Plan du site | Newsletter | Aide | RSS |
1 décembre 2009 17:39 | Il y a : 100  jour(s) |

Green Deal :: Un environnement protégé par le marché ?

L’économie de marché et l’environnement font-ils bon ménage ? Peut-on conjuguer Green et Deal ? Profits et protection de l’environnement ?

Zachary Beaulieu

On sait qu’une sérieuse prise en main de la crise environnementale demande une réorientation gigantesque des ressources énergétiques, de la production, de la consommation, du transport et des infrastructures au niveau mondial, pour limiter le réchauffement de la terre en dessous des 2°C.

La menace climatique aidant, un certain nombre d’économistes autrefois libéraux se sont ralliés à la prise de conscience environnementale. À la clé de cette conversion, ni plus ni moins que le recyclage du capitalisme, teinté de vert. L’enjeu est double. En rendant moins polluants des pans entiers de la production, le capitalisme retrouverait un dynamisme créateur de richesses et d'emplois.

Le concept même du Green Deal implique que l’économie, pour redémarrer, se mette au service de l’environnement. D’où la nécessité, pour les pouvoirs publics, d’assigner aux systèmes de production l’objectif de protéger le climat. L’objectif déclaré : passer d’une économie riche en carbone (qui émet beaucoup de CO2) à une économie pauvre en carbone. Intention louable. Mais comment y arriver ?

Pour les tenants du Green Deal, l’idée de base est de développer la technologie verte, mise en place par le capital privé et stimulée par des subsides et des écotaxes, principalement la taxe carbone (qui taxe les produits qui produisent du CO2).

Nicholas Stern, l’ex vice-président de la Banque mondiale et souvent présenté comme le gourou de l’économie pauvre en carbone, estime que le premier élément pour induire un changement climatique est d’augmenter le prix du carbone.1

Efficace ?

D’après les spécialistes, les objectifs proposés par Nicholas Stern devraient se traduire par une augmentation du coût de la tonne de CO2 de l’ordre de 25 dollars. On retrouve ici un des fondements du libéralisme économique : par la mise en place d’une fiscalité verte, l’État se dispense d’intervenir directement dans les choix productifs des entreprises. Pour permettre le passage à une économie pauvre en carbone, il faut exclusivement  inciter. Et pour ce faire, rien de tel que le recours aux taxes. Cette stratégie pose clairement problème.

Ainsi, son efficacité environnementale s'avère des plus douteuses. D'après Richard Tol, économiste néerlandais spécialisé dans les problèmes environnementaux, un niveau de taxation équivalent à 25 dollars la tonne de CO2 n'exerce aucun effet dissuasif sur les émetteurs de gaz à effets de serre Plus grave. D’après Tol, même à 250 dollars la tonne de carbone, un système de taxation ne génère pas une diminution significative des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Cela balaie l’idée que plus l’énergie sera chère, mieux ce sera pour l’environnement. Certains se réjouissaient d’ailleurs de l’avènement du pétrole à 100 dollars le baril. Le changement allait de soi. À 100 dollars le baril, le monde changeait de base puisque les énergies renouvelables devenaient rentables. Voilà pourquoi il ne fallait surtout pas diminuer, en Belgique, la TVA sur l’énergie.

Fume, c'est du vert !

Mais ce raisonnement n’a tout simplement pas de fondements dans la pratique. Lorsque le baril était à son plus haut niveau à l’été 2008, les émissions de gaz à effet de serre n'avaient pas reculé de manière significative. Pourquoi ?

Parce que dans une économie capitaliste qui n’existe que pour créer et accumuler de la richesse monétaire (bref, de l’argent), un baril à 100 dollars n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.

Certes, les travailleurs et paysans pauvres des pays non producteurs de pétrole vont souffrir. Ils devront se serrer la ceinture et restreindre certains postes de consommation s’ils veulent consommer la même quantité de pétrole. Car ils ont autant besoin de transports et de chauffage qu’avant.

L’environnement peut bien attendre.

En définitive, il faudrait, pour qu’un système de taxation carbone fonctionne, un niveau de taxation infiniment supérieur à 250 dollars la tonne (mettons, 300). Mais une production dont les coûts atteindraient de tels niveaux ne trouvera pas preneur dans un système de marché. Donc exit la croissance verte.

Or, dans la philosophie globale préconisée par Nicholas Stern, la taxation de la tonne de CO2 ne dépasse pas les 25 dollars la tonne. Pour des raisons essentiellement économiques. Au delà de ce seuil, le secteur privé freinera des quatre fers et fera la sourde oreille car il n’en tirera pas de profits suffisants.

À 25 dollars la tonne de CO2, il y a fort à parier que les entreprises élimineront certains gaspillages coûteux en énergie et en matières premières. Ce qui améliorera leur rentabilité, aux grands bonheurs de leurs actionnaires. De cet accroissement de rentabilité, les salariés ne verront, d’ailleurs, pas le moindre cent. Et, en prime, les pouvoirs publics subsidieront largement les efforts d’adaptation des entreprises à un surcoût de 25 dollars la tonne de CO2.

Ecologie homéopatique

Mais surtout cette incitation à diminuer la consommation par dose homéopathique (pour ne pas nuire à la position concurrentielle) ne pourra jamais suffire pour réaliser les réductions qui s’imposent. Les investissements via les mécanismes de marché seront totalement insuffisants.

Ainsi Nicholas Stern estime que la seule stabilisation des émissions de gaz à effets de serre nécessiterait la mobilisation de moyens équivalents à 2 % en moyenne du PIB mondial par an d’ici 2050. Le département pour le climat des Nations Unies (le PNUE) fixe un objectif d'investissement à 1 % du PIB dans les technologies vertes. Or, tous les scientifiques ne parlent pas de stabiliser les émissions mais de les diminuer de 50 à 80 % d’ici l’horizon 2050. Le programme ambitieux de Stern est donc tout relatif.

Et c’est là que se situe la contradiction du Green Deal : soit l’aspect Deal, c’est-à-dire garantir des profits suffisants aux multinationales est garanti mais alors l’aspect Green (la protection de l’environnement) tombe complètement. Soit c’est au Deal même, au principe de laisser le marché régler le problème, qu’il faut s’attaquer.

1. Stern Review : The Economics of Climate Change, 2006. C’est un rapport de 700 pages publié le 30 octobre 2006 par l’économiste Nicholas Stern pour le gouvernement britannique. Il traite du débat sur l’effet du réchauffement climatique sur l’économie mondiale.  


Réagir ?

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*





*
*