Leeuw St Pierre. Une trentaine de délégués se sont rassemblés devant les portes de l’hypermarché. C'est encore la consternation. « En ce moment, nous n'avons plus aucun avenir. Il y a deux ans, quand on a fermé 16 supermarchés, les travailleurs ont été repris dans d'autres sièges. Mais maintenant c'est autre chose. Des magasins ferment carrément, où est-ce qu'on peut encore aller ? » On dit toujours à la télé que le management était mauvais, qu'il n'y avait pas de plan commercial. « Oui, ici chez nous, le magasin ne marchait plus très bien, il y a aussi du désordre. Il y a beaucoup de concurrence. Mais quand même, les chiffres des bénéfices sont là. » Un travailleur nous raconte que tout le terrain est déjà vendu à un autre promoteur qui veut y installer un nouveau centre commercial. Une vendeuse du magasin Leonidas voisin reste avec ses collègues du Carrefour devant la porte. Elle a pris un jour de congé pour rester avec eux. « J'ai vécu la même chose, il y a 6 mois. Je travaillais au Brico ici à coté. Mais le magasin a viré tout le monde, puis a ré-ouvert sous franchise. Je n’ai pas été ré-engagée. Mais je ne voulais plus non plus... Je travaille maintenant chez Leonidas, mais je connais très bien ces travailleurs de Carrefour. Nous sommes tous ensemble ici sur le site. »
Berchem St Agathe. Le magasin est fermé. Les charrettes barricadent les portes. Quelques clients sont aux côtés des syndicalistes. Les tracts de « Touche pas à mon job » passent de main en main. Un travailleur va chercher de l'autocollant pour décorer la vitrine du magasin. Une cliente veut mettre l'affiche à sa fenêtre. Tout le monde apprécie beaucoup cette visite de solidarité.
Nous continuons notre chemin vers Ternat, car on vient d’apprendre que le dépôt logistique qui approvisionne Carrefour va fermer. On y arrive au moment où l'assemblée des travailleurs se termine. Les délégués sont encore là, dans le réfectoire. On voit partout les petites affiches « Faire du bénéfice et quand même être licencié ». Par terre on trouve des dépliants de promotion Carrefour, déchirés. Les travailleurs sont en colère. La direction a décidé de fermer la baraque. Certains pourront éventuellement avoir un contrat sur le site de Kontich ou de Nivelles.. Mais c'est « éventuellement »...
Un délégué Setca nous accueille : « Il y a 13 ans que j’ai été engagé ici. On était 800 travailleurs. Maintenant on est encore 268, et bientôt plus personne. Ici, le propriétaire Kuehne + Nagel a fait un bénéfice de 1,5 million d'euros. L’an dernier nous avons fait 32 millions de colis. Il y a du travail, mais notre seul client est Carrefour, c’est fixé dans le contrat. Carrefour veut mettre fin au contrat fin juin. Naturellement avec les fermetures des hypermarchés Carrefour, c'est clair maintenant. »
Un collègue syndicaliste CSC est allé à Herstal, dans un autre dépôt logistique, pour faire appel à la solidarité. « Là les conditions de travail sont terribles. Ce sont tous des intérimaires qui travaillent pour 7 euros de l'heure. Ce sont des 'jouets' pour le patron. Ils ont des contrats au jour le jour… » Il n’y a pas que Ternat, le dépôt de Kontich est aussi menacé. Là on travaille avec 400 travailleurs.
Tous les travailleurs de Ternat sont partis en grève. Ces deux dernières semaines, le travail se faisait dans le dépôt, mais on refusait de livrer aux magasins. Maintenant on ne fait plus les colis. Normalement la semaine prochaine, on doit diffuser le nouveau dépliant promo de Carrefour, vers les magasins, mais les travailleurs refusent de le faire.