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26 janvier 2010 17:05 | Il y a : 44  jour(s) |

Manipulation des prix de l’énergie

« La libéralisation du marché de l’énergie est un échec », reconnaît le ministre Magnette. « Après dix ans, il faut oser constater que la libéralisation a été très généreuse pour les entreprises d’énergie concernées, mais absolument pas pour les consommateurs », dit le ministre de l’Énergie Magnette. OK, mais n’est-ce pas le moment de joindre le geste à la parole ?

Tom De Meester

Le ministre Magnette préconise « plus de régulation » pour contrôler les prix de l’énergie. Excellent, mais dans l’accord qu’il a conclu avec GDF Suez il n’y a pas un mot sur une régulation des prix. (Photo HatM)

La CREG, régulateur de l’énergie, préconise, depuis janvier de l’an dernier, une attitude de fermeté à l’égard d’Electrabel parce que GDF Suez manipule les prix et, en raison de sa position de monopole, « ne peut tout simplement plus être concurrencé ». Que le ministre Magnette (PS) le reconnaisse maintenant, c’est un pas en avant. Il n’y a qu’un petit problème : Magnette s’est mis lui même hors jeu par un gentlemen’s agreement avec GDF Suez. L’accord, qui sera coulé en force de loi cette année au parlement, déroule le tapis rouge pour les entreprises d’énergie, GDF Suez en tête. Il devient très difficile de tenir tête aux entreprises d’énergie si on signe en même temps un accord où le gouvernement garantit « un cadre normatif et de régulation stable ». Lisez : on ne prendra pas de nouvelle mesure contre Electrabel et les entreprises d’énergie. En outre, Magnette lui-même est très généreux : en échange d’une aumône annuelle d’environ 230 millions d’euros, les centrales nucléaires resteront ouvertes, ce qu’on estime rapporter 13,5 milliards d’euros cash aux producteurs.

Le ministre Magnette préconise « plus de régulation » pour contrôler les prix de l’énergie. Tout à fait d’accord, mais ici aussi, il y a un fossé entre le geste et la parole. Dans l’accord avec GDF Suez, il n’y a pas un mot sur une régulation des prix. Il y aura seulement cette année un « comité de suivi » sans aucun pouvoir et dont Electrabel elle-même fait partie ! On n’a pas besoin de comité de suivi pour savoir qu’Electrabel gonfle artificiellement les prix. Des études de la CREG, un organe qui dépend notez bien du ministre Magnette, prouvent qu’Electrabel manipule les prix de l’énergie et fait des bénéfices fabuleux. Sur le bureau du ministre, il y a depuis hier une étude confidentielle de la CREG qui montre comment Electrabel et les autres entreprises d’énergie ont abusé en 2007 de l’augmentation du prix du gaz sur le marché mondial pour compter des augmentations de prix bien trop élevées. Maintenant que les prix mondiaux redescendent, les prix restent élevés.

Il n’y a qu’en Irlande que l’énergie est plus chère

Le prix de l’électricité est manipulé aussi. D’après le bureau européen de statistiques Eurostat, l’électricité coûte en Belgique 18 % de plus que dans les pays voisins. Le consultant en énergie CapGemini conclut que la Belgique est devenue le pays le plus cher d’Europe pour l’énergie, à part l’Irlande. Qu’est-ce que Magnette attend ?

Il est temps d’agir. La Belgique assurera cette année la présidence de l’Union européenne et le ministre Magnette a l’intention de proposer des mesures européennes. Mais il faudra plus qu’un « réseau européen d’ombudsman » pour protéger les consommateurs. Notre fourniture en électricité est de plus en plus sous la coupe d’une poignée de géants européens, dont GDF Suez. Les cinq plus grandes entreprises d’énergie d’Europe maintiennent les prix élevés et ont fait dans la première moitié de l’an dernier 14,1 milliards d’euros de bénéfice net.

Une entreprise publique d’énergie

Il faut tirer les conclusions de l’échec de la libéralisation et, pour commencer, supprimer la libéralisation pour les familles qui constituent 20 % du marché de l’électricité. Il faut obliger les entreprises d’énergie à rendre publics leurs coûts réels. Il faut que l’autorité publique fixe sur cette base un prix maximum. Il faut obliger les producteurs d’énergie privés à fournir l’énergie à une entreprise publique à ce prix régulé. Et cette entreprise publique doit livrer directement de l’électricité à bon marché aux familles. Une entreprise publique d’énergie permettrait aussi à l’autorité publique d’investir elle-même dans la production d’énergie verte. L’énergie est trop importante pour la laisser au marché. La libéralisation n’est pas une loi de la nature. On peut faire autrement.

Source : De Morgen, 22 1 2010



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