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8 février 2010 15:37 | Il y a : 41  jour(s) |

Grèce en faillite :: Un plan d’économies imposé

La Commission européenne a imposé à la Grèce un plan d'économies : non pas pour servir la population, mais bien les intérêts financiers européens et sauver l'euro de la faillite.

Herwig Lerouge

Depuis trois semaines, les paysans grecs bloquent des routes et demandent plus de subventions. Les fonctionnaires des douanes et du ministère des finances ont fait grève deux jours la semaine passée. Et ce mercredi 10 février, c’était la grève générale dans le pays. (Photo Diktyo)

Le déficit de l'Etat grec frôle les 13 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et la dette publique 113 %. En principe l'Union européenne (UE) n'autorise qu'un déficit de 3 % et une dette de 60 %. La Grèce a de plus en plus difficile à obtenir des crédits sur les marchés financiers internationaux, qu’elle doit parfois payer jusqu'à 7 % d'intérêts. En conséquence, l’UE a mis le gouvernement grec sous tutelle et l’a obligé à prendre des mesures sans délai.

La faillite de la Grèce pourrait entraîner un effet domino sur d'autres pays européens fortement endettés et très déficitaires, dont l’évolution des finances publiques inquiète les spéculateurs. Ces derniers craignent que ces pays surendettés soient bientôt incapables de rembourser.

Coupes dans les services publics

Le Premier ministre grec socialiste, Georges Papandréou, a dévoilé son plan d'austérité. Sa mise en place sera évaluée par la Commission européenne : un premier rapport doit être fourni le 16 mars prochain.

Le plan comporte les 8 mesures suivantes :
• Relever l'âge de la retraite de 65 ans à 67 ou 68 ans
• Bloquer les salaires et les pensions du secteur public
• Imposer une taxe de 10 à 15 cents par litre de carburant
• Diminuer de 10 % des dépenses pour les salaires des fonctionnaires
• Geler les embauches dans le secteur public
• Réduire le nombre de fonctionnaires
• Créer des « salaires uniques » dans le secteur public. Cela entraînera à nouveau une réduction des salaires
• Plus d'impôts sur les revenus des employés retraités par l'élaboration de nouveaux barèmes fiscaux.

Cinq mesures sur les huit concernent les services publics. Pourtant, lorsque les banques en ont eu besoin, l’Etat grec a servi 28 milliards d’euros aux banquiers sur un plateau. C’est ce que dénonce le parti communiste de Grèce (voir plus bas).

L'Union européenne veut faire un exemple

La faillite d'un pays de la zone euro entraînerait des réactions en chaîne pour d'autres pays. Par exemple l'Espagne, quatrième puissance européenne, ce qui pourrait remettre en question même l'euro.

L'économiste Nouriel Roubini, un des seuls à avoir prédit la crise, a parlé au Forum Economique Mondial de Davos de la possibilité d'une création d'une zone euro avec seulement les pays forts sans les pays du Sud de l'Europe : Portugal, Italie, Irlande et Espagne sont dans le colimateur des spéculateurs. La semaine dernière règnait une nouvelle panique sur les bourses.

Mais nous n'en sommes pas encore là. Pour le moment, la commission européenne tente d'éteindre le feu en faisant payer le peuple grec. Et si les mesures prévues ne suffisent pas, les grands Etats de l'Union seraient sans doute obligés d'aider la Grèce. En particulier l’Allemagne, puisque cette dernière à intérêt à protéger ses multinationales, VW, Telekom, Siemens, sur le sol grec.

En théorie, le traité de Maastricht empêche les pays de l'UE d'être solidaires de la dette d'un autre Etat membre, sauf en cas de « circonstance exceptionnelle ». Mais on peut aussi soutenir la Grèce par des prêts bilatéraux, ou le versement anticipé de subventions européennes. Et si l'UE vole au secours de la Grèce, ce sera à des conditions encore plus sévères de baisse drastique des dépenses publiques.

Le Parti communiste de Grèce et le syndicat PAME sur la brèche

En Grèce, la résistance contre les mesures antisociales s'organise. Des grèves sont prévues cette semaine.

La presse financière n'est pas très optimiste. Elle craint que la résistance populaire réussisse à venir à bout des plans du gouvernement. Depuis trois semaines, les paysans bloquent des routes et demandent plus de subventions. Les fonctionnaires des douanes et du ministère des finances ont fait grève deux jours la semaine passée. Et ce mercredi 10 février, c’est la grève générale.

« Nous allons mener la guerre à la guerre », dit Aleka Papariga, la secrétaire générale du Parti communiste de Grèce (KKE), « Nous avons besoin d'une réponse unitaire contre cette agression qui nous vise tous ».

Et de rappeler qui a vidé les caisses. En effet, en 2009, lors de la crise économique, les banquiers grecs ont empoché 28 milliards d'euros d’argent public. La même année, sous forme de soutien aux investissements, les capitalistes se sont partagés 7,2 milliards d’argent public. « Voilà où est passé l’argent volé aux travailleurs par les monopoles », écrit le journal du KKE, Rizospastis (4 février 2010).

Pas un cent pour les capitalistes

Le syndicat combatif PAME a lancé la lutte contre le plan du gouvernement socialiste. Il appelle les autres centrales syndicales à le rejoindre. Avec la grève du 10 février, PAME intensifie son action contre les licenciements, les retards de paiements de salaires et les plans du gouvernement. La centrale de l'alimentation, des travailleurs de la presse et des imprimeries, du batiment, les métallos et plusieurs autres soutiennent le mouvement.

Selon le KKE, les ministres mentent quand ils font croire qu'il ne s'agit que de trois années difficiles à passer. Personne ne peut croire qu'après on redescendra l'âge de la retraite, qu'on exigera le remboursement des 70 milliards distribués aux capitalistes. « Nous ne payons pas un cent pour eux. Nous voulons des salaires, des écoles et des soins de santé décents », dit Aleka Papariga.

ESPAGNE, PORTUGAL

Mêmes attaques, mêmes ripostes


Le gouvernement socialiste espagnol a annoncé un programme d'austérité qui coutera 50 milliards d'euros aux travailleurs. La mesure la plus contestée est l'augmentation de deux ans de l'âge de départ à la retraite : de 65 à 67 ans. Il y a déjà eu des mobilisations et une grande manifestation nationale le 12 décembre dernier à Madrid. Les syndicats demandent la réduction de l'âge de départ à la retraite dans des secteurs comme la construction. Dans l'ensemble, le gouvernement Zapatero remet en cause des droits des travailleurs. Au Portugal, le premier ministre socialiste portugais, Socrates va prendre les mêmes mesures que son collègue grec : gel des salaires des fonctionnaires, arrêt de certains investissements promis lors des élections, privatisations. Le Parti communiste portugais veut une relance de l'emploi alors que le taux de chômage a atteint pour la première fois 9,6 % en 2009.




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