
Irrévérencieux, anticapitaliste, anticolonialiste, Z.E.P transmet au public sa rage et son insoumission. (Photo dailleursnoussommesdici.org)
Dans le groupe, il y a également Salim à l’accordéon, MC Sakness comme DJ et rappeur, et Kamel à la guitare et au chant. S’ils se rejoignent sur ce projet, c’est par conviction politique, tant leur parcours musical a peu en commun. Salim faisait de l’accordéon, de la chanson française et de la pop rock, Younes (MC Sakness) est un DJ du Nord. Kamel faisait de la musique algérienne avant de rejoindre le groupe, il y a un an à peine, après sa rencontre avec Saïd dans une station de métro.
Maghrébins d’origine (trois Algériens et un Marocain), ils entrainent leur public sur la pente de la contestation au travers d’une musique impitoyable pour les puissants de ce monde, et pleine de solidarité pour les dominés, mais insoumis, de cette terre.
Dans l’univers musical du rap, et de la musique en général, soumis aux diktats des labels, à la nécessité de faire du commercial pour gagner sa vie, Z.E.P fait le choix de la difficulté par ses textes irrévérencieux, anticapitalistes, anticolonialistes. Leur album, sorti en 2011, surfe sur l’indignation sociale, la lutte de classes.
Les morceaux comme Bezzef, et La part du Fromage taille un costard à Sarkozy et ses acolytes et leur politique antisociale, dénonçant « leur salaire ostentatoire, leurs privilèges et leurs profits de charognards », reprenant en cœur « Basta, parce que là ça fait bezzef (c’est en trop, en arabe, NdlR), pour nous, c’est la disette, et dans leurs poches tous les bénefs, hey basta, parce que là ça fait bezzef, la révolte a sonné, fais gaffe à toi petit chef ».
Saïd égratigne aussi les discours racistes et xénophobes. Pour lui, pas question de dire « merci la France, merci Sarkozy ». La gueule du patrimoine montre la couleur : « t’as vu le bazar, t’as vu la gueule du patrimoine, on a foutu le bordel avec nos tronches de polygames, et ça jazze, t’as vu la gueule du patrimoine ». Dans Je me soigne, il diagnostique une maladie « encore pire que la gale, j’ai le virus hexagonal, la fièvre coloniale, sexiste et libérale, allergique aux musulmanes, aux SDF et aux Tziganes, eh ouais camarades je suis français, mais je me soigne ». Cette dénonciation du sexisme et du racisme s’attaque à tout le monde, car pour Saïdou nous sommes tous contaminés à un certain niveau par ce virus. Il s’en prend vivement aux pseudoféministes dans Retour aux sources : « Demande à Rachida combien elle prend pour une inflation, demande-lui ce qu’elle en pense de ces pseudoféministes, indignation sélective, imposture antiraciste, elles veulent sauver les Iraniennes des méchants islamistes pendant que nos sœurs se font shooter pour les sionistes… »
La Palestine, sa lutte, son combat, n’est bien sûr pas absente de sa prose, touchant en plein cœur son public au récit du poème Inscrit, je suis arabe du célèbre poète communiste palestinien Mahmoud Darwich.
Z.E.P aura transmis au public de Manifiesta, le 24 septembre à Bredene, en une heure trente, sa rage, son insoumission aux militants belges. Sa lutte continue pour se faire entendre, et ça passe entre autres par la vente de leur album lors des concerts pour pouvoir continuer à s’autoproduire. Sa musique n’est en effet pas « consommée » dans les maisons de disques et sur les antennes de radio.