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7 décembre 2010 13:35 | Il y a : 1  an(s)
| Thème: International, Corée du Nord, Corée du Sud, Paix/Guerre, Chine, Etats-Unis

Vers une nouvelle guerre de Corée ?

Le 23 novembre dernier, quatre personnes sont mortes sur une petite île coréenne, Yeonpyeong. Ce bout de terre était le terrain d’entraînement de l’armée sud-coréenne, en pleines manœuvres. La Corée du Nord a été accusée d’agression et a renvoyé la balle à sa voisine, l’accusant de tentatives d’intimidation. Voici l’analyse d’observateurs, spécialistes de la Corée ou des relations internationales.

Cécile Chams

Des navires de la flotte américaine participaient aux exercices militaires avec la Corée du Sud. (Photo US Army Korea)

Qui a commencé ?

Il est important de bien situer les lieux et le contexte de cet incident. L’île qui a subi les tirs de la Corée du Nord n’est pas une simple île de pêcheurs. Voici ce qu’en rapporte le quotidien américain New York Times : « L’île de Yeonpyeong se situe à trois kilomètres de la Ligne de démarcation nord – la frontière maritime contestée, que le Nord en reconnaît pas – et à seulement 12 km de la côte nord-coréenne. L’île abrite une garnison de près de 1 000 marines et la marine sud-coréenne y a déployé ses nouveaux navires-patrouilleurs à missiles télécommandés. L’attaque sur Yeonpyeong est intervenue alors que 70 000 soldats sud-coréens avaient commencé des manœuvres militaires annuelles surnommées “Sauvegarder la Nation”. »1 Ces exercices militaires impliquaient aussi « 50 navires de guerre, 90 hélicoptères et 500 avions. La 31e unité des Marines de la 7e force aérienne US participait aussi à l’exercice », relève un quotidien sud-coréen.2

La presse sud-coréenne relate que le 23 novembre, selon le ministère sud-coréen de la Défense, le Sud a « tiré à 3 657 reprises, soit plus de 900 bombes par heure » dans les eaux proches de la ligne de démarcation nord.

« Le ministre sud-coréen de la Défense, Lee Yong-geul, a déclaré que des unités d’artillerie avaient tiré depuis une batterie située sur l’île sud-coréenne de Baeknyeongdo, proche de la côte nord-coréenne. Cet exercice avait été violemment critiqué par Pyongyang comme étant “une simulation d’invasion du Nord“ et “un moyen de provoquer une guerre“. »3

« La Corée du Nord a alors averti le Sud de cesser ses exercices militaires près de sa frontière maritime. Quand Séoul a refusé et a commencé ses tirs d’artillerie dans les eaux contestées, le Nord a riposté en bombardant la petite île de Yeonpyeong. »4

Deux militaires et deux civils qui travaillaient sur la base militaire ont été tués. La Corée du Nord a publié un communiqué déclarant ‘regrettable’ la mort de civils.

Qui a coulé le navire Cheonan ?

Les tensions sont vives depuis le 26 mars, lorsque la corvette sud-coréenne Cheonan a fait naufrage et emporté 46 marins. La Corée du Nord est également accusée. Pourtant, de nombreux observateurs restent sceptiques devant cette version, notamment en Corée du Sud. Ils relèvent que le naufrage s’est produit durant un exercice militaire conjoint entre la Corée du Sud et les États-Unis, alors que toute la zone était intensément surveillée avec du matériel sophistiqué.

Dans une lettre au Conseil de sécurité de l’ONU, des organisations pacifistes sud-coréennes estimaient insensé de prétendre que “la Corée du Nord, avec son équipement dépassé, aurait pu pénétrer dans les eaux sud-coréennes à ce moment-là, briser le Cheonan en deux et disparaître sans se faire repérer”. Ce courrier avance l’hypothèse d’une collision avec un sous-marin américain.5 L’hypothèse d’une collision avec une mine échouée a été avancée par des experts russes qui ont examiné les débris sur place.6 La Chine a retenu également cette hypothèse.

Que dit la Chine ?

La Chine se sent elle-même visée, estime Ludo De Brabander, responsable de l’association pour la paix Vrede, dans De Wereld Morgen. « Pékin considère ces manœuvres comme faisant partie d’une politique qui vise à contrer la Chine dans le cadre de la poursuite par les États-Unis de la domination géostratégique. Fin septembre, le vice-amiral chinois Yin Zhuo a averti à ce sujet que “la série d’exercices militaires initiés par les États-Unis et les pays voisins de la Chine montre que la présence militaire américaine en Asie va augmenter”. Le but de ces exercices militaires est de cibler plusieurs pays, dont la Chine, la Russie et la Corée du Nord et de tisser des liens stratégiques avec les pays alliés comme le Japon et la Corée du Sud. La Chine, qui maintient de bonnes relations avec la Corée du Nord, craint d’être complètement enfermée par un complexe de bases militaires et les relations stratégiques entre alliés. »7

Qu’en disent les États-Unis ?

Pour résoudre le conflit, il faudrait commencer par rétablir le dialogue. Or, les États-Unis ne veulent pas. Philip Crowley, porte-parole du Département d’État, l’a dit clairement le 1er décembre, lors d’une conférence de presse : « Nous ne sommes pas intéressés par des pourparlers, et les pourparlers ne dispensent pas la Corée du Nord de remplir ses obligations internationales, de respecter ses engagements et de cesser ses provocations. »8

« Toutes les parties avancent des idées différentes sur la façon de résoudre la tension », explique Kim Keun-sik, un spécialiste de la Corée du Nord de l’Université sud-coréenne Kyungnam. « La Corée du Nord et la Chine veulent résoudre la question par le dialogue, tandis que la Corée du Sud et les États-Unis se demandent “Pourquoi négocier maintenant ?” et envisagent la pression et des mesures punitives », ajoute-t-il.9

La Guerre de Corée a pris fin en 1953. Peut-on éviter un nouveau conflit ?

En réalité, la guerre de Corée ne s’est pas totalement terminée en 1953. Un cessez-le-feu, un armistice a alors été conclu entre la Corée du Nord et les Nations unies, représentées pas les États-Unis, au terme d’une guerre de trois ans. Aucun accord de paix n’a été établi entre les parties. C’est ce qu’a toujours réclamé la Corée du Nord.

Ceux qui souhaitent la paix dans la région le revendiquent également. C’est le cas de ce Comité pour mettre fin à la Guerre de Corée, qui rassemble une série d’organisations progressistes américaines et sud-coréennes : « Alors que les tensions continuent de croître, il est essentiel de presser le Président Barack Obama, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2009, de mettre fin aux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens et d’admettre que de telles manœuvres simulant une guerre augmentent inévitablement le risque d’une escalade inacceptable et incontrôlable menaçant des millions de vies. (…) Des négociations directes, en tant que premier pas vers un traité de paix ou un accord, sont la seule option viable dans une région lourdement militarisée qui voit des affrontements navals récurrents, des frontières contestées et des contentieux non résolus. »10


1   New York Times, 23 novembre 2010. • 2 The Hankyoreh, 24 novembre 2010.  • 3 The New York Times, op.cit.  • 4 Associated Press, 23 novembre 2010.  • 5 Solidarity for Peace and Reunification of Korea, 15 juin 2010. • 6 The Hankyoreh, 27 juillet 2010. • 7 www.dewereldmorgen.be , 26 novembre 2010.  • 8 Department of State, 1 décembre 2010.  • 9 Associated Press, 12 décembre 2010. • 10 National Campaign to End the Korea War. http://www.endthekoreanwar.org/


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