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30 janvier 2012 12:23 | Il y a : 115  jour(s)
| Thème: Charleroi, Syndical, En direct des entreprises

Sur les traces de Roméo Bordenga (FGTB-Métal) :: « On ne fait jamais grève par plaisir »

5h50, devant le siège de la FGTB à Charleroi. Des délégués arrivent au compte-goutte. Parmi eux, Roméo Bordenga, Secrétaire provincial FGTB-Métal Hainaut-Namur. 15’ plus tard, nous voilà en route pour une tournée matinale des piquets de grève du Pays noir.

Jonathan Lefèvre

Photos Solidaire, Salim Hellalet

« On a des gars qui sont depuis 4h ce matin à l’aéroport. Ils ont réussi à bloquer totalement l’aéroport. C’est la première fois que cela arrive ! » Le ton est enthousiaste, et il le sera tout le long de la matinée. Une matinée passée en-dessous de zéro degré. Mais les syndicalistes sont bien équipés.
Ils sont plusieurs dizaines à se réunir au siège régional du syndicat, pour la première grève générale en front commun depuis 1993. Malgré l’heure matinale, les regards sont éveillés. L’accueil est chaleureux. Autour d’un café, les syndicalistes des différents secteurs font le point. « C’est bloqué chez toi ? Très bien, on va arriver. Gardez-nous assez de café ! » Pendu au téléphone, Roméo nous fait signe qu’il est temps de se mettre en route.
Dans sa voiture, ce fils d’immigré italien parle tantôt de sa famille (marié, père d’une fille de 10 ans et d’un garçon de 4 ans), de son travail, de la région, de son engagement… Entré en 1991 aux ACEC (devenues Alstom depuis), il se présente quatre ans plus tard aux élections sociales. Après avoir grimpé les échelons, il est depuis 2010 secrétaire politique des métallos de Charleroi.

« Jamais vu un tel matraquage médiatique »

Premier arrêt à la Sonaca. Une bonne dizaine de syndicalistes ont allumé un feu. A la vue d’un appareil photo, les travailleurs s’étonnent : « Vous travaillez pour quelle presse ? Solidaire ? Ca va alors ! » Roméo : « Je n’ai jamais vu un tel matraquage dans la presse. Pourtant, j’ai déjà vécu des conflits sociaux. Mais une attaque antisyndicale d’une telle ampleur, jamais. Quand tu vas sur les sites d’information qui proposent de participer à un sondage, que tu répondes oui ou non, les questions sont posées d’une telle façon que t’es contre la grève. »
Après quelques minutes, il est déjà temps de prendre congé. « Je vais visiter le plus de piquets possibles. Je me suis levé à 4h30 afin de peaufiner mon planning pour la journée. Là, on va voir du côté de Caterpillar. Il paraît que ça marche bien. » En effet, ils sont encore plus nombreux. Et on retrouve les mêmes travailleurs au zoning de Gosselies. « On fait des piquets tournants. On va voir si les camarades ont besoin de renfort ou pas. Et on se tient au courant de ce qui se passe autre part. »
Et plus la matinée avance, plus les travailleurs sont optimistes quant à la réussite de la journée de grève. On quitte Gosselies pour rejoindre les piquets suivants (S.A.B.C.A., ABB, Fabricom, Alstom, Nexans, CG Holding, Industeel, Carinox, etc.). Pendant plusieurs heures, c’est le même rituel : Roméo s’arrête à un piquet, discute quelques minutes avec les travailleurs présents, puis regagne sa voiture. Dans laquelle il alterne conversation et coups de téléphone, histoire de savoir s’il y a des incidents ou pas. « Tu sais, rien que sur Charleroi, on s’occupe de plus ou moins 70 entreprises qui sont organisées syndicalement. »

« Toutes les mobilisations sont bonnes »

