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1 février 2012 11:21 | Il y a : 113  jour(s)
| Thème: Belgique, Jeunes, Belgique, Dossier crise, Jeunes, Pensions

Victimes du gouvernement Di Rupo (4) :: La solidarité entre jeunes et plus âgés

Qu’il s’agisse du New York Times sur la résistance en Grèce, de l’Economist sur le mouvement Occupy Wall Street ou du Morgen sur la grève générale du 30 janvier, on présente, chaque fois, des jeunes qui s’opposent aux générations précédentes. Les irresponsables du baby-boom, qui ont vécu au-dessus de leurs moyens, sont les grands coupables de la situation actuelle. Et puis quoi encore ?

Jouwe Vanhoutteghem

Les jeunes aussi devront un jour prendre leur retraite. C’est pourquoi la défense des pensions contre les attaques actuelles concerne tout le monde, jeunes et vieux. (Photo Didier Bonnel)

Les Romains se servaient déjà du principe « diviser pour régner », Divide et impera, comme dirait sans doute Bart De Wever, qui en sait quelque chose, lui aussi. D’abord, ça a été les hommes contre les femmes, puis les Belges contre les immigrés. Ces dernières années, on a dressé les Flamands contre les Wallons, et vice versa. Aujourd’hui, il est de bon ton de faire se révolter la jeune génération contre l’ancienne. Jour après jour, on nous ressasse que les jeunes ne sont pas d’accord avec la grève de ces syndicats archaïques. Plus encore, les syndicats, avec tous leurs vieux affiliés masculins, seraient carrément conservateurs.

L’agenda politique de la droite

Et qui prône aujourd’hui cette révolte contre les générations plus anciennes ? Les Jeunes MR souscrivent pleinement à ce discours. Ils ont ouvertement accusé les syndicats d’ « immobilisme », et ont déclaré sans vergogne que « notre système de sécurité sociale est dépassé. » Ils affirment également ne plus vouloir être « les instruments d’organisations syndicales embourbées dans un schéma de société archaïque ». Ils préfèrent sans doute servir les intérêts d’un parti qui se bat pour les cadeaux fiscaux aux entreprises, plutôt qu’une organisation qui défend les travailleurs pour une meilleure pension, des meilleures conditions de travail ou des allocations de chômage décentes.
    C’est ainsi qu’ils ont cosigné une lettre d’appel aux syndicats, leur demandant, en gros, de ne plus défendre les acquis sociaux. Les autres signataires sont des organisations flamandes comme les Jong VLD, les Jong N-VA, ou encore les JongLibertairen, mouvement de jeunes du parti Liste Dedecker (LDD), connu pour ses positions extrêmement à droite.
    Les Jong CD&V eux-mêmes ont participé à cette initiative. Le président de ces derniers, Pieter Marechal, s’est notamment fait remarquer par des déclarations comme : « Dans ce pays, tout dossier ne peut devenir une lutte pour mettre en lieu sûr les avantages déjà acquis sans tenir compte de ceux qui n’ont pas encore reçu ces avantages. » Comme si les précédentes générations n’étaient pas montées sur les barricades pour ce dont nous tirons parti aujourd’hui !
    À moins que les acquis sociaux n’aient été des cadeaux du gouvernement ? Bien sûr que non : tous nos droits ont été conquis dans la rue par les travailleurs, jeunes et vieux ensemble.
    Il y a, en fait, un grand absent dans ce débat. Il s’agit de l’écrasante majorité des jeunes : les écoliers, les étudiants jobistes, les jeunes chômeurs, les jeunes ouvriers et employés… Les jeunes qui expérimentent chaque jour comment la crise influence leur vie ou celle de leurs (grands-)parents. Ce débat aussi est celui des 99 % contre le 1 %. Et encore, même pas : le conflit des générations n’est pas un débat, c’est un non-débat, une façon de ne pas parler du contenu du dossier, et de faire tourner le vrai débat de société en eau de boudin.

Conflit des générations ou conflits de classes ?

Nous savons déjà maintenant qui crie le plus fort dans ce débat sur le conflit des générations. Maintenant, zoomons un peu sur le contenu. Il s’agit en fait de bien plus que de l’âge de la pension. Le gouvernement prend toute une série de mesures dans lesquelles les jeunes se retrouvent aussi dans le collimateur des économies. Un jeune Belge sur cinq est sans emploi et deux sur cinq ne parviennent pas à obtenir un contrat définitif. Faisons un test : il y a 600 000 chômeurs pour 100 000 emplois. C’est comme essayer de vider une bouteille d’un litre et demi dans une autre de 25 cl. Impossible. Et avec ça, ils veulent faire travailler les plus âgés plus longtemps. Incompréhensible !
    Puis il y a la réforme du crédit-temps, encore une mesure typique qui semble ne toucher que les plus âgés. Mais ce n’est pas le cas. Ce sont surtout les femmes qui sont affectées par cette mesure, et particulièrement les jeunes femmes qui commencent à avoir des enfants. Mais les jeunes qui changent ou doivent changer souvent d’emploi, ce qu’on appelle les « jobhoppers », sont également concernés. Les droits à la pension qui y sont associés disparaissent progressivement. Prendre un crédit-temps pour rendre plus agréable le fait de « travailler plus longtemps » se mue tout simplement en arnaque grossière.
    La réduction des indemnités de chômage dans le temps existait déjà, mais elle va si loin aujourd’hui que tous les chômeurs doivent tirer leur plan avec un revenu qui s’enfonce sous les seuils de pauvreté européens. Les nouvelles mesures prônent aujourd’hui un emploi obligatoire dans les trois mois et dans un rayon d’au moins 60 km autour de votre domicile.
     Mais des temps difficiles s’annoncent aussi pour les étudiants. Les diplômes ne garantissent plus depuis longtemps un emploi décent. Selon une récente enquête d’Eurostat, au moins un travailleur belge sur cinq travaille en dessous de son niveau de formation (22 % des travailleurs entre 25 et 54 ans).
    Les données parlent d’elles-mêmes. Le malaise général et les mesures d’austérité touchent jeunes et vieux. Mais touchent-elles vraiment toute la population ? Non, une petite partie de cette population, le 1 %, reste hors d’atteinte. En effet, comme Thalasse, une jeune ouvrière, le disait dans une interview accordée au Standaard, ce n’est pas un conflit des générations, mais un conflit de classes. Un conflit entre les nantis et les non-nantis, entre ceux qui tirent les ficelles et ceux qui travaillent. Cela, on le voit quand on regarde ceux qui sont visés par les restrictions. Les entreprises doivent supporter 8 % de l’effort, la population plus de 80 %. La logique là derrière est douloureusement claire. Dans une société où le profit passe avant les gens, c’est le menu quotidien…
    Y a-t-il des raisons d’être fataliste ? Absolument pas, mais il s’agit de rester vigilant. La contradiction entre jeunes et vieux est une arme facile pour nous diviser et ainsi faire passer les mesures d’austérité. Il ne doit toutefois rien en être. Car nous – jeunes et vieux ensemble – sommes nombreux, et eux ne sont que peu. Ensemble, ils vont nous entendre dans toute l’Europe. Et ils écouteront !

La semaine prochaine dans la série « Les victimes du gouvernement Di Rupo » : Les femmes. Dans les numéros précédents : les ménages à deux salaires, les retraites et le chômage.


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