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15 décembre 2009 17:08 | Il y a : 95  jour(s) |

Nos voitures électriques rouleront-elles bientôt avec du courant venu d’Afrique ?

Je me suis souvent demandé pourquoi on n’essaierait pas de transformer la chaleur du Sahara en énergie. En fait, les capitalistes français et allemands s’y emploient déjà. Mais les gens sur place en profiteront-ils ?1

 

L’énergie renouvelable a le vent en poupe. Le marché de la technologie environnementale doublera vraisemblablement d’ici 2020, passant ainsi à 2 000 milliards d’euros. Deux multinationales, une française et une allemande, travaillent chacune à un projet colossal.
L’Allemagne voit les choses en grand
Le projet allemand Desertec part du principe que « en six heures, les déserts reçoivent plus d’énergie solaire que l’humanité n’en consomme en un an ». Pour produire la demande mondiale actuelle de 18 000 TWh/an, il suffit d’équiper trois millièmes (90 000 km2) des déserts mondiaux de « capteurs d’énergie thermique solaire » (CES). Des usines reçoivent la lumière solaire sur des miroirs paraboliques et transforment de l’eau en vapeur, qui actionne des turbines afin de produire de l’électricité et, en même temps, transforme l’eau salée en eau potable.
    Cette technologie existe, il s’agit surtout de trouver l’argent, explique Desertec, pour ceinturer les déserts de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient d’un réseau de la forme d’un gigantesque croissant allant du Sahara occidental et du Maroc jusqu’à la péninsule saoudienne et l’Irak. Ce réseau doit être raccordé au réseau d’électricité de l’Europe. Car Desertec est un projet allemand qui veut produire du courant pour l’EUMENA, c’est-à-dire l’Union européenne (EU), le Moyen-Orient (ME) et l’Afrique du Nord (NA). Desertec promet qu’en 2050, l’Europe se procurera auprès d’elle 15 % au moins de tout le courant dont elle aura besoin.
La France remorque l’UE
Au départ, des industriels français ont collaboré avec les Allemands de Desertec, mais, brusquement, fin 2008, n’ont plus été les bienvenus. « Ils se cramponnent à leur énergie nucléaire », a déclaré Torsten Jeworrek du géant des assurances Munich Re, qui, dans la pratique, dirige Desertec.
    Nicolas Sarkozy avait déjà alors son propre plan, le Plan solaire Méditerranée (PSM), qu’il a fait passer lors de la conférence inaugurale de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Les 43 pays de l’UPM collaborent autour de la pollution de la Méditerranée, du transport maritime et terrestre et de l’énergie solaire. Ils n’ont pas de projet à grande échelle comme celui de Desertec, mais toute une série de projets autour des énergies renouvelables. En 2020, viendrait s’ajouter une capacité de 20 Gigawatts, avec un faible rejet de gaz à effet de serre. Et la France dévoilerait même à Copenhague de nouveaux projets du même genre.
Financé en partie avec l’argent du Fonds climatique et de l’aide au développement ?
Après l’automobile et l’électronique, le marché de la technologie durable est le 3e marché au monde. Il pèse aujourd’hui 1 000 milliards d’euros et vaudra le double en 2020, estiment des spécialistes.
Le projet de Desertec coûterait aux alentours de 400 milliards d’euros, y compris les 20 lignes à haute tension de 5 Gigawatts qui doivent relier le réseau MENA (Moyen-orient Nord-Afrique) à celui de l’Europe.
    Pour le programme français Plan Solaire Méditerranée (PSM), un rapport de l’Inspection française des finances estime qu’entre 38 et 46 milliards d’euros seront nécessaires jusqu’en 2020.
    Le groupe d’entreprises derrière Desertec peut lui-même débourser pas mal de milliards, car il comprend des grosses pointures comme Siemens, Schott Solar et MAN Solar Millennium, les banques HSH Nordband et Deutsche Bank, le réassureur Munich Re et les entreprises spécialisées dans l’énergie RWE, E.On et Abengoa. Desertec espère attirer beaucoup d’autres investisseurs. C’est pourquoi le groupe d’entreprises dit que la création d’un « climat favorable aux investissements » est une mission prioritaire pour l’Union européenne. Desertec même propose déjà des mesures concrètes. Par exemple, le groupe veut que les entreprises de l’Europe méridionale qui fermeront les vieilles centrales au charbon amorties depuis longtemps, reçoivent de ce fait une prime si, en même temps, elles investissent dans le courant vert. En outre, le courant issu de l’énergie solaire importé par Desertec depuis la zone MENA devrait être pris en compte dans la politique climatique de l’Europe de sorte que, pour 2020, cette dernière tire effectivement 20 % de toute son énergie de sources renouvelables.
    Le projet lorgne du côté du nouveau Fonds climatique qui sera fondé à Copenhague et qui, dès 2020, s’élèvera à 100 milliards d’euros par an. De l’argent qui, en fait, doit servir à aider les pays pauvres à affronter la montée du niveau des mers, la déforestation, la pénurie d’eau et autres problèmes générés par le réchauffement de la terre. Desertec peut assurer que son réseau produira de l’électricité pour les besoins locaux des « pays du désert », la part du lion de cette électricité ira néanmoins en Europe. Ce faisant, Desertec se servira deux fois : elle pillera les réserves du Fonds climatique et en même temps fera main basse sur une grande partie de l’énorme marché européen de l’électricité.
    Et la Belgique? D'où tire-t-elle sa cotisation de 150 millions d’euros versés à l'UE qui a rassemblé 7,2 milliards d’euros pour aider au cours des trois ans à venir les pays en voie de développement à lutter contre le réchauffement de la terre ? Ils proviennent sans doute en partie du budget de l’aide au développement, alors même que le mouvement Nord Sud demande que le soutien climatique vienne en sus du si peu d’argent que nous consacrons à l’aide au développement.


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