A qui profite ce gâchis ? Pour augmenter sa productivité, l’agriculteur doit investir, et pour cela, s’endetter auprès des banques. Il rentabilise son emprunt par la différence entre le prix des matières premières (engrais, semences, carburant) et celui de ses produits (lait, céréales, maïs…). Il achète les premières à des multinationales, et il vend les seconds… à d’autres multinationales ! Que représente-t-il au milieu de tout cela ? Rien !
Les multinationales qui lui achètent ses produits, jouent sur les cours mondiaux et sur le décalage des saisons. Elles achètent par exemple d’énormes quantités de fruits au Maroc avec lesquels elles inondent le marché espagnol quelques semaines avant que les productions locales soient à maturité. Quand les produits espagnols arrivent sur le marché, les cours se sont effondrés. Ceux-ci seront alors réacheminés vers la France et la Belgique où le même scénario se produira. Inversement, les excédents agricoles européens tels que le lait, sont écoulés à bas prix en Afrique. On pourrait s’en réjouir et penser que cela soulage l’Afrique. En réalité, c’est le contraire : dans un premier temps, ces importations tuent littéralement la production locale et envoie des milliers d’agriculteurs ruinés grossir les bidonvilles des grandes villes. Et dans un second temps elles rendent la population otage des livraisons occidentales, souvent de mauvaise qualité. Les multinationales, assurent leur rente sur le dos des plus pauvres de la planète.
Finalement, pourquoi le petit agriculteur travaille-t-il ? Pour rembourser son banquier, faire prospérer l’industrie agroalimentaire et tenter de survivre. Et comme malgré tout son travail ne suffit pas, il perçoit aussi des subsides publics. Cet argent public (le nôtre !) permet à l’agriculteur de survivre tout en vendant ses produits à bas prix à des multinationales qui nous les revendront… bien plus chers. Cela entraîne de nombreuses faillites et un désintérêt généralisé de la jeune génération pour cette profession. Entre 1966 et 2003, les 6 pays fondateurs de la communauté européenne ont perdu la moitié de leurs agriculteurs. Le nombre d’exploitations agricoles diminue, mais leur taille grandit. Et les grandes multinationales, qui avaient déjà fait main basse sur toute la chaîne de transformation et de distribution des denrées alimentaires, commencent à intégrer la production elle-même (comme elles l’ont déjà fait dans les pays du Sud). La sécurité de notre approvisionnement alimentaire et la gestion de nos paysages se trouveront ainsi tout entiers entre les mains de multinationales fort peu soucieuses de l’intérêt général.
Pourtant tout cela n’est une fatalité. Une démarche citoyenne consiste à encourager les petits agriculteurs à créer des coopératives de vente, en allant s’y approvisionner. Il y a aussi l’action politique : il faut stopper le capitalisme avant qu’il ne nous fasse crever.