« Même des multinationales qui font de grands bénéfices licencient, car il y a trop de facilités fiscales qui leur sont accordées. » note Giorgio Cocco, métallurgiste et président de la CSC-Brabant wallon. Inbev, Hewlett Packard, DHL, Bekaert, Arcelor-Mittal, la liste des entreprises qui font des profits plantureux et qui licencient s’allongent.
« Maintenant la balle est dans le camp du gouvernement : il serait temps d’interdire les licenciements dans des entreprises qui font des bénéfices. » note Didier Maréchal, travailleur à Inbev « Sinon l’Etat avec ces cadeaux fiscaux paie lui-même les licenciements. »
« Une loi qui interdirait aux entreprises en bénéfice de licencier des gens ? Je suis pour à cent pour cent. Car pourquoi une entreprise qui fait des bénéfices applique-t-elle une restructuration, sinon pour faire encore plus de bénéfices et ne pas partager les bénéfices avec ses travailleurs ? ajoute Kim Mergaerts, délégué FGTB à DAF, une grande usine de Campine anversoise. « Tout ce qu’elles veulent, c’est augmenter leur capital. C’est ce qu’ils voulaient faire chez InBev et c’est aussi ce que je vois chez DAF, où je bosse. Sur une chaîne où travaillent dix hommes, ils n’en veulent plus que huit. De façon à pouvoir travailler meilleur marché et à faire plus de profit encore. »
« Les travailleurs ne doivent pas être facilement jetables, ils doivent, au contraire, être davantage protégés. Par une nouvelle loi. Une loi Inbev, par analogie avec la loi Renault. Une loi qui interdise aux entreprises rentables de licencier. » explique Peter Mertens dans sa carte blanche la veille de la marche. Le but ? Que les entreprises qui font des bénéfices, versent des dividendes ou qui ont constitué des réserves ne puissent pas réaliser de licenciements collectifs. Pour qu’en cas de non-respect de la loi, la totalité des aides publiques, des avantages fiscaux et des réductions de cotisations sociales doivent être remboursés immédiatement.
De cette manière :
- on pourra apporter une meilleure sécurité d’emploi au lieu de l’angoisse et de l’incertitude actuellement permanentes, aussi dans les petites entreprises où les syndicats sont moins forts.
- on pourra empêcher préventivement les licenciements mais aussi sanctionner.
- et on protégera le tissu industriel qui est menacé par la crise.
Cette proposition de loi pourrait également unifier le mouvement pour l’emploi sur une revendication générale à adresser au gouvernement, et permettrait aussi d’interpeller les partis politiques pour qu’ils fassent un choix clair : sont-ils pour les profits d’abord ou les emplois ?
Le jour de la marche, Marie Arena et Alain Mathot, députés PS, déposaient une proposition de loi visant à retirer le bénéfice des intérêts notionnels aux entreprises qui font des bénéfices et qui licencient. Une proposition qui va dans le bon sens car elle sanctionne les entreprises qui licencient. Mais les prochaines semaines montreront s’il s’agit d’un véritable revirement en pratique.
Car en 2005, le PS avait refusé le vote d’un amendement à la loi sur les intérêts notionnels (loi qu’il a voté), visant à lier ces cadeaux fiscaux à une garantie d’emplois. Jusqu’à maintenant, la proposition de loi des parlementaires PS n’a jamais été évoquée par la ministre Onkelinx au conseil des ministres, note le premier ministre Leterme. Et la question reste : que fera le PS quand MR, VLD, CD&V et CDH confirmeront leur fin de non-recevoir ? Soutiendra-t-il la campagne de pétition du PTB pour faire pression sur le gouvernement ? En fera-t-il une question de gouvernement vu l’urgence ? La question reste ouverte.
Pour mettre la pression sur le gouvernement, quoique décide le PS, le PTB appelle tous les syndicalistes et travailleurs à signer et à diffuser la pétition pour la loi Inbev.
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