Le planning de ce jeune quadragénaire est donc très serré. Ce qui ne l’empêche pas de voir à plus long terme que cette journée du 30 janvier (« Une journée historique ! ») : « Toutes les mobilisations passées et à venir sont bonnes. Il faut qu’on améliore la communication avec la société civile, on ne peut plus se contenter de mobiliser les travailleurs uniquement dans les entreprises. Car je ne crois pas, malgré ce qu’on nous dit, que la population est contre notre mouvement de protestation. Les gens doivent savoir que l’on ne fait pas grève pour une augmentation salariale, mais pour un changement de société. Car cela fait 40 ans qu'on fait du syndicalisme de résistance, 40 ans qu'on nous promet des améliorations, 40 ans qu'on se bat pour garder les acquis de nos ainés. Et il faut tenir le front commun le plus large et le plus longtemps possible, ce n’est que comme cela que l’on gagnera. »
Les discussions sur les mesures d’austérité imposées par le gouvernement actuel  sont sur toutes les langues. « On doit montrer les dents. Les travailleurs n’ont pas toujours conscience de leur propre force. Le jour où ils s’en rendront compte, personne ne pourra les arrêter. Et l’avenir de la lutte devra se faire au niveau européen. J’ai bon espoir pour la journée d’action des syndicats européens du 29 février prochain. On ne peut plus presser les travailleurs comme on le fait, sans toucher aux spéculateurs, aux banquiers, etc. Bref, aux responsables de la crise. Ce mouvement n’est pas près de s’arrêter… »
Malgré le froid, le soulagement est au rendez-vous à chaque arrivée au piquet. Les grosses usines sont fermées et la grosse majorité des travailleurs non-grévistes comprennent qu’il est vain d’essayer de passer. Beaucoup repartent d‘ailleurs en faisant un signe amical aux grévistes. « C’est ce que je disais, je ne pense pas que cette grève est si mal perçue. Tu sais, ce n’est pas parce que la télévision nous montre des feuilletons ou le soleil brille, ou des mannequins se promènent en voitures décapotables et avec un frigo toujours  plein dans les séries ou les films que les gens pensent que ça se passe comme ça. C’est le contraire, pour l’instant. »

« Les élections sociales comme expression politique »

Le père de Roméo était mineur. « Il est arrivé en 1957. Un an après la catastrophe du Bois du Cazier. Quand tu vois les conditions de travail de tes parents, ta conscience de classe se développe. Et, à l’époque les immigrés, même européens, n’avaient pas le droit de vote aux communales. Alors, quand je suis entré comme ouvrier aux ACEC, c'a été pour moi une occasion de m'exprimer politiquement et le syndicat m'a permis de trouver un moyen de participer au débat démocratique.
Au rond-point tout proche de l’aéroport, l’ambiance est presque à la fête. Même certains automobilistes klaxonnent en signe de soutien et ne se montre absolument pas énervés par le petit barrage filtrant. « On ne veut pas embêter les gens. Ce ne sont pas eux notre cible. Nous, nous voulions bloquer l’économie du pays, s’attaquer au gouvernement et au patronat, au système capitaliste en général. Aujourd’hui, à Charleroi, c’est réussi. »
On quitte Roméo alors que la matinée n’est pas achevée. A son menu, encore une dizaine de piquets à visiter, puis une réunion au siège carolo de la FGTB. Avant de repartir pour une deuxième tournée. La journée se terminera tard. Qui a dit que faire grève était reposant ?



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bob, 01-02-12 15:34:
On peut chasser la vérité, elle revient toujours au galop

« Le 30 janvier une journée historique »
Le secrétaire de Hainaut-Namur ne pourrait pas dire mieux.
Il y avait une époque où la presse était un peu plus objective qu’aujourd’hui. Je parle de l’époque du plan d’austérité de 1993 (octobre-décembre, contre le plan Global de Dehaene). Ce lundi, la grève a commencé d’emblée là ou elle s’était arrêtée en 1993 : avec des piquets volants dans les zonings et des actions diverses à travers le pays.
Je me rappelle qu’à l’époque, au piquet, on était groupé chaque heure autour d’une radio pour se apprendre quels autres usines suivaient. Aujourd’hui, la radio et les GSM annonçaient dès les premières heures que la grève était suivie partout dans le pays. Ce sont les patrons et les journalistes qui ont du coller leur oreille à la radio et leur GSM. Ce lundi, l’actualité était écrit aux piquets. Au patronat il ne restait que les chiffres des petites entreprises et les quelques grandes ne faisaient pas grève. Ils sont tombés sur un os.
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