
Le Vooruit est un bâtiment, de 1913, qui a été construit dans les quartiers ouvriers de Gand. Il porte le nom de la coopérative ouvrière qui y fut fondé. C’est un symbole fort du socialisme en Flandre (Photo Vooruit)
L’idée de la Table ronde des Socialistes est née l’an passée au Nord du pays quand la direction du SP.a (l’équivalent du PS en Flandre) a voulu enlever toute référence au socialisme dans son nom pour intégrer Bert Anciaux, ancien président de Spirit, nationaliste flamand qui se veut également progressiste. De nombreux membres du SP.a ont été choqués. Jan Blommaert, intellectuel reconnu en Flandre pour ses prises de position à gauche, a écrit une carte blanche dénonçant cette dérive du parti socialiste flamand. Dans le même temps, Peter Mertens, le président du PTB, lançait dans le quotidien De Morgen un appel à une Table ronde des Socialistes. Un appel visiblement entendu, puisque la Journée du Socialisme aura lieu le 20 mars à Gand, au Vooruit, un haut lieu où est né le mouvement socialiste en Belgique.
Les organisateurs viennent d’horizons très divers : culturel, politique, syndical, académique,… On discutera dans des groupes de travail de démocratie, économie, écologie, multiculturalité, guerre et paix, emploi et revenu, sécurité sociale, enseignement,…
Serait-ce une énième tentative de redonner de l’élan à la gauche en Flandre (les partis de gauche n’y dépassent pas les 22%) ? De préparer les prochaines élections? De créer un parti? Selon Karim Zahidi, mathématicien, philosophe à l’université d’Anvers et un des organisateurs de la journée, le problème des initiatives précédentes était qu’elles étaient chaque fois liées à des échéances électorales. Ce n’est pas le but cette fois-ci. « Nous voulons que les gens puissent à nouveau réfléchir sur le socialisme, de façon autonome et critique » ajoute Peter Mertens, également co-organisateur de la journée. « Après la chute du Mur de Berlin, en 1989, toute une génération a grandi avec l’idée qu’il n’y a qu’un système possible. Notre but est entre autres de faire sortir les gens de cette logique, de leur donner de la matière pour une autre société. Car si nous continuons à travailler et produire comme aujourd’hui, la planète et l’humanité sont mal embarquées. »
Alors que les défenseurs du libre marché prétendent que le capitalisme est le système qui a créé le plus de bien-être, les organisateurs de la journée estiment que, tant sur le plan local que mondial, une minorité possède une grande partie des richesses. La contradiction principale de la société reste celle entre le capital et le travail. « Tant le capital que le travail ont changé aujourd’hui » explique Dominique Willaert, une figure en vue du monde culturel au Nord du pays et co-organisateur de la journée. « Le capital est moins visible dans les entreprises, la véritable direction est loin et les travailleurs ne savent plus contre qui exactement protester. Mais la contradiction est toujours là, comme on l’a vu dans le conflit chez InBev. »
La journée du 20 mars est organisée par une série de gens qui sont préoccupés par l’état du socialisme. Y compris des membres du SP.a. Mais le socialisme n’appartient pas à un seul parti, tel est le message des organisateurs. Dominique Willaert est fier que l’initiative soit portée par des ‘indépendants’ comme lui ou Karim Zahidi. Cela donne la possibilité de discuter de façon positive et constructive. Il s’agira aussi de commencer à redéfinir une série de choses, comme ce que peut et doit être concrètement la justice sociale aujourd’hui. En utilisant les ressources historiques du mouvement socialiste, mais en cherchant aussi une traduction actuelle de cette notion.
La discussion se fera en toute ouverture, explique Peter Mertens. « Le PTB sera là avec les orientations définies dans son dernier congrès, mais chacun peut venir avec ses références. A la rue de la Loi, on discute beaucoup en secret dans les couloirs de l’avenir du capitalisme. Nous discuterons de l’avenir du socialisme, pas derrière des portes de prison, mais en public, dans la cathédrale du mouvement ouvrier qu’est le Vooruit. »
Plusieurs centrales syndicales soutiennent l’initiative. Sept orateurs dans les groupes de travail sont des syndicalistes. Beaucoup sont déçus de l’orientation suivie par la sociale démocratie depuis les années 90. Elle a participé pleinement aux vagues de privatisation, alors que le concept est sur le fond antisocial. En 2005, 300 manifestants de la FGTB ont manifesté devant le congrès du SP.a à Hasselt, pour protester contre la participation du parti au gouvernement qui a voté le Pacte des Générations.
Les organisateurs estiment que les gens ont aujourd’hui besoin de solidarité et de victoires, afin que renaisse un sentiment collectif et la conviction qu’il est possible de repousser l’offensive du marché. Comme l’ont montré ceux d’InBev. Mais les gens ont aussi un besoin urgent de perspectives, qui finissent par se concrétiser dans une société sans exploitation. C’est cette idée et ce débat qui occuperont le centre des discussions.
L’initiative est néerlandophone, mais ça n’empêche pas les organisateurs d’être très préoccupés par la surenchère nationaliste, et dès lors d’avoir invité des orateurs du sud du pays (comme François Houtart et Nico Hirtt) et d’avoir prévu une traduction en français des débats de la journée. Même si l’initiative est d’abord tournée vers le public du Nord du pays, elle est ouverte au public francophone.
Karim Zahidi: « Le SP.a s’est embarqué dans l’aventure nationaliste. C’est terrible. Scission de la sécurité sociale, scission de la fiscalité, cela ne peut que mener à une plus grande concurrence entre Flandre et Wallonie. Chaque région va vouloir attirer les investisseurs en faisant porter les efforts par les travailleurs. Rien que ça devrait suffire à un socialiste pour ne pas participer à ce processus. »
Quand? 20 mars 2009, dès 13h
Où? Vooruit, à Gand, à la Sint-Pietersnieuwstraat 23
Organisation? Table Ronde des socialistes (Ronde Tafel van Socialisten)
Inscriptions? Via le site, pour le prix de 10 euros (5 euros pour les étudiants et allocataires sociaux)
Website? www.dagvanhetsocialisme.be
Meeting de clôture? ‘Quel socialisme voulons-nous?’ Avec François Houtart, Hana Al Bayaty, Aleidis Devillé, Bruno Verlaeckt et Dominique Willaert
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