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24 janvier 2012 17:21 | Il y a : 121  jour(s)
| Thème: Éditorial, Belgique, Syndical

United generations, united people

David Pestieau

Le 2 décembre dernier, plus de 80 000 personnes sont descendues dans les rues de Bruxelles pour dire « non » à l’austérité voulue par le gouvernement Di Rupo. Et ce 30 janvier, tout le pays sera bloqué. (Photo Solidaire, Peter Vanloffelt)

« Aller dire qu’on n’est pas d’accord avec les mesures, c’est irresponsable ; cela sous-entend qu’il y a une autre manière de faire. Laquelle ? Je n’en vois pas »1, déclare Alexander de Croo s’en prenant à la grève générale du 30 janvier. Di Rupo ne dit pas autre chose, exigeant que les mesures soient appliquées.

Pardon messieurs, nous ne sommes plus au Moyen-Age. L’austérité n’est pas un acte de sorcellerie inévitable pour conjurer une catastrophe naturelle, c’est un choix. Et ce 30 janvier, c’est un autre option qui sera proposée.

Prenez le pouvoir d’achat. Il est chaque jour raboté : taxe sur la télévision, TVA sur l’achat des maisons, hausse des prix des transports, forte baisse des déductions fiscales pour la garde des enfants, pour les prêts hypothécaires, pour l’isolation... Et le gouvernement s’apprête à s’en prendre à notre « vache sacrée » : l’index. Au travers d‘un saut d’index : ce qui signifie une baisse généralisée de 2 % (à vie) du pouvoir d’achat. Or baisser les salaires, c’est faire baisser la consommation et nous plonger davantage dans la crise. Ne pas toucher au pouvoir d’achat et à l’index, comme le demandent les grévistes, n’a donc rien d’« irresponsable ». Au contraire. On peut faire un autre choix. Une taxe des millionnaires de 2 %, par exemple. Cela ne toucherait pas la consommation. Mais rapporterait huit fois plus qu’un saut d’index. Est-ce si inconcevable ?

Prenez les fins de carrière. « Puisqu’on vit plus longtemps de manière saine, on doit travailler un peu plus longtemps. Nier ça, c’est nier l’existence du soleil », renchérit De Croo. Mais on vit plus longtemps car le monde du travail s’est battu, génération après génération pour ses droits sociaux. Pour travailler... moins par semaine. Pour avoir de meilleures conditions de travail. Or, justement, on veut faire reculer l’horloge de l’histoire sociale : carrière plus longue, hausse du stress, de la flexibilité, de la précarité. Déjà aujourd’hui, il y a un écart de 11 ans d’espérance de vie en bonne santé selon la catégorie sociale à laquelle on appartient. Et demain ?  

C’est donc pleinement « responsables » que les travailleurs à pauses défendent aujourd’hui les prépensions ; les cheminots ou les pompiers, les pensions anticipées ; les enseignants ou les infirmières, les crédits-temps.

Il y a assez de richesses produites pour laisser les plus anciens au repos, et donner un emploi décent aux jeunes. Or notre ministre de l’Emploi, Monica De Coninck, nous promet au contraire une chasse aux jeunes chômeurs et « l’introduction de contrats flexibles, facilement résiliables par l’employeur »2. Le gouvernement nous sert un copié-collé du modèle de pauvreté allemand et appelle ça « l’avenir ». Le 30 janvier, toutes les générations seront là pour l’arrêter. Car il ne s’agit pas de détails. Oui, le 30 janvier, un moment important dans l’histoire sociale de notre pays se joue. Be there !

 

1. Alexander De Croo, « La grève ? Irresponsable », Le Soir, 21 janvier 2012 • 2. Monica de Coninck, « Contrats flexibles pour chômeurs de longue durée », La Libre, le 24 janvier 2012 


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