Si l’entreprise de convoyage de fonds Brink’s avait remis le secteur dans les feux de l’actualité, le gardiennage est un milieu peu connu du grand public. Ses problèmes, a fortiori, aussi. Afin d’y voir plus clair dans la situation actuelle, nous avons demandé des explications à Philippe Yerna, secrétaire général Alimentation et Services de la CSC.
« Les quatre grosses entreprises sont G4S, Sécuritas, Cobelguard et Seris. Elles se partagent 95 % du secteur. Depuis quelques années, il y a une bataille de contrat pour obtenir les chantiers. Cette année, ca a été l’apothéose : Sécuritas a perdu deux gros chantiers, l’aéroport de Zaventem et le chantier de la Commission européenne. Ce qui correspond à 1 350 personnes, plus ou moins. En changeant de contrat, le secteur a perdu 10 millions d’euros. G4S, pour pouvoir avoir ces chantiers, a dû réduire ses prix. Donc, dés que vous arrivez dans le jeu de la négociation, les employeurs ont une attitude extrêmement fermée puisqu’ils ont un conseil d’administration assez limité et ils envoient leur “ district manager ” négocier avec un mandat très fermé. Les employeurs sont des multinationales qui considèrent le travailleur comme un capital. Ils ne veulent qu’une seule chose, la rentabilité. Ils se disputent entre eux. Seris avait perdu le Shape à Mons, au profit de Sécuritas. A chaque fois, ils réduisent les prix de la prestation horaire, pour reprendre d’autres chantiers aux autres entreprises. »
La grève des travailleurs de G4S a été très bien suivie la semaine dernière. Cette semaine, le mouvement s’est étendu à tout le secteur et a bloqué totalement les employeurs. Avant la manifestation du 9 juin prochain, des actions, dans les aéroports par exemple, seront menées en front commun syndical (FGTB, CSC et CGSLB).
Le secrétaire général continue : « A cela s’ajoute un problème sur la flexibilité puisque le ministère a dénoncé toute une série de situations irrégulières et on devait profiter de l’accord interprofessionnel pour trouver des solutions. On a vu 250 délégués syndicaux pour voir la position qu’on devait avoir dans le secteur. Ils nous ont dit “ maintenant on en a vraiment assez de cette concurrence, de cette flexibilité ” et nous ont donné mandat.
Entretemps les employeurs ne pensaient pas que nous irions à la grève. On a ciblé les premières actions sur G4S, parce qu’ils sont représentés dans la commission paritaire et que c’est le porte-parole de G4S qui bloque vraiment les négociations. »
Les trois syndicats ont présenté leur cahier de revendications pour 2011-2012. On y retrouve, entre autres, l’augmentation des salaires bruts et des primes, l’harmonisation des primes et des congés d’ancienneté entre ouvriers et employés, la suppression du jour de carence, les délais de préavis identiques entre ouvriers et employés, l’instauration de la prépension à 56 ans, moyennant 20 ans de travail de nuit et 33 ans de carrière, des efforts supplémentaires pour la formation, la fixation d’un cadre pour les mesures de crise.
Philippe Yerna n’en est pas à sa première négociation mais est particulièrement énervé ces jours-ci : « Je négocie dans cinq autres secteurs, c’est difficile mais on obtient des avancées qualitatives et autres. Ici, on est vraiment fermé. C’est un contexte extrêmement pénible et difficile. Je négocie depuis 20 ans, je n’ai jamais dû aller si loin pour trouver des solutions. Je n’ai jamais vu ça. J’ai négocié dans les titres-services, dans le nettoyage, dans les déchets, dans l’enseignement, etc. et je n’avais encore jamais vécu ça. »