
Le ministre de l’Energie, Paul Magnette, devra inévitablement toucher aux fondements du libre marché. Car les prix élevés de l’énergie ne sont pas provoqués par un mauvais fonctionnement du marché libéralisé mais par la libéralisation elle-même. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)
Cela va directement à l’encontre des directives européennes sur la libéralisation, mais ce n’est pas irréaliste. La nationalisation des banques ne figurait pas non plus dans les manuels libéraux.
Si la facture d’énergie des familles a augmenté de 700 euros par an depuis la libéralisation, n’est-il pas plus que temps de remettre en cause cette foi aveugle qu’ont les ministres libéraux, démocrates chrétiens et même socialistes dans les miracles du libre marché ? Cela requiert beaucoup de courage politique mais, en soi, il ne serait pas très difficile, pour le « marché résidentiel », celui des familles, d’inverser ce processus de libéralisation. L’État peut créer une centrale publique d’achat qui fournira le gaz et l’électricité à toutes les familles et qui achètera le courant aux producteurs à des tarifs fixés par les autorités. Cela résoudrait, au moins pour les familles – qui consomment 20 % de la production d’énergie –, le problème des prix élevés et cela mettrait en même temps fin à la prolifération des tarifs et des fournisseurs. Un tel système existe d’ailleurs dans bien des États américains. Le prix pour le consommateur y est entre 10 et 40 % moins élevé que dans les États où règne le libre marché.
Ce serait déjà un pas en avant. Mais la solution de loin la plus durable serait d’amener le marché de l’énergie sous le contrôle de l’État, depuis la production jusqu’à la livraison au consommateur. Espérer quelque chose d’un « surcroît de concurrence », c’est rêver debout. Dix ans de concurrence dans une Europe libéralisée n’a abouti qu’à un raz-de-marée de fusions et de reprises : 247, exactement. Il y a donc aujourd’hui moins de concurrence que jamais. D’après une étude récente de l’institut français CERNA, le marché européen de l’énergie est pour 75 % aux mains de seulement cinq géants : Suez-GDF, RWE, Eon, Enel et EDF.
Il est en outre malaisé d’imaginer une raison pour laquelle la nationalisation serait possible pour les banques en détresse mais pas pour des entreprises d’énergie génératrices de profit. Pourquoi les pouvoirs publics ne feraient-ils pas primer le rendement social sur la chasse au profit financier ? De plus, une nationalisation permettrait non seulement de réguler les prix, mais également de réaliser les investissements absolument nécessaires dans des centrales électriques respectueuses du climat. Si, actuellement, en Europe, 38 nouvelles centrales au charbon sont en passe d’être lancées, avec des conséquences catastrophiques pour le climat, c’est également au libre marché que nous le devons.
150 000 signatures pour la pétition du PTB pour une TVA moins chère sur l’énergie
Vendredi, 10 octobre, la pétition du Parti du Travail de Belgique pour diminuer de 21 à 6 % la TVA sur le gaz et l’électricité a passé le cap des 150 000 signatures. Plus de 121 000 personnes ont signé sur internet et plus de 31 000 signatures sur papier ont été récoltées.
Vu l’état de délabrement du budget fédéral, le PTB demande au gouvernement d’imposer une taxe « Robin des Bois » à Electrabel et à SPE-Luminus. Tom De Meester : « Le pouvoir d’achat des gens passe avant le bénéfice des actionnaires de Suez. Il n’est pas normal qu’à la rue de la Loi, la voix du dirigeant de GDF-Suez, Mestrallet, ait plus d’écho que la demande légitime de 150 000 électeurs. Une TVA plus basse sur le gaz et l’électricité ne doit pas coûter un centime au budget. »