
Jeudi passé, des centaines de Zelzatois se sont rassemblés devant la maison communale pendant la séance extraordinaire du conseil communal. (Photo Solidaire, Dirk Goemaere)
Pour le PTB, il faut s’en prendre aux malfaiteurs, pas à toute une commune
Petit rappel. Dimanche dernier, la commune de Zelzate a été le cadre d’un véritable raid : une vingtaine d’individus armés et masqués, connus sous le nom de « bande du Colruyt », ont attaqué un groupe de scouts occupés à démonter une tente qui, la veille, avait abrité une fête d’un millier de jeunes. Lors de l’attaque, un jeune a reçu un coup de couteau. Il est désormais hors de danger.
Jeudi dernier, pendant qu’une centaine d’habitants de Zelzate tenaient une veillée silencieuse, un conseil communal extraordinaire s’est réuni, à la demande de l’Open VLD. Les exigences de ce parti ? Tolérance zéro, couvre-feu et interdiction d’attroupement. Ces mesures n’ont finalement pas été votées, en l’absence du soutien du CD&V, du SP.a et du PTB. Une commission d’experts sur la criminalité des jeunes sera cependant mise sur pied.
Ne rien minimiser
Le Docteur Frans Van Acoleyen était de garde la nuit de la fête ainsi que la suivante, et est donc intervenu pour soigner plusieurs blessés. « J’ai pu constater la manière scandaleuse dont ces jeunes ont été battus et frappés à coup de pied. Personne n’a le droit de minimiser, de banaliser de tels actes », a-t-il déclaré dans son interpellation au nom des six conseillers PTB.
Van Acoleyen, conseiller communal de longue date à Zelzate, a affirmé qu’il comprenait parfaitement l’indignation des jeunes et l’inquiétude des parents, ces sentiments l’ayant « marqué au plus profond de lui-même ». Il a ensuite évoqué des événements de 2008, au cours desquels une rixe avait été provoquée lors d’une fête de Comac, le mouvement de jeunes du PTB : « Je me réveille parfois la nuit en espérant qu’il ne se soit rien passé de tel. Ne laissons planer aucun doute : les auteurs de tels actes de violence doivent être sévèrement poursuivis, quelles que soient leur origine et leur appartenance. »
Le PTB a plaidé pour une action ciblée et multiple : d’abord, la poursuite et la punition des auteurs des faits ; ensuite, le démantèlement de leur bande. « Concrètement, il faut que, d’une part, la police travaille de manière intensive afin d’isoler les meneurs de bande, de libérer les rues des dealers de drogue et, d’autre part, d’effectuer un travail de terrain pour communiquer avec le cercle extérieur de cette bande, avec les “suiveurs”, pour amener ceux-ci à changer de comportement. C’est aux dealers qu’il faut s’en prendre, parce que ceux-ci constituent le lien entre tous ces individus. »
Une telle approche ciblée diffère de la répression aveugle prônée par l’Open VLD. Pour Frans Van Acoleyen, les mesures de l’Open VLD toucheraient toute une communauté et stigmatiseraient tout jeune en tant que criminels potentiels : « Les caméras publiques peuvent-elles empêcher le raid que nous avons connu ? Si de telles caméras sont placées Busplein ou Groenplein, il y a lieu de penser que le problème ne fera que se déplacer. Quant à l’interdiction d’attroupement ou de rassemblement de quelques personnes : comment va-t-on pouvoir faire la différence entre quelques amis qui se rendent ensemble à une fête et une bande de bagarreurs potentiels ? »
Entre-temps, le leader du groupe PTB avait également appelé à entendre les victimes. Le jeune garçon victime de coups de couteau est le neveu du responsable local du Comac, Steven De Vuyst, son oncle, Philiep De Vuyst, étant conseiller communal. De son lit d’hôpital, il lançait le message suivant : « Ne laissez pas l’extrême-droite récupérer cette affaire à leur profit. Je ne veux pas de vengeance. »
Combattre le terreau de la violence
La bande de Coruyt est-elle une bande très organisée ? Non, dit Frans Van Acoleyen dans son interpellation.« Plutôt un réseau, en évolution, avec autant d’allochtones que de jeunes des rues de Zelzate, avec un cocktail complexe de violence, de la discrimination, de misère sociale, d’absence d’éducation de chômage et d’ennui… Tout cela lié à une culture de consommation et de deal de la drogue. Cela conduit à vivre sous la forme du « eux » contre « nous ». La violence devient une identité sociale. La discrimination, le chômage, et l’absence de valeurs sont-ils un alibi pour commettre de tels actes de violence organisée ? Absolument pas. Néanmoins, il faut les combattre : sans quoi, le terreau qui engendre la violence subsiste. »