Plan du site | Newsletter | Aide | RSS |
Loading
7 juillet 2009 13:07 | Il y a : 3  an(s)
| Thème: Economie, Syndical, En direct des entreprises, La Louvière

La nouvelle faïencerie Royal Boch est née

Tribunal de commerce de Mons, lundi 29 juin. Sous un tonnerre d’applaudissements, la juge reçoit 43 roses dans un vase Royal Boch, de la part des 43 travailleurs qu’elle vient de sauver.

Michel Mommerency

Les véritables sauveurs de Boch, ce sont les travailleurs. Leurs portraits géants, réalisés par Véronique Vercheval ont été affichés sur les palissades de l’usine. (Photo Solidaire, Michel Mommerency)

Tous les travailleurs qui ont mené le combat jusqu’au bout, 39 au total, seront repris avec leur ancienneté. Les autres seront prépensionnés.

Pour Manu Morais, secrétaire régional du Setca (FGTB), les sauveurs de Boch, ce sont les travailleurs. « Si eux n’avaient pas décidé d’occuper leur usine, de tenir plus de 4 mois et de donner tout pour qu’on n’abandonne pas, c’en était fini de Boch. » Ces travailleurs ont tout donné pour leur usine. Certains ont jusqu’à 40 ans de travail à l’atelier. En retour, ils ont connu des bas salaires et des conditions de travail déplorables, des faillites et restructurations, des reprises bidon par des sociétés vautours, intéressées seulement par la marque prestigieuse. Mais ces années de complicité au travail ont soudé de profonds liens d’amitié – et même un mariage – ainsi qu’une farouche volonté de ne pas se laisser faire.

Quand le baron de Mevius, actionnaire à 85 % de Royal Boch depuis 1994, demande sa mise en faillite le 19 février, les ouvriers ne peuvent l’accepter. Ils fabriquent de la faïence de qualité et dénoncent : le patron a commandé des millions de pièces de piètre qualité fabriquées en Thailande auprès du sous-traitant Arovo (Ostende), qui les a estampillées allègrement « Boch Belgium ». Ce n’est qu’à l’avant-dernière séance du tribunal, le 25 juin, que le procureur admettra publiquement cette escroquerie, annonçant une enquête et des poursuites pénales.

Pendant quatre mois, les travailleurs, toujours en front commun, riposteront à toutes les manœuvres. Curateurs, créanciers et pouvoir politique ne veulent  pas vraiment se prononcer pour le maintien d’une activité industrielle ? On organise le déplacement à la Région wallonne pour exiger un « accord cadre » où toutes les parties s’engagent à soutenir le principe d’un nouveau projet industriel.

Le collège PS-MR de La Louvière se contenterait d’un musée et d’un petit projet artisanal, qui ne ferait pas désordre avec le standing et les lofts luxueux prévus par la rénovation du centre ? On manifeste devant l’Hôtel de ville. La banque ING exige tous ses sous, ici et maintenant, au risque de faire capoter la relance de l’usine ? Les travailleurs se rendent en cortège à la banque, distribuant en chemin de la vaisselle aux habitants. 

Les travailleurs ont aussi pu compter sur la population de La Louvière. Délégations de solidarité, journée de solidarité culturelle mise sur pied par le journaliste Guy Dewier, portraits des travailleurs par Véronique Vercheval1, soirées théâtre et musique de la Compagnie maritime et du duo Toni Santocono-Luigi Giuliano, journées brocante, soutien du PTB...  

Finalement, l’entrepreneur Patrick De Maeyer (51 % - 49 % Région wallonne) pourra reprendre l’usine. Le nouveau patron annonce aussi que Royal Boch retrouvera vie sur son site d’origine au centre ville. C’est là qu’en 1841 Royal Boch fut créée et que l’essor de La Louvière, petit hameau jusque-là, a commencé. 

A la sortie du tribunal, un ouvrier ne peut s’empêcher de conclure : « Et si monsieur De Maeyer crée des problèmes... on occupe! ». Eclat de rire général...

1 "Usine occupée". 46 portraits de travailleurs de Royal Boch. Textes: Daniel Adam. Photographies: Véronique Vercheval. Edition L'Image et l'Ecrit, Présence et Action Culturelles, La Compagnie maritime. Pour commander: michel.mommerency@skynet.be


Réagir ?

Pas de commentaire
Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*





*
*