
Lhassa, 14 mars. Une lourde chaîne à la main, un Tibétain met le feu à un drapeau chinois, un autre a un poignard en main. Ce jour-là, d’après les autorités chinoises, dix-huit citoyens et un officier de police ont été tués, alors que, entre autres, sept écoles, cinq hôpitaux et 908 petits commerces ont été incendiés. (Photo Xinhua)
Les touristes au Tibet ont surtout vu des morts parmi la population non tibétaine
Jeudi 27 mars, des intellectuels connus débattent sur la chaîne française A2. Ils condamnent avec insistance la « répression chinoise ». L’ambassadeur de Chine rétorque : « Je comprends tout à fait votre indignation et je la partagerais si, du moins, elle était fondée. Chaque année, quatre millions de touristes, dont 400 000 étrangers, visitent le Tibet. Ils disposent d’appareils photo et de caméras. Ils étaient 3 ou 4 000 à Lhassa le jour des troubles. Pas une photo, pas un film ne peut témoigner d’une quelconque répression violente de la part des services d’ordre chinois. » Ce qui laissait notre brillant panel d’intellos quasiment sans réplique…
Pour autant que nos journaux aient publié des rapports de témoins oculaires, ceux-ci ne parlent en effet que des actes de violence commis par des jeunes Tibétains et nombre de moines1. Le Volkskrant (Pays-Bas) écrit, le 17 mars : « Stefan (34 ans) est arrivé le jeudi 13 mars à Lhassa (capitale du Tibet, ndlr) : “Je me baladais tranquillement et, brusquement, quatre bâtiments en face de mon hôtel, près du temple de Jokhang, se sont mis à flamber… Ça a commencé vers midi. Brusquement, tous les boutiquiers de la rue ont baissé leurs volets. Plus tard, j’ai vu, depuis mon hôtel, comment des jeunes Tibétains relevaient les volets pour piller ces magasins et y mettre le feu.” » Des témoignages semblables sont parus dans The Economist, The International Herald Tribune, et d’autres encore2.
Les autorités chinoises ont compté 22 victimes dans l’émeute du 14 mars, la quasi-totalité étant des non-Tibétains. Presque quatre cents citoyens auraient été blessés.
La police a hésité longtemps avant d’intervenir et, sans aucun doute, elle n’y sera pas allée de main morte. « Pas un seul gouvernement responsable n’aurait assisté passivement à des actes de violence comme ceux qui se sont produits au Tibet », a déclaré le président de la Chine, Hu Jintao.
Après le rétablissement de l’ordre, le journal hollandais De Volkskrant a reçu ce rapport d’un correspondant à Lhassa : « Combien de Tibétains ont été tués par l’armée, vendredi dernier, durant l’important soulèvement, demandais-je à Balo (un Tibétain d’une vingtaine d’années que je rencontre aux environs du palais du Potala) ? “Je ne sais pas… Il y a bien eu des Tibétains blessés lors des attaques contre les magasins. Il y a également eu des morts, mais c’étaient surtout des Chinois.” Les gens du Dalaï-lama disent qu’il y a eu au moins trente morts, voire même une centaine, ce jour-là, alors que Lhassa étaient en flammes. Balo téléphone à la ronde, mais le résultat est le même. Personne n’a vu ni entendu parler de morts et de blessés laissés en rue après l’intervention de l’armée et de la police antiémeute. » Sur ce, le correspondant se pose la question : « Il semble que ce soit vrai ce que le gouvernement dit à Beijing, que les troupes de sécurité se sont montrées extrêmement réservées, qu’on n’a lancé que des gaz lacrymogènes, voire peut-être quelques coups de semonce3. »
Est-ce donc bien légitime de réclamer un boycott des JO comme sanction contre l’« extraordinaire violence » des autorités chinoises ? 1 Plusieurs petis films en témoignent. On peut les voir sur Internet, par exemple : www.youtube.com/watch; • 2 Comme The Times (Londres), The Toronto Star (Canada), Time-CNN (USA), Agence France Presse, The Independant (Londres), The Strait Times (Singapour), The South Morning Herald (Australie), Le Parisien (France). Sur la BBC (Londres), ARD TV (Allemagne)… • 3 Volkskrant, 22 mars 2008.
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