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4 octobre 2011 16:51 | Il y a : 233  jour(s)
| Thème: Culture et histoire, France, Culture, ManiFiesta

Z.E.P :: Du rap, de la java et de la rage

Saïd, alias Saïdou, du groupe ZEP, Algérien d’origine, né en 1975 à Roubaix, a enflammé de ses lyrics politiques la soirée de Manifiesta, le 24 septembre à Bredene. Un mélange de hip hop, de raï, de reggae et de java a séduit même ceux qui n’ont pas l’habitude d’écouter du rap. Si, en plus, les propos politiques du rappeur sont percutants, cela donne un cocktail détonant. Solidaire a exploré l’engagement de Saïdou.

Ludovic Voet

Selon Saïd, l’élection présidentielle, « c'est une mascarade de plus. Ce sont les grands groupes de presse appartenant aux copains de Sarkozy qui fabriquent la pensée. » (Photo Solidaire, Dieter Boone)

Le message de Saïdou est très amer sur le racisme qui augmente de jour en jour. « Le racisme, c’est quelque chose qu’on vit tous les jours. Dans notre condition de fils d’ouvriers, de prolétaires en lutte pour l’égalité, pour le changement, ça fait partie de nos envies, de nos projets, de nos espoirs. Mais, c’est sûr, je me sens très touché quand je ressens une discrimination raciale, à titre personnel. Je sens mon histoire insultée. Quand je vois que dans notre société, on déteste ceux que j’admire le plus au monde, c’est-à-dire mes parents, mes grands-parents (les immigrés, ndlr), ça me fait mal. »

Son amertume lui donne un certain pessimisme à court terme. « Le changement est possible si on travaille beaucoup. Mais pour l’instant, je n’ai aucune illusion que cela se passe rapidement. » 

Mais l’optimisme n’est pas absent pour autant, pour preuve, sa vision de la question palestinienne, des révoltes dans le monde arabe et, qui l’eût cru, la crise communautaire belge : « Les Belges ne se sont pas entretués. J’ai rencontré beaucoup de Belges qui étaient assez optimistes pour la suite. Ce que je souhaite, c’est que ce soit le peuple qui décide de l’avenir de la Belgique, et pas les médias et les cols blancs. »

Le rap et la musique comme métier

Saïd. Essayer de faire de la musique comme métier, comme choix de vie, c’est déjà un acte politique, même si tu fais des chansons d’amour. Ça induit des contraintes, une vie très précaire. Très peu de gens peuvent vivre confortablement de la musique. Il faut accepter que ta vie soit à la merci de ta création, de ta créativité. Cela veut dire que si tu n’as pas de créativité pendant un an, tu es presque foutu. 

C’est compliqué, parfois, de me lever le matin et de me dire il faut écrire. Ça demande une hygiène de vie, surtout pour un groupe comme le nôtre qui ne vit pas grâce à des tubes qui passent à la radio. Pour vivre de notre musique, il faut qu’on travaille beaucoup, qu’on soit rigoureux. Et ce choix de vie est politique. 

Et puis, quand on fait des chansons politiques, qu’on prend la parole comme opprimé pour dire qu’on refuse l’oppression, la discrimination, évidemment, on dérange. On rend visible une lutte, des revendications. La première chose à laquelle on est confronté, c’est la censure, même si elle n’est pas assumée comme telle… Ils vont te trouver trop radical, pas assez fleur bleue, trop positionné.

 

Son parcours

Saïd. Avant de former le projet Z.E.P., Zone d’expression populaire, je faisais partie d’un groupe qui s’appelle Ministère des Affaires Populaires, né en 2003-2004. On a sorti deux albums, essentiellement en France. On a beaucoup joué. En quelques années, on s’est forgé un public fidèle. Sûrement parce que la place qu’on occupait et qu’on occupe encore aujourd’hui, cette place politique assumée, peu de groupes la prennent. C’est risqué. 

Mais, en même temps, des gens sont en attente de ça. Il y a une fidélité, car les gens tiennent à toi et toi à eux. Tu trouves une famille dans le public, sur la route. 

Après M.A.P., j’ai souffert du succès. J’ai trouvé peu de sens à ce qu’on joue devant tout ce monde. J’ai trouvé que ma musique était consommée. On va me dire que c’est le jeu, mais ce n’est pas le jeu qui m’intéresse.

La Palestine

Saïd. On s’en sent proche. Les Palestiniens subissent un racisme colonial d’Israël. Et moi, le racisme, c’est quelque chose que je vis tous les jours et ça me met en colère. Les Palestiniens, je dis souvent qu’ils m’ont réconcilié avec l’humanité.

Quand des gamins de 12 ans ont une conscience politique que toi tu n’avais pas à 25 ans… C’est normal, ils vivent la guerre, l’humiliation. Ils sont actifs dans leur histoire. Ici, beaucoup de gens meurent de manière passive

Quand j’y suis allé, j'ai pris une gifle. Même si tu connais l’histoire, la situation, tu vois les choses de tes propres yeux : le colon israélien, le mur, les checks-points, l’humiliation, Gaza… 

Les révolutions dans le monde arabe

Saïd. Cela me donne de l‘espoir. Ça ne va pas s’arrêter. Ils ne lâcheront rien parce qu’ils ont beaucoup risqué, et puis parce que ce sont des jeunes qui ont de l’espoir. Il y a une culture politique anti-impérialiste qui est en train de naître. Même si ça prend plusieurs générations, je pense qu’il va y avoir énormément de changements. Bien sûr, je ne vais pas me réjouir qu’il y ait la guerre : ça ne sent pas bon du tout en ce moment.

Les pays occidentaux essayent de mener les transitions politiques, de les récupérer, mais les jeunes ne sont pas dupes. Je suis en contact avec énormément de Tunisiens qui vivent en Tunisie, et j’entends qu’ils ne sont pas contents. Ils disent que ça va continuer. Tant mieux. En Égypte, récemment, l’ambassade israélienne a été saccagée alors que, soi-disant, l’Égypte était devenue un exemple de révolution démocratique pour les Occidentaux. 

Tout le monde se gargarisait, « oui, magnifique ce qui se passe en Égypte », « ils ont mis le dictateur dehors ». Mais quand ils s’attaquent à une autre forme de dictature qui les touche directement, Israël, qui impose son diktat dans toute la région, alors là, ça ne plaît plus à personne.

Élection présidentielle de 2012 et la démocratie en France

Saïd. Ça veut dire une mascarade de plus. Ce serait malhonnête de ne pas admettre que les grands médias dominants font et fabriquent la pensée, la démocratie. 

Quand on voit que les grands groupes de presse sont la propriété des copains de Sarkozy, on sait très bien comment ils se débrouillent pour ficeler leur démocratie. Tant que tout le monde n’a pas le droit à la parole dans cette société, il ne peut pas y avoir de vraie démocratie.

Sarkozy dit « vive la révolution dans le monde arabe », mais la démocratie n’existe même pas dans notre société. À chaque fois que tu veux prendre la parole, tu te fais censurer, dès que tu veux essayer de te réunir pour débattre d’auto-organisation, tu es communautariste, un danger pour la République, un danger pour la laïcité…

Franchement, la démocratie, c’est du baratin. La démocratie est possible dans un espace où tout le monde peut débattre, échanger, prendre la parole… Après on va voter, chacun se fait ses opinions, ses choix. Mais ce n’est pas le cas. On est à armes inégales. La démocratie appartient à ceux qui ont le plus de moyens. Plus tu as de moyens, plus tu peux t’acheter des encarts publicitaires. Et si tu ne peux pas te le payer, tu fais des petits flyers en format A5 en noir en blanc que personne ne regarde. C’est la démocratie du pognon.

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