Comme nous vous le disions déjà la semaine dernière, les jeunes filles de Wallonie et de Bruxelles continuent à payer 32,4 euros pour le vaccin contre le cancer du col de l’utérus dû au virus HPV. En Flandre, les étudiantes de première secondaire peuvent désormais se faire vacciner gratuitement. Lors d’une conférence de presse, le gouvernement flamand répondait, embarrassé, à un journaliste du quotidien De Standaard qu’il en coûterait 20 euros par injection, soit 60 euros par vaccin (le vaccin comprend trois injections). Le lendemain, l’administration flamande ordonnait une enquête visant à savoir s’il était juridiquement permis de divulguer ces prix. Nous devrions en savoir un peu plus d’ici un mois.
Ce prix avantageux a pu être obtenu grâce à l’appel public d’offres organisé par la Communauté flamande. Autrement dit, grâce à l’application du modèle kiwi. Pour remporter l’appel et écraser son concurrent GSK, Sanofi-Aventis a accepté de baisser son prix de près de 80 %. Il y a un mois à peine, l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) devait encore débourser 339 euros pour chaque jeune flamande qui se faisait injecter le vaccin, et la jeune fille devait pour sa part verser 33 euros. On comprend mieux pourquoi la perspective de voir ces chiffres révélés dans la presse ne réjouit pas trop le producteur.
Au fait, toute cette histoire prouve une fois encore l’efficacité du modèle kiwi proposé il y a quelques années par le docteur Van Duppen dans son livre « La guerre des médicaments ». « Le vaccin n’est pas ancien, c’est au contraire un médicament innovateur », fait remarquer le docteur Van Duppen aux adversaires du modèle kiwi. « Cela prouve également que les entreprises pharmaceutiques pratiquent des prix faramineux qui n’ont rien à voir avec la production, la recherche et le développement. » Vous avez vraiment cru que Sanofi-Aventis était perdant en baissant son prix à 20 euros ?
D’un autre côté, toute cette histoire met en évidence la bêtise communautaire. En effet, pour chaque jeune fille wallonne ou bruxelloise qui se fait administrer le vaccin, l’INAMI continue de verser trois fois 113 euros (prix public moins le ticket modérateur) et la jeune fille verse de sa poche trois fois 11 euros. Pour vous donner une idée : en Wallonie, 25 000 jeunes filles se font vacciner chaque année.
« Organiser l’appel d’offres pour l’ensemble de la Belgique permettrait à l’INAMI d’économiser près de 16,74 millions d’euros par an », calcule le docteur Dirk Van Duppen, « quant aux patients, ils pourraient économiser jusqu’à 1,8 million d’euros. » Ou peut-être même plus. Plus grand est le marché, plus les géants pharmaceutiques feront la guerre des prix pour remporter l’appel public d’offres des autorités. « Il ne s’agit donc pas d’efficacité de politique régionale, mais bien d’efficacité du modèle kiwi. Plus grand est le marché, plus les prix des médicaments peuvent baisser. Cet exemple est donc plutôt un argument contre la scission des politiques de prévention en matière de santé. »
Dirk Van Duppen constate que les dépenses de l’INAMI en 2008 ont recommencé à exploser. La plus grosse dépense, à savoir 38 millions d’euros, étant celle engagée pour… le vaccin contre le cancer du col de l’utérus. « En organisant un appel public d’offres national pour le vaccin contre le cancer du col de l’utérus, l’INAMI pourrait mieux contrôler une importante partie de ses dépenses », explique le docteur Van Duppen. « En effet, 375 ou 60 euros par jeune fille vaccinée, la différence est énorme ! »
De son côté, la Communauté française a lancé une campagne de dépistage gratuit du cancer du colon chez les personnes âgées de 50 à 74 ans. Le dépistage consiste à détecter la présence de sang dans les selles. « C’est très bien », observe le docteur Van Duppen, « mais je trouve ridicule que ces programmes préventifs soient une compétence communautaire. Comme si les Wallons de plus de 50 ans courraient plus de risque de contracter un cancer du colon et les jeunes filles flamandes un cancer du col de l’utérus.
Ces deux programmes de prévention ont d’ailleurs été lancés suite à une étude du Centre… fédéral d’expertise des soins de santé. Selon l’étude, ces deux programmes présentent un bon rapport efficacité/coût et sont suffisamment « bénéfiques » pour la santé publique. Mais aucun expert n’est jamais arrivé à la conclusion que l’un était plus intéressant pour les Wallons et l’autre pour les Flamands.
1. C’est-à-dire 3 x 105 euros (pris hors usine) = 315 euros, le reste étant la TVA, le commerce de gros et les honoraires du pharmacien. La vaccination d’une jeune fille en Wallonie coûte au total 339 euros à l’Inami
Il a fallu attendre deux ans
L’application du modèle kiwi au vaccin contre le col de l’utérus est une suite d’une manifestation organisée en février 2008 par Médecine pour le Peuple, les syndicats et les mutualités. Une délégation était allée trouver trois des ministres compétents de l’époque. « Le ministre flamand de la santé, Van Acker, avait alors promis d’appliquer le modèle kiwi pour le vaccin anti-grippe », raconte le docteur Dirk Van Duppen. « Son successeur, Jo Van Deurzen, a fait un premier pas en organisant un appel public d’offres pour 70 000 vaccins anti-grippe destinés aux pensionnaires des maisons de repos flamandes. » Et voici à présent le modèle kiwi pour le vaccin contre le HPV. Mais tout n’est pas si simple pour autant. Avant de pouvoir organiser l’appel public d’offres, la Communauté flamande doit faire signer un protocole d’accord à sept (sept !) ministres. « Il a fallu attendre deux ans. Quel coût pour les patients et l’INAMI », conclut le docteur Van Duppen.