
Le piquet de grève de Crown Cork à Deurne a encore reçu, ce 30 janvier, une visite de solidarité de Médecine pour le Peuple. Le lendemain, la direction a annoncé que le site allait fermer d’ici juin, bien que l’entreprise continue à faire du profit. (Photo Solidaire)
Le fleuve ininterrompu de licenciements poursuit sa crue. Après ceux annoncés chez Duracell, Bekaert, Alcatel… c’est au tour de Crown Cork d’encaisser le coup de massue. Le fabricant d’emballages fermera son implantation en juin. 322 personnes seront ainsi « remerciées ».
La décision de la direction est inadmissible, Crown Cork ayant réalisé ces dernières années d’importants bénéfices. Les bilans annuels de Crown Cork montrent que l’entreprise a fait 1,565 million d’euros de profit en 2009. En 2010, cette somme a grimpé à 2,633 millions d’euros. Des bénéfices rendus possibles grâce à un cadeau fiscal de 850 000 euros (via les intérêts notionnels) sur ces deux années. Et cela, alors que, dans la même période, le nombre de travailleurs a été réduit de 346 à 323.
Les impôts du contribuable servent à offrir de tels cadeaux pour des entreprises privées qui mettent ensuite la clé sous le paillasson et éjectent leur personnel. Normal ? La décision de Crown Cork prouve à nouveau la nécessité d’interdire aux entreprises bénéficiaires de licencier. Et c’est possible via l’instauration d’une loi Inbev.
Les couples qui travaillent dans cette entreprise encaissent doublement le coup. Tout comme une travailleuse dont le conjoint est employé à la raffinerie BRC, où l’avenir est également très incertain. Les personnes ayant un crédit se demandent comment ils pourront continuer à le rembourser. En effet, où peut-on encore trouver un travail décent ?
Avec cette fermeture, les travailleurs entre 50 et 55 ans échapperaient de justesse à la nouvelle mesure par laquelle l’âge minimum de la prépension est augmenté de 50 à 55 ans d’ici 2013. Dès cette date, les moins de 55 ans auront alors un préavis, suivi d’une simple allocation de chômage. Le gouvernement rend ainsi les licenciements encore moins coûteux pour les patrons.
Cependant, le travailleur licencié subit déjà depuis le début de cette année 2012 les conséquences d’autres réformes : les chômeurs doivent rester disponibles pour le marché de l’emploi jusqu’à 60 ans et accepter un travail dans un rayon de 60 kilomètres de leur domicile. Ceux de moins de 50 ans avec moins de 20 années de carrière risquent après 4 ans de chômage ou moins (cela dépend de l’ancienneté) de tomber à une allocation forfaitaire.
Mais où peuvent-ils encore trouver du travail ? Les employeurs n’envisagent quasiment pas l’éventualité d’engager des travailleurs plus âgés. Dans la pratique, la limite d’âge pour être engagé a baissé jusqu’à 40 ans. C’est ce qui ressort d’une enquête du bureau social SD Worx auprès de quelque 800 entreprises belges employant moins de 800 travailleurs. Le résultat de cette enquête SD Worx démontre que près de la moitié des entreprises ont engagé l’an passé, mais seulement 27 % d’entre elles ont montré de l’intérêt pour des personnes au-delà de 40 ans. Et seulement 7,9 % pour les plus de 50 ans. Des arguments supplémentaires pour exiger le maintien de l’emploi chez Crown Cork et poursuivre la lutte contre les mesures du gouvernement.