
À l’heure actuelle, une personne sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté travaille. Cette situation risque d’empirer si on laisse faire les attaques du gouvernement et de la Commission européenne sur le marché du travail et l’index. (Photo Scott the Hobo)
1 606 000. C’est le nombre de pauvres qui vivent dans notre pays1. Un Belge sur sept. Un sur six parmi les jeunes de moins de 18 ans, et un sur cinq chez les plus de 65 ans. Ces chiffres du premier « annuaire fédéral 2012 de la pauvreté »2, paru ce 12 janvier, sont frappants. Surtout à la lumière du plan de Di Rupo Ier.
Aujourd’hui déjà, deux personnes âgées sur cinq ont une pension inférieure au seuil de pauvreté. Or, en touchant au calcul des pensions pour les périodes assimilées, le gouvernement Papillon va en diminuer le montant : de 120 à 180 euros en moins par mois.
Par ailleurs, près d’un enfant pauvre sur deux vit dans un foyer dont les parents sont sans emploi. Et demain, quand la chasse aux chômeurs tournera à plein régime ?
L’annuaire fédéral le confirme : « Un mouvement de rattrapage [des pensions] s’impose pour garantir le bien-être minimal des aînés. Il s’agit d’une situation rendue encore plus fragile au moment où la pression exercée par l’Union européenne pour assainir les dépenses sociales prend des proportions inquiétantes. Ce débat vaut également pour les allocations de chômage. »3
Et de préciser : « Une personne sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté travaille (à temps partiel ou à temps plein). Un des principaux facteurs responsables de cette situation est l’augmentation des emplois précaires. » Or, par sa réforme du marché du travail, le gouvernement Papillon pousse à la généralisation du travail intérimaire et à temps partiel.
Cependant, nos spécialistes de la pauvreté avertissent : « Bien que la situation en Belgique soit encore relativement sûre — grâce, entre autres, à la liaison des salaires à l’index, à une législation du travail assez protectrice, à la puissance des syndicats faisant partie de la structure institutionnelle de prise de décision et à une sécurité sociale étendue — , des nuages sombres se profilent à l’horizon. »4
Autrement dit, c’est grâce à l’index, à la sécurité sociale et aux syndicats que la situation n’est pas encore plus catastrophique. Mais nos spécialistes craignent ces nuages sombres qui sont, en fait, le produit du plan de Di Rupo Ier et des diktats de la Commission européenne sur le budget et l’index.
Dans ce contexte, la grève générale du 30 janvier prend une dimension supplémentaire. Celle de la défense des droits sociaux, acquis par des générations de travailleurs. Celle d’aller chercher l’argent chez les millionnaires, et pas chez les travailleurs ni chez les allocataires sociaux. Celle d’un veto contre le modèle allemand — cher à la Commission européenne — qui se construit sur un océan de pauvreté. C’est là qu’il y a le plus haut taux de travailleurs pauvres d’Europe. L’an dernier, 7,3 millions de travailleurs y étaient sous contrat temporaire, un quart de la population active gagnant, en moyenne, 230 euros par mois5. Ce modèle, nous ne voulons pas le suivre, ni pour nous, ni pour nos enfants, ni pour nos parents.
1. Ce qui veut dire qu'un isolé vit avec moins de 973 euros par mois • 2. www.belgium.be/fr/actualites/2012/news_annuaire_pauvrete_2012.jsp • 3. Texte de la conférence de presse du 12 janvier 2012 • 4. Idem • 5. Comme le dénonce l’économiste Julia Martínez : « Des micros-emplois d’un maximum de 80 heures par mois avec des salaires plafonnés à 400 euros », cité dans Avante, organe du PC portugais, janvier 2012