« Ce n’est pas parce qu’il y a deux ou trois dossiers critiquables qu’il faut jeter l’opprobre sur toutes les entreprises », précise le dirigeant de la FEB1. C’était aussi le sens de la pétition patronale lancée le lundi 25 janvier : « Osons entreprendre ».
Mais que veulent réellement les patrons ? Nous avons pris connaissance d’un discours tenu par Patrick Meirlaen, ancien dirigeant de Pioneer, au nom de la fédération patronale de la Voka. Il est très éclairant sur le « regain de respect » demandé par le patronat2.
Il commence en ces termes : « Primo : au diable les anarchistes ; secundo : halte à la pléthore de règles ; tertio : vive les entrepreneurs ! »
Le discours était prononcé dans les bâtiments de Tabaknatie, pour la réception de nouvel an de la Voka Anvers-Pays de Waes, le 19 janvier. Un groupe d’entrepreneurs respectables, ces mêmes personnes qui, le lundi suivant, braillaient dans la presse qu’ils méritaient « plus de respect ».
Dès le début, d’« au diable les anarchistes », nous pouvons lire : « Sous le masque de la participation de tous, nous avons créé une hydre à mille têtes, stupides et indestructible. Stupide, oui, j’ose le dire ici : les gens que nous impliquons dans le processus décisionnel… ne sont même pas informés, dans la plupart des cas. (…) Revenons-en à la direction. Les décideurs politiques doivent reprendre les rênes en main et diriger, au lieu de se laisser détourner. Qu’on arrête cette absurdité de la démocratie populaire et de l’anarchie et qu’on se remette à nouveau à diriger nous-mêmes ! »
« Qu’on arrête cette absurdité de la démocratie populaire », « car le peuple est stupide », voilà le message de nouvel an de la Voka. Se battre pour ses droits, c’est ce qu’ils appellent l’anarchie. La participation de tous, comme avec le référendum contre le viaduc du Lange Wapper, ou la lutte d’InBev, la solidarité avec Opel : voilà ce qu’ils appellent la « démocratie populaire », « une hydre ». Car, ne nous laissons par berlurer stupidement, des licenciements, il va encore y en avoir. Et beaucoup ! Peut-être bien 70 000 encore. Les patrons ont peur de l’exemple de ceux d’AB InBev. Ils préfèrent voir les gens avaler tout, accepter tout et dire « amen » gentiment. C’est ce qu’ils appellent « l’ordre » et, quand les gens ne s’y conforment pas, ils appellent ça de « l’anarchie ».
Le second point extrait du laïus de nouvel an de la Voka Anvers-Pays de Waes est celui-ci : « Halte à la chiée de règles » : « la suppression des petites règles doit devenir un sport, qu’on y aille à la hache ! » Cela ne vous dit peut-être rien. Il ne s’agit pas des règles qui pèsent sur l’existence du simple citoyen. Il s’agit de la grande réglementation. Les gens qui ont vu « Capitalism, a Love Story », de Michael Moore, le savent. À un moment donné, Moore montre une photo de banquiers agitant une tronçonneuse au-dessus d’une pile de papier. Une pile de réglementations. À la tronçonneuse ! La dérégulation. Supprimer le moindre contrôle des banques et des marchés financiers. Dehors les fouille-merde ! Qu’on nous laisse spéculer.
Et que s’est-il passé, alors ? Quand tout contrôle a disparu, les cow-boys du capitalisme ont joué en bourse avec nos économies et nos pensions. Ils ont joué au poker avec notre argent. Et quand tout a été flambé, ils sont allés frapper les mines défaites à la porte de l’État. Nous voulons 20 milliards d’euros du contribuable. Là, tout de suite ! Moins d’un an s’est écoulé et nous y revoilà déjà. Le même extrémisme libéral qui nous a plongés dans la crise.
Mais ils veulent encore plus. De même, doivent disparaître les règles qui nous offrent encore un peu de protection contre les licenciements. C’est ce qu’ils ont exigé à table, à onze, le lundi 25 janvier. Toutes les organisations patronales ensemble. C’est la crise et il doit donc être plus facile de mettre le personnel à la rue.
Le discours de la Voka se termine par le slogan « Vive les entrepreneurs » : « Un entrepreneur doit aller de l’avant, il n’y a pas de filet social (ou de hamac) pour les entrepreneurs. (…) L’entreprenariat est le sel de la terre… Qu’on y aille en 2010. Vive les entrepreneurs ! »
La sécurité sociale, « un hamac social ». Allez raconter ça à une mère célibataire sur trois, qui doit s’en tirer avec moins de 830 euros par mois. Ou à tous ces gens qui ne peuvent plus payer leurs notes de maladie.
Il n’y a qu’un hamac. Et c’est le hamac fiscal de ceux qui reçoivent des bonus pharaoniens, palpent de plantureux dividendes et, en sus, reçoivent encore toutes sortes de cadeaux fiscaux. Bref, le grand salon du hamac !
1 La Libre, 29 janvier;
2 Peter Mertens, président du PTB, a répondu à ce discours du VOKA à la réception du nouvel an du PTB à Anvers le 29 janvier. Cet article en est largement inspiré.
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