
Une balade à vélo dans un superbe paysage, à la recherche des châteaux de quelques millionnaires. (Photo Solidaire, Roland Teirlinck)
Pour vivre riches, vivons cachés », dit le dicton. Sauf qu’à l’heure où notre gouvernement nous prépare une cure d’austérité, beaucoup se demandent s’il ne faudrait pas plutôt frapper à la porte des plus nantis, les multimillionnaires.
Vous connaissiez le Guide du richard de Marco Van Hees : tout au long de l’année, vous avez pu découvrir dans ces colonnes, ces familles qui s’enrichissent, y compris en temps de crise.
Au pays de Waes (près de Saint-Nicolas), le groupe local du PTB a organisé samedi dernier une route des millionnaires dans la région. Une ballade à vélo le long des villas des multimillionnaires de la région, comme celle de l’industriel Jan De Clerck ou du magnat Nicolas Saverys. Tout ceci en présence de la marraine de la campagne de la taxe des millionnaires, Tine Van Rompuy.
Ludo Merckx, avait imaginé cette randonnée comme « une agréable randonnée à vélo le long de routes de campagne tranquilles ». Le petit dossier fourni comprenait de belles cartes récapitulatives avec des infos sur le paysage, l’histoire et les… quelques millionnaires de la région. « Pédaler et profiter », nous assurait Ludo.
Cette action ludique voulait, en pleine négociation pour un prochain gouvernement, attirer l’attention, sur la nécessité de toucher les plus fortunés. Ce qui n’a pas manqué de susciter l’intérêt de la presse. « Les lieux à fric de la route des millionnaires », titrait le quotidien Het Nieuwsblad.
Les super-riches eux-mêmes, dont les villas ont brusquement pris des allures de sites touristiques, ne sont pas heureux de l’initiative. « C’est tout sauf agréable », a fait savoir Peter Blijweert, le grand patron de Blijweert Aluminium1. Mécontent aussi, Nicolas Saverys, patron d’Exmar, dont la fortune dépasse les 200 millions d’euros.
Het Nieuwsblad a également demandé l’avis de la Commission sur la vie privée, qui a critiqué l’initiative. « Tant qu’ils ne pénètrent pas dans les propriétés mêmes, il n’y a rien d’illégal », déclare le porte-parole Emmanuel Vincart. « Bien plus grave est cette brochure dans laquelle ils jettent en pâture, sans avoir été autorisés, les données personnelles de ces gens. Cela, c’est punissable. »
L’avocate Edith Flamand réagit : « Toutes les données sur ces familles, publiées dans cette brochure sont publiques. Il s’agit de lieux et de faits déjà publiés ailleurs. L’action ne vise d’ailleurs pas la vie privée de ces personnes mais leur position dans la société »
« Nous nous arrêtons devant les villas et donnons des explications sur la fortune des personnes qui y habitent », dit Tine Van Rompuy. « C’est purement symbolique. Nous ne nous attendons pas à ce qu’ils nous invitent pour prendre le café. La seule chose que nous voulons, c’est attirer l’attention sur notre taxe des millionnaires. Si, sur chacun de leurs millions, les familles les plus riches cédaient un pour cent, les caisses de l’État recevraient annuellement huit milliards d’euros. » « Le problème n’est pas la vie privée des millionnaires, mais le fait qu’ils peuvent cacher trop de choses », ajoute Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB. « Le fisc connaît jusqu’au moindre centime ce que gagne un travailleur moyen mais, pour les grandes fortunes, il n’existe pas de cadastre. Et ces grandes fortunes profitent du secret bancaire pour échapper à l’impôt. Ce qui a fait dire à la Deustche Bank que la Belgique était un enfer fiscal pour les salariés et un paradis fiscal pour les fortunes. Il faut un cadastre des fortunes et une levée du secret bancaire pour que notre taxe des millionnaires voie le jour. »
Ce samedi à 9 h 30, une nouvelle étape de la route des millionnaires à Courtrai, . Avec Tine Van Rompuy et Marco Van Hees.
1. Het Nieuwsblad, 27 juni 2010
La « route Dallas », avec barbecue, le samedi 3 juillet.
Lieu : Den Bouw, Bellegemsestraat 107, Bellegem, Courtrai.
- Randonnée cycliste de 25 km : départ à 9 h 30, inscriptions dès 9 h (2 €, droit d’inscription et assurance)
- BBQ à 13 h.
La route des millionnaires au pays de Waes, 2010, 40 p., 5 euros.
A commander au www.ptbshop.be ou au 02/504 01 12. Uniquement disponible en néerlandais.