
Howard Zinn a milité activement jusqu’à sa mort contre toutes les inégalités rencontrées aux Etats-Unis. Il y a quelques semaines, il publiait encore un article dans lequel il évaluait la première année de la présidence d’Obama. « J’ai cherché en vain une apogée », écrit-il. (Photo Archives)
Howard Zinn, auteur de l’inégalable « Une histoire populaire de l’empire américain » (voir encadré), est né en 1922 à New York. Fils d’immigrés juifs, il passe sa jeunesse dans un quartier pauvre de Brooklyn. En lisant les romans de Charles Dickens, il réalise que le triste sort des petites gens dans l’Angleterre du 19e siècle ne diffère en rien du sort qui lui est réservé à New York un siècle plus tard, déclenchant chez lui un vif intérêt pour l’histoire des opprimés.
A 17 ans, il se laisse convaincre par quelques jeunes communistes de participer à une manifestation syndicale dans le centre de New York. Il est convaincu que dans le « pays de la liberté absolue », chacun peut défendre librement ses opinions, même si elles sont contraires à l’establishment. Mais après cette première manifestation, il va très vite déchanter.
« Soudain, j’ai entendu le hurlement des sirènes et j’ai vu des agents de police à cheval fondre sur les masses, assénant sans pitié des coups de matraque aux travailleurs. Je n’en croyais pas mes yeux. J’étais littéralement cloué au sol. Puis, il y a eu ce coup sur ma tête et j’ai perdu connaissance. Ce n’est que bien plus tard que j’ai repris conscience sur la Times Square. Tout était à nouveau effroyablement calme. On aurait dit que rien ne s’était passé. » En réalité, il s’était bel et bien produit quelque chose. Howard Zinn venait de comprendre que la répression violente était inhérente au système américain.
A 21 ans (1943), il veut apporter sa contribution personnelle à la lutte contre le nazisme en Europe. Il se porte volontaire dans l’aviation et participe aux innombrables bombardements en zone ennemie. Mais très vite (1945), il se détourne de la guerre car de trop nombreux citoyens paient la facture. Après la guerre, il range ses médailles et décorations dans une boîte à chaussures sur laquelle il inscrit : « Jamais plus ! »
Il décide d’étudier l’histoire dans l’espoir de trouver une explication à la minable situation réservée aux petites gens au travers des siècles. Il décroche un diplôme d’historien à l’Université de New York et quelques années plus tard un doctorat à l’Université Columbia. En 1956, il dirige le département d’histoire et sciences sociales du Spelman College, un institut exclusivement réservé aux étudiantes de couleur. La ségrégation raciale est à l’époque une triste réalité aux Etats-unis.
Lors du mouvement des droits civiques (dans les années soixante), le Professeur Zinn incite ses étudiants (de couleur) à aller emprunter des livres dans les bibliothèques exclusivement réservées aux blancs. Il prend part à d’innombrables sit-in dans des cafétérias et restaurants réservés aux blancs et publie de virulentes critiques, qui n’épargnent pas le gouvernement Kennedy qui, selon lui, n’a pas suffisamment bougé pour concrètement développer les droits civiques de la population noire.
En 1963, Zinn reproche au conseil d’administration du Spelman College d’adopter une attitude beaucoup trop laxiste dans le mouvement des droits civiques. Il est licencié sur le champ pour « insubordination » mais est aussitôt engagé comme professeur à l’Université de Boston où il se révèle un fervent opposant à la guerre du Vietnam.
En 1988, Howard Zinn prend sa retraite. A la fin de sa dernière heure de cours, il appelle tous ses étudiants à l’accompagner au piquet de grève des infirmières de l’hôpital universitaire. Des centaines d’étudiants le suivent.
Howard Zinn a milité activement jusqu’à sa mort contre toutes les inégalités rencontrées aux Etats-Unis. Il y a quelques semaines, il publiait encore un article dans l’hebdomadaire The Nation, dans lequel il évaluait la première année de la présidence d’Obama. « J’ai cherché en vain une apogée », écrit-il. « Je ne suis pas déçu de l’homme puisque je n’ai jamais beaucoup attendu de lui. Je pense que les gens ont été dupés par sa magnifique rhétorique. Peu à peu, ils comprendront qu’Obama n’est qu’un président médiocre et que de nos jours cela signifie être un président dangereux. Mais je ne désespère pas. Peut-être qu’un mouvement national verra enfin le jour et le poussera à une politique meilleure… » Du Howard Zinn tout craché.
Consultez ici l’interview que nous avions réalisé de Howard Zinn en 2007 (Solidaire numéro 48/2007).

Dans A People’s History of the United States, Howard Zinn étudie la naissance et l’évolution des Etats-Unis du point de vue des victimes. Indiens oubliés, esclaves, déserteurs, ouvriers du textile, GI qui ont fait le Vietnam, féministes et jeunes noirs des quartiers pauvres. Zinn fait le récit de leur infortune, de leur exploitation, de leur sort peu enviable, confrontant le tout aux richesses incalculables que les grands de ce monde ont amassées grâce à eux. Mais le peuple ne s’est pas laissé faire au travers des siècles. Dès la conquête de l’Amérique par Christophe Colomb (1492), les plus défavorisés vont se révolter contre les colons – principalement – anglais qui après l’indépendance vont développer les Etats-Unis pour en faire la puissance mondiale absolue que l’on connaît aujourd’hui.
Avant que Zinn ne publie son livre, cette révolte, cette « petite histoire », n’était connue que de quelques initiés puisque dans les livres d’histoire officiels les petites gens étaient systématiquement et délibérément oubliées. Imprimé pour la première fois en 1980, le livre connaît un maigre succès en raison de ses idées peu conventionnelles. Mais aujourd’hui, des millions d’exemplaires ont déjà été vendus dans le monde. La dernière version anglaise a été publiée en 2003. Pour sa traduction néerlandaise, Howard Zinn a rédigé à la demande des Editions EPO un chapitre supplémentaire couvrant la période de 1492 à George Walker Bush (2007). La version la plus actuelle est donc la traduction néerlandaise. Un livre recommandé à tous ceux qui désirent comprendre les Etats-Unis d’aujourd’hui. (JR)
Zinn, Howard, Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Marseille, Editions Agone, 2002, 812 p. En vente au PTB-shop, 171, Bd M. Lemonnier à Bruxelles, 28 €.
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