
Les employés de manutention des bagages d’Aviapartner et Flightcare protestent contre l'arrivée d’un troisième groupe car ils redoutent une nouvelle érosions de leur conditions de travail. (Photo Solidaire, Nicole Materne)
Celui qui prend l’avion s’attend à un embarquer sans problème, à un appareil propre et à récupérer ses bagages en descendant de l’avion… Le personnel d’Aviapartner et Flightcare fait tout pour ça. Un travail difficile, lourd, des horaires flexibles, des contrats partiels et à durée déterminée de plus en plus fréquents. Les travailleurs craignent à juste titre que l’arrivée d’une troisième voire d’une quatrième entreprise de manutention n’entraîne une dégradation encore plus grande des conditions de travail et salariales. La sécurité du personnel tout comme celle des passagers est également compromise puisque tout devra aller très vite et que les procédures de sécurité risquent fort d’être bâclées.
Dans les années 90, sous l’impulsion de l’Europe, le marché est libéralisé. L’Europe veut davantage de concurrence et donc au moins deux acteurs. La Belgique accorde alors un duopole à Aviapartner et Flightcare, qui reprennent les activités de manutention aéroportuaire après la faillite de la Sabena. E. Schouppe, secrétaire d’Etat à la Mobilité, est prêt à accueillir de nouvelles sociétés. « Cela permettrait de réprimer les coûts des compagnies aériennes et garantirait un service minimum en cas de conflits sociaux », avait-il déclaré après les actions syndicales de l’été 2008.
« D’un point de vue économique, autoriser plusieurs sociétés est réalisable », explique Olivier Dufrasne, délégué UBOT chez Flightcare, « mais sur le plan social c’est pour nous inacceptable. La pression et la charge de travail sont déjà énormes. En tant qu’ex-Sabénien, je suis bien placé pour savoir que la concurrence entraîne flexibilité extrême et restructurations ». Lode Verschingel, secrétaire LBC, est lui aussi pessimiste. « Augmenter la concurrence permettra effectivement de faire des économies mais qu’au niveau du personnel et du matériel. Les salaires représentent 70% des coûts. Et sur le matériel, les économies ont déjà été faites.»
Nouvelles actions plus dures
« C’est du jamais vu », déclare Jan Verbinnen, délégué Setca chez Avia. « Tous les syndicats, ouvriers et employés des deux entreprises sont d’accord et fermement décidés à dire non à l’entrée suyr le marché de ce troisième manutentionnaire. »
Un préavis de grève a été déposé. Si Monsieur Schouppe campe sur ses positions, les syndicats durciront le ton. Monsieur Schouppe devait normalement prendre une décision fin janvier mais suite aux actions la décision est reportée à mars avril.
Marjolein Dubbelaere du syndicat néerlandais FNV est venue soutenir les travailleurs. En 1995, une troisième société de manutention fait son entrée à l’aéroport de Schiphol. Aujourd’hui, elles sont au nombre de huit. « Tout cela a entraîné une forte diminution des salaires et une dégradation des conditions de travail », explique M. Dubbelaere. « Les compagnies aériennes passent d’une société à l’autre à la recherche du contrat le moins cher. Puis, l’arrivée d’une nouvelle société a provoqué le licenciement de 800 personnes. Certains ont retrouvé un emploi mais avec un contrat temporaire, généralement à temps partiel. Et comme cette nouvelle société n’était pas liée par une CCT, elle a pu baisser les salaires du personnel et leur imposer davantage de flexibilité. »