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19 janvier 2010 14:03 | Il y a : 50  jour(s) |

Vers l'Avenir :: Vers un impôt sur la fortune ?

Un ménage sur dix en Belgique serait millionnaire en dollars. Faut-il faire payer la crise aux riches ? La réflexion sur une « solidarité fiscale » est engagée.

Jean-Christophe HERMINAIRE (Vers l'Avenir)

C'est le député sp.a Dirk Van der Maelen qui a mis le feu aux poudres, hier, en se déclarant dans Het Niewsblad favorable à un impôt sur la fortune. Une information un peu « prématurée » à son goût, dit-il, précisant qu'il est seulement en train « de réfléchir à des mesures pour une taxation plus honnête » .
« Ces vingt dernières années, j'ai vu grandir un niveau de richesse qui vient essentiellement du monde financier, constate-t-il. Plus de 60 % des parts des entreprises cotées en bourses sont dans les mains de 10 % des gens les plus riches en Belgique. » 10 %, ce sont 458 000 ménages belges qui, selon une étude de la Barclays Wealth brandie par le socialiste flamand, disposent d'une fortune « nette » d'au moins 1 million de dollars, soit 700 000 euros.
Selon l'étude du gestionnaire de fortune britannique - réalisée avant la crise - ces « surpermillionnaires seront même 17 % (soit un ménage sur six) en 2017. Et les 57 000 ménages belges (1,3 %) qui disposent d'une fortune d'au moins 3 millions de dollars, seront quasi deux fois plus nombreux en 2017 (2,5 %).
« Alors que l'on risque de voir s'agrandir le nombre de gens qui vivent sous le seuil de pauvreté, note M. Van der Maelen, je suis d'avis qu'il faut organiser un transfert. Demander à ces 10 % de faire un effort pour plus de solidarité.
"L'impôt sur la fortune n'est, dit-il, qu'une des pistes envisageable, parmi d'autres.

« Pas à discuter »

 

La levée de boucliers n'a pourtant pas traîné. « Cette idée d'impôt sur la fortune n'est même pas à discuter », a réagi le député libéral flamand Luk Van Biesen. Estimant qu'il « est totalement irresponsable, dans le contexte économique actuel, d'instaurer un nouvel impôt à charge des familles » . Impôt qui serait contre-productif car il freinerait les investissements et la prise de risque.
Il va sans dire qu'au PTB, où on vient de faire campagne pour une « taxe des millionnaires », on se réjouit de la sortie de « Dirk » . Taxer de 1 % les fortunes de plus de 1 million d'euros rapporterait 8 milliards d'euros par an, a calculé le Parti de travailleurs qui évalue, lui, à 2 % ces grandes fortunes en Belgique. « C'est difficile d'avoir des chiffres clairs étant donné le secret bancaire et l'absence de cadastre des grandes fortunes, mais on évolue dans la bonne direction alors que c'était tabou dans les années 80 et 90 », juge Raoul Hedebouw.
Quelques pas vers une « taxation plus équitable » ont en effet été fait. Notamment avec la « directive épargne » au niveau européen. Et, en Belgique, avec les propositions de loi sur le secret bancaire déposées à la fois côté socialistes et écolos, que vient d'approuver le Conseil d'État.

D'abord la levée du secret

 

« Avec 70 % de l'impôt qui pèse sur le revenu et la consommation des ménages, la Belgique peut être un enfer fiscal pour les travailleurs et un paradis pour la spéculation financière et les grosses fortunes, souligne Marie Arena (PS), mais attention, si on prend des mesures comme annoncées par Dirk Van der Maelen sans la levée du secret bancaire, c'est une fuite des revenus garantie » . Il est donc plus habile, dit-elle, de procéder par étapes, « resserrer les mailles du filet, sinon ce sera un coup dans l'eau ».
C'est aussi la position chez Écolo, où l'impôt sur les grandes fortunes est néanmoins inscrit au programme. « Pour le moment, ce qui nous occupe c'est la lutte contre la fraude fiscale avec, comme première étape, la levée du secret bancaire. On a bien vu dans le procès KB Lux que l'administration fiscale ne dispose pas des outils nécessaires, explique Georges Gilkinet. « Nous avons aussi fait une proposition sur la levée du plafond et l'harmonisation des taxes sur les opérations en bourse, mesure qui rapporterait 500 millions au budget. »
« On s'attaque élément par élément ; il y a encore du travail pour des années », conclut le député vert par ailleurs surpris par les chiffres de la Barclays Wealth. « Autant de millionnaires, ça semble énorme, je suis étonné même si la tendance est là : l'écart est de plus en plus grand entre les plus bas et les plus hauts revenus, dont l'essentiel vient des placements boursiers. »


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