
Les travailleurs ont été encouragés à investir dans des actions par le biais de fonds de pension privés. Aujourd’hui, les marchés boursiers se sont effondrés, de nombreux travailleurs ont perdu jusqu’à 40 %, ou plus, de l’argent qu’ils avaient investi dans les fonds de pension. (Photo Xinhua)
La spéculation sauvage sur les marchés financiers est souvent accusée d’être à l’origine de la crise économique. Mais vous n’êtes pas d’accord.
Jo Cottenier. Non. L’ampleur du crash financier est colossale. Le système financier mondial a failli basculer parce qu’avec la prolifération de produits financiers, la bulle spéculative a connu une croissance spectaculaire ces trente dernières années. Or, c’était là un choix délibéré. En fait, la crise se poursuit depuis 1973.
Que s’est-il passé en 1973 ?
Jo Cottenier. Après la Seconde Guerre mondiale, on a connu une période de croissance stable relativement importante, qui provenait en grande partie de la reconstruction d’après-guerre. Mais à la fin des golden sixties, le moteur économique a commencé à s’enrayer. En 1973, la crise a éclaté complètement lorsque les pays de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) ont quadruplé le prix du pétrole et l’ont à nouveau doublé en 1979. Cette crise de surproduction a entraîné dans les années 70 d’importantes restructurations dans les secteurs de l’exploitation minière, de l’acier, du verre, du textile et de la construction navale.
Comment expliquez-vous dans ce cas la croissance économique depuis les années 80 ?
Jo Cottenier. Depuis les années 80, les Etats-Unis ont développé face à la crise une politique leur permettant de maintenir artificiellement une consommation élevée. Sous le président Reagan, on a réduit de manière considérable les impôts des riches qui se retrouvaient ainsi avec plus d’argent à dépenser.
Plus tard, on a également poussé les pauvres à consommer en facilitant les emprunts. Dès 2000, les gens ont pu contracter un emprunt hypothécaire sans devoir fournir le moindre justificatif quant à leurs revenus. C’est ainsi que six millions de personnes non solvables ont acheté une maison. Il s’agissait-là d’une immense bulle financière. Sur ces six millions, deux à trois millions se retrouvent aujourd’hui sans maison.
Dans quelle mesure la spéculation sauvage, toujours en hausse, a-t-elle été une réponse à la crise de 1973 ?
Jo Cottenier. La crise de surproduction rendait les investissements dans l’économie réelle peu voire pas du tout rentables. Le capital a donc cherché une issue, à savoir le secteur financier. Dès le début des années 80, l’économie financière a été globalisée et tous les freins ont été levés. Un flux continu de nouveaux produits financiers n’a cessé d’envahir le marché. Les autorités ont dérégulé un nombre important d’opérations financières et stimulé la spéculation en bourse, même pour les particuliers.
Depuis, le secteur financier a connu une croissance trois fois plus rapide que celle du secteur de production. Tandis que le PIB au niveau mondial connaissait une croissance de cinq pour cent, le secteur financier lui augmentait de quinze pour cent. Mais cette économie financière en réalité vit du secteur de production. Tôt ou tard, ce système devait s’effondrer et c’est ce qui se passe en ce moment.
Derrière cette crise financière spectaculaire se cache une crise économique prête à présent à se développer complètement. L’économie mondiale a été « dopée » depuis les années 80 grâce à la consommation artificielle, les crédits et la spéculation. Le problème c’est qu’aujourd’hui ces stimulants sont épuisés.