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28 juin 2010 16:29 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Aviation, Herstal, En direct des entreprises

Pratt & Whitney Herstal :: Sept semaines de grève pour la prépension

Pendant 45 jours, 65 ouvriers ont tenu bon face à une direction américaine intransigeante. Pourtant, elle a de quoi accorder la prépension et embaucher et former des jeunes.

Les travailleurs de Pratt & Whitney à la manifestation de la FGTB Liège contre l’austérité, le 31 mai dernier. (Photo Solidaire, Alice Bernard)

Le travail a repris le 17 juin dans l’usine d’aéronautique située sur les hauteurs de Herstal. Jean Gillet, président de la délégation FGTB, revient sur l’accord conclu. « Nous demandions principalement le maintien de la prépension à 58 ans avec embauches compensatoires et une augmentation du pouvoir d’achat. Nous demandions également un plan de formation pour les jeunes travailleurs, dans l’optique de garantir la pérennisation de l’entreprise.

Pendant plusieurs mois, nous avons essuyé un refus total. On nous répondait chaque fois que le budget de la maison-mère (basée aux Etats-Unis) ne prévoyait rien pour nous. »

Comment avez-vous fait avancer les choses ?

Jean Gillet. Nous avons constamment mené des actions. Puis, fin mars, après la reprise du travail chez Techspace Aero où les travailleurs ont obtenu le maintien de la prépension à 58 ans pour pouvoir embaucher des jeunes, les négociations ont commencé à avancer. Au départ, la direction nous proposait la prépension à 60 ans avec un complément pour le maintien de 100 % du salaire, des aménagements de fin carrière (crédit-temps 4/5e) et la prépension à 58 ans, mais avec un complément nettement inférieur. C’était vraiment nous dire qu’il n’était pas question de laisser partir les gens à 58 ans. Nous sommes partis en grève le 3 mai, pour mettre encore un peu la pression, et on a fini par arriver à un complément de 90%. On sait que la direction a les moyens : le bilan de 2008 était bon, et celui de 2009 encore meilleur puisque l’entreprise a bénéficié d’un cadeau de 347.000 euros d’intérêts notionnels.

Pourquoi le conflit a-t-il duré si longtemps?

Jean Gillet. Après trois semaines de grève, les ouvriers ont accepté un projet d’accord, mais la direction est arrivée avec une proposition de convention de type CCT 90, càd une prime liée à la réalisation de nouveaux objectifs de production. Le programme s’appelle ACE, ou  « amélioration continue pour arriver à l’excellence ». En réalité, ça revient à demander aux travailleurs d’organiser eux-mêmes la chasse aux temps morts, de façon à augmenter la productivité. Si nous arrivons à réaliser ces objectifs, la direction nous propose une prime de 1 000 euros net au 31 décembre 2010.
Ce volet-là, les travailleurs l’ont rejeté, par deux fois. Ils voulaient des éclaircissements sur les objectifs précis avancés par la direction. Et le conflit a bloqué pendant trois semaines de plus. Car la direction aux Etats-Unis s’est montrée extrêmement rigide. Après tous nos efforts et tous les cadeaux du gouvernement, on avait du mal à l’accepter.

Et finalement, avez-vous obtenu un bon accord ?

Jean Gillet. Au final, les travailleurs ont accepté un accord qui permet à 6 ouvriers (sur 8 concernés) de partir en prépension à 58 ans en 2010-2011, avec un complément qui arrive à 90% du salaire. Trois CDD deviendront CDI à partir du 1er juillet pour remplacer trois prépensionnés. Et quatre CDD seront engagés en 2011. La direction liégeoise s’engage aussi à lancer un plan de formation ambitieux, mais la maison-mère ne veut donner aucune garantie de ce côté-là. Et la CCT 90 fait partie de l’ensemble de l’accord.
Dans le contexte donné, ce n’est pas un mauvais accord. Car nous avons la possibilité de renégocier en 2012 des prépensions aux mêmes conditions que celles que nous venons d’obtenir. C’est donc une belle ouverture, et ça peut être un élan pour d’autres.

Comment avez-vous pu tenir si longtemps ?

Jean Gillet. C’est vrai que c’est un petit exploit. Nous avons eu du monde au piquet tout le temps. On faisait le point chaque matin à 8h30, les gens venaient aux infos quasi tous les jours. Et nous avons reçu pas mal de visites de soutien, surtout d’autres métallos et d’autres entreprises du zoning. 

Pratt & Whitney bénéficie des subsides du plan Marshall de la Région wallonne. Concrètement, qu’est-ce que ça représente pour les travailleurs ?

Jean Gillet. L’entreprise a introduit un plan d’investissement de 2 millions d’euros, dont 350.000 seront pris en charge par le plan Marshall. Ça ne met rien de plus dans notre poche, simplement ça permet de penser que l’usine va rester ici à Herstal.

Que retenez-vous personnellement de cette longue grève ?

Jean Gillet. Ce n’est qu’en se battant qu’on obtient des choses. Je ne savais pas en commençant combien de temps ça nous prendrait, mais j’étais sûr que c’est maintenant qu’il fallait mener ce combat, car personne ne sait ce que vont devenir les prépensions.

Une question de survie

La multinationale Pratt & Whitney a racheté en 2008 la division « militaire » de l’entreprise aéronautique Techspace Aero. L’usine occupe 125 personnes, dont 65 ouvriers, pour le montage et la réparation des moteurs d’avions F-16. Environ 80% des ouvriers ont plus de 50 ans et sont usés par une longue carrière dans un secteur qui demande toujours plus d’efforts de productivité. Jean Gillet : « D’ici 2014, 42 seront prépensionnables, il faudra donc absolument des jeunes bien formés pour les remplacer si on veut assurer la pérennité de cette entreprise. »


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