
Une page Facebook reprenant des photos de manifestations contre le régime Moubarak dans toute l’Égypte. Ceux qui ont une connexion Internet ou un téléphone mobile peuvent désormais aider à propager la révolution.
Une chose est sûre, si le peuple tunisien, le peuple égyptien, et celui d’autres pays par la suite, est descendu dans la rue, c’est avant tout pour crier son ras-le-bol de l’oppression, du chômage et de la pauvreté généralisée. Chaque révolte a son propre Twitter, des pigeons voyageurs durant la guerre des Quatre-vingts ans (1568) aux sms durant la révolte du peuple philippin contre le président Estrada au début de l’année 2001. De tout temps, les gens ont cherché des modes de communication « alternatifs ». Cela n’a rien de nouveau.
Les médias modernes jouent néanmoins un rôle plus important et novateur. En particulier dans des pays comme la Tunisie et l’Égypte. Cela est probablement dû au fait que ces deux pays ont une population très jeune. En Égypte, par exemple, 60 % des habitants ont moins de 30 ans. Selon les normes africaines, la population est très « informatisée » : 33 % en Tunisie, 21 % en Égypte.
Facebook est un réseau social très populaire dans les deux pays. En janvier dernier, Facebook comptait 2 168 240 utilisateurs en Tunisie (20,48 %) et 5 444 960 (6,77 %) en Égypte. A titre de comparaison, la Belgique en comptait 3 925 780 (37,66 %) à la même période. A cela vient s’ajouter le rôle des cybercafés et surtout des téléphones mobiles (85 % en Tunisie et 71 % en Égypte), la majorité des vidéos postées sur YouTube ces dernières semaines ont d’ailleurs été filmées avec des téléphones portables. On constate donc que les nouvelles technologies n’ont pas été un facteur négligeable dans cette histoire.
On a aussi beaucoup « tweeté » (voir encadré) pendant les révolutions. Ce qui a donné lieu à d’énormes flux d’informations. Selon certaines sources, la Tunisie aurait connu après le 27 décembre des pics allant parfois jusqu’à 28 000 tweets par heure. Les tweets relatifs à la révolte tunisienne étaient toujours accompagnés du hashtag « #sidibouzid ».
En Égypte, le mot-clé était « #jan25 » (en référence à la première journée d’actions massives). Le 25 janvier, on a enregistré jusqu’à 100 tweets par minute avec le hashtag « #jan25 ». Twitter a ainsi fourni un flux incroyable d’informations brutes permettant de suivre les événements minute après minute. Mais le hashtag a aussi réuni tous les utilisateurs concernés au sein d’une communauté solidaire.
Internet était l’un des rares endroits où les gens pouvaient encore donner leur avis. En effet, presse indépendante et partis d’opposition (légaux) étaient quasiment inexistants.
En Tunisie, lorsque le jeune Mohamed Bouazizi (26 ans) s’est immolé par le feu, les médias nationaux (contrôlés) ont tout fait pour présenter l’affaire comme un acte criminel. Et à l’étranger, cette histoire serait peut-être passée inaperçue si les Tunisiens n’avaient pas posté sur Facebook ou sur leurs blogs autant de vidéos, de photos et autres témoignages sur la violence policière et les victimes. « Pour nous organiser, c’est Facebook, les e-mails et SMS », raconte Maher, