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13 décembre 2011 16:02 | Il y a : 163  jour(s)
| Thème: Éditorial, Belgique, Démocratie, Gouvernement

Un gouvernement dangereux pour nos salaires

Si le gouvernement a reçu la confiance du Parlement, il n’a pas celui de la rue. Qui découvre chaque jour les vices cachés d’un accord qui risque de bouleverser la vie quotidienne de beaucoup.

David Pestieau

« J’épargne, mais pas sur le caviar »,

Prenez la réforme structurelle sur le chômage. « Vous n’êtes pas chômeur, vous n’êtes pas concerné », vous dit le gouvernement. Détrompez-vous. 

D’abord, vous pourriez malheureusement perdre votre boulot. L’Organisation internationale du travail dépendant de l’ONU écrit : « Alors qu’il avait été possible immédiatement après la crise mondiale (de 2008) de reporter ou d’atténuer les pertes d’emploi dans une certaine mesure, cette fois-ci le ralentissement économique pourrait avoir des répercussions plus rapides et plus fortes sur l’emploi. »1 C’est que la crise économique perdure, et ceux qui ont échappé aux restructurations en 2008-2009 pourraient être aujourd’hui licenciés. Et, là, les mesures du gouvernement Papillon feront que, si vous ne trouvez pas vite un autre job, vous tomberez au minimum forfaitaire : 898 euros pour un isolé.

Il y a un catalogue des « petites » mesures concernant le « marché de l’emploi » : l’accès à la prépension est retardé et elle rebaptisée « allocation de chômage avec complément d’entreprise »  ; le contrôle sur la disponibilité est élargi, dans certains cas jusqu’à 65 ans  ; l’accès aux allocations d’attente pour les jeunes est limité ; la dégressivité des allocations de chômage est accentuée. 

Mais ce catalogue a un fil rouge : mettre plus de gens sur le « marché de l’emploi ». Près de 300 000. En les obligeant à accepter n’importe quel boulot pour n’importe quel salaire. 

C’est comme sur un vrai marché : s’il y a plus de tomates qui sont mises en vente, les prix baissent. Le gouvernement mise sur la baisse du prix de la force de travail : plus de gens pour se battre pour peu de travail va pousser les salaires à la baisse. Notre gouvernement suit ainsi le modèle allemand des bas salaires et des mini-jobs. Résultat outre-Rhin : les salaires ont stagné depuis 2000 et ont même baissé les dernières années, alors que les bénéfices des entreprises et des fortunes ont augmenté de 40 %. Huit chômeurs sur dix sont sous le seuil de pauvreté et il y a 1,4 million de working poors, des travailleurs pauvres. Et c’est ce modèle que la Commission européenne veut exporter en Belgique, et que le gouvernement Di Rupo a accepté d’adopter.

Et ce n’est pas tout. Car on sait que la Commission européenne va revenir à la charge, dès janvier, avec une exigence de réforme de l’index. En plus des taxes sur les citoyens et autres augmentations indirectes, comme le transfert de la taxe bancaire sur les clients. La rue a toutes les raisons d’accorder sa méfiance à ce gouvernement, qui menace aussi son pouvoir d’achat. Et à développer le rapport de forces pour inverser la vapeur.

1. http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/press-and-media-centre/news/WCMS_166397/lang--fr/index.htm


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