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3 février 2009 16:11 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Société, Bruxelles, Régions, Logement

Bruxelles :: Les détours du quartier du Midi

Ce qui, voici vingt ans, était encore un quartier populaire agréable, est devenu aujourd’hui un entassement de pompeux immeubles de bureaux, d’habitations délabrées et de terrains vagues. Pourquoi ?

Hugo Boutsen

Le comité du quartier du Midi est très actif depuis 2005. Il crée notamment des affiches dont il décore tout le quartier. (www.quartier-midi.be)

Quand on entre en gare de Bruxelles-Midi en train, on le voit déjà : l’endroit n’a rien pour attirer l’habitant ou le promeneur. Il y a vingt ans, c’était différent. Mais, à la fin des années 80, on a appris que le TGV devait passer par le Midi. Et les agences immobilières y ont senti une aubaine. Car une gare TGV attire les hôtels et les bureaux, un segment du secteur immobilier bien plus rentable que celui du logement. Le secteur de l’immobilier s’est donc uni et a acheté le plus de maisons possibles dans le voisinage, a résilié des baux, à laisser pourrir des habitations vides et, en même temps, a exercé des pressions sur la Région bruxelloise tout récemment créée. Le PS Charles Picqué en était alors – et est toujours – le ministre président tout en étant bourgmestre de Saint-Gilles, la commune où est située la gare du Midi. Les plans d’occupation des sols ont été modifiés et les premiers bureaux ont été construits au début des années 90.En même temps, la Région bruxelloise fondait la société anonyme Bruxelles-Midi qui devait contrer la spéculation et « accompagner socialement » les propriétaires des maisons expropriées. Cette SA Bruxelles-Midi a toutefois eu bien du retard au démarrage et elle est fortement sous-financée, puisqu’elle ne dispose que de 75 millions de francs belges, soit même pas 2 millions d’euros.

Les petits proprios ne sont pas suffisamment dédommagés de leur expropriation et ils restent. Le secteur immobilier de son côté veut faire baisser les prix des maisons et, en vertu de la loi de l’offre et de la demande, a arrêté les achats dans le quartier. Résultat, le voisinage meurt de mort lente.

Le pari de Picqué

Charles Picqué a autorisé la construction de blocs de bureaux. Selon lui, Saint-Gilles est l’une des communes les plus pauvres du pays et elle peut très bien avoir l’usage des taxes d’urbanisme que fournissent les bureaux. L’ennui, c’est qu’une grande partie des bâtiments sont occupés par la SNCB et d’autres institutions fédérales. Celles-là, précisément, qui sont exemptes des taxes d’urbanisme. Maintenant, il apparaît que les institutions privées qui se sont établies dans le quartier ne venaient pas de l’extérieur de Bruxelles, mais qu’elles ont en fait déménagé à l’intérieur de la Région bruxelloise. Swiss Life venait de la rue de la Loi et Securex d’Evere. De la sorte, c’est la concurrence entre les communes qui est attisée.        

Les dindons de ce genre de farce de la « revalorisation » du quartier, ce sont les petits propriétaires et le reste des habitants. Des blocs d’habitations se délabrent d’année en année et des quartiers entiers sont envahis par des bureaux qui, le soir, restent mortellement déserts.  

Les protestations du voisinage

Depuis 2005, il existe un comité de quartier (quartier-midi.be) qui soutient les habitants socialement et juridiquement.  Gwenaël Breës est l’une de ses chevilles ouvrières. Il a réalisé un DVD sur l’histoire récente du quartier du Midi : « Dans dix jours ou dans dix ans ». Gwenaël Breës prépare également un bouquin sur le quartier : il devrait sortir cette année aux éditions Aden.

Expo sur l’histoire du quartier du Midi : « Les détours du quartier du Midi. Omwegen in de Zuidwijk », à la Pianofabriek, rue du Fort, 35, 1060 Saint-Gilles, lu-ve : 9.00 h – 20.00 h, sa 13.00 – 20.00 h (jusqu’au 15/3). Vernissage, je 5/2 à 18.00 h  Infos : www.quartier-midi.be.


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