden)
C’est entre 3 et 5 heures du matin que les réveils de 80 élèves et étudiants de Comac ont sonné ce lundi matin. Plus tôt que d’habitude, même pour ceux qui sont encore en examens, comme les étudiants néerlandophones. Dans leur ville respective, ils se sont rassemblés à l’un ou l’autre piquet, parfois plusieurs. Dans certains cas, ils ont accompagné un responsable du PTB local. Dans tous les cas, ils ont bu du café, mais n’ont pas eu besoin que de ça pour se réchauffer.
À Louvain-la-Neuve, les étudiants ont participé au blocage du zoning, où environ 75 % des travailleurs étaient en grève. Si la majorité des travailleurs présents étaient préoccupés par l’âge de la pension, ils étaient loin d’oublier les jeunes. « Ce qu’on fait là, c’est un peu pour nous, mais c’est surtout pour vous ! Ton stage d’attente était de 9 mois. Maintenant, c’est 12 mois qu’il faut attendre pour que tu touches ta première allocation si tu n’as pas de travail. Ça te touche aussi, et directement, toutes ces mesures » affirme un syndicaliste.
La délégation a également rendu visite à la société de nettoyage des auditoires et kots étudiants de leur université. Une occasion de découvrir « l’envers du décor », où ils ont appris que seulement une soixantaine de personnes s’occupait de tout le site de leur ville : « Ce n’est pas assez par rapport au travail demandé », dénonce un employé.
Les secteurs de la chimie (BASF, Monsanto, Evonik), des médicaments (Bayer) et les dockers anversois ont reçu la visite d’un groupe d’élèves et d’écoliers de la région. C’est la délégation syndicale de BASF qui, selon eux, a reçu le prix de la créativité au piquet. En effet, les travailleurs du premier shift du matin qui sont arrivés en masse par bus ont reçu chacun un post-it. Ils devaient indiquer « pour » ou « contre » et afficher leur position par rapport aux mesures d’austérité. Résultat ? Des dizaines de contre, et un seul pour.
Lors de leurs différents piquets, les discussions ont été nombreuses et variées. « C’est nouveau et important pour nous, au début de nos études, de découvrir la vie des ouvriers et des employés, la vie dans l’entreprise. Et aussi, de débattre avec d’autres personnes des revendications de la grève », raconte David, membre de Comac-Anvers.
Au piquet de Bpost de Louvain, les étudiants présents ont rencontré peu d’autres jeunes au piquet. « Pourtant, il y en a des jeunes, ici. Beaucoup viennent travailler ici dès leurs 18 ans, mais ils n’obtiennent quasiment jamais de contrat fixe. Alors, pour eux, la pression est trop grande pour venir faire grève avec nous », apprennent-ils, indignés. La délégation louvaniste avait ainsi l’impression de faire grève pour ceux-là.
À Bruxelles, une vingtaine d’étudiants et d’élèves ont rejoint le piquet de la Stib à Delta. À la question « comment allez-vous ? », les grévistes ont répondu « bien mieux, depuis que vous êtes là ». En effet, voir arriver une bande de jeunes à l’entrée de l’entreprise pour les soutenir, ça n’arrive pas tous les jours. Laure, la benjamine du groupe, en 3e secondaire, n’est pas passée inaperçue. Interviewée par la RTBF, elle est passée au journal parlé de 8 heures : « Ce n’est pas normal que les mesures d’austérité retombent sur nous, les plus faibles. Je n’ai que 15 ans, et je comprends qu’à mon âge tout le monde ne se bouge pas encore, mais c’est maintenant qu’il faut agir. Dans quelques années, il sera trop tard. »
Le délégué présent témoigne : « Cela fait vraiment chaud au cœur que vous soyez présents. On nous donne souvent l’impression que les jeunes s’en foutent des questions syndicales, qu’ils ne veulent pas se battre pour leur avenir ou qu’ils ne comprennent pas l’enjeu des pensions. Mais vous voir ici, ça donne de l’espoir ».
Et un chauffeur de bus de conclure, en fin de matinée : « Les jeunes, vous revenez quand vous voulez ! ».
Découvrez les témoignages complets sur le site de Comac : www.chengetheworld.be.