
Il y a un an déjà, le syndicat PAME organisait une grève des travailleurs du port du Pirée. (Photo KKE)
Maria, 33 ans et Yanis, 35 ans, employés, vivent à Salonique, deuxième ville dans le nord du pays. Ces parents de deux enfants de 5 et 8 ans ne sont plus payés par leur patron depuis au moins 3 mois. « Nous préférons garder ce travail, même si nous ne recevons que 20 à 200 euros par week-end pour acheter les produits alimentaires. »
Théodora, 56 ans, femme au foyer, mère de deux garçons qui est originaire de l'île de Samos dans le sud de la Mer d'Egée : « Beaucoup de familles ont réellement faim et doivent manger à droite et à gauche auprès de la famille ou d'amis. Toutes ont subi des baisses de salaires, ont été licenciées ou ne sont plus payées par leurs patrons. Évidemment, le patronat favorise le travail au noir et n’applique plus les lois sociales. »
Kostas, 38 ans, célibataire : « Je suis garçon de café dans un bar à Samos. Je ne perçois plus mon salaire depuis août 2010 alors que je travaille quotidiennement. Je ne peux plus payer mon loyer et dois quitter mon appartement. L'île de Samos vit principalement du tourisme qui est en crise. »
Depuis Athènes, ma soeur Marina, 54 ans, mère au foyer de quatre filles me raconte : « dans les quartiers moyens d’Athènes la clientèle du marché a drastiquement diminué. Les marchés hebdomadaires si fréquentés d’habitude, ferment quelques heures avant la clôture, le nombre d'échoppes diminue, tous les produits sont devenus hyper chers et inaccessibles pour la plupart des gens. La distribution de soupe populaire tant pour les jeunes que pour les personnes âgées et les immigrés a fait son apparition dans beaucoup de quartiers. A la fermeture des supermarchés, les habitants tombent comme des corbeaux lors de la distribution du pain périmé. On observe dans les magasins, y compris les supermarchés de la capitale, la réapparition des carnets de crédit pour les achats de produits alimentaires de base, comme c’était le cas dans les années d'après guerre. »
A travers tout le pays, un pourcentage important de la population n’a plus les moyens de payer son loyer et doit quitter son logement pour vivre dans la famille ou dans la rue. Agnès, 32 ans, licenciée en gestion, employée, qui vit dans la capitale me confie qu’« Athènes compte plus de 20 000 personnes sans abri représentant environ 2 % des habitants de la capitale ».
Deux tiers des jeunes Grecs mais également des familles entières, souhaitent émigrer au plus vite pour trouver un travail ou poursuivre les études. Actuellement, le pays est confronté à sa troisième vague d'immigration majeure, la première datant de 1922 (déplacement de plus d’un million et demi de personnes), le deuxième flux des années 1955-56 vers l'Europe occidentale, les USA, le Canada et l'Australie faisant suite à la 2ème guerre mondiale et de la guerre civile grecque de 1945 à 1949 qui ont détruit le pays et provoqué l'exil politique des militants communistes. Ma nièce Magda, 32 ans, célibataire m'explique qu’elle a entendu à la télévision que plus de 50 000 jeunes Grecs ont déjà quitté le pays depuis 2007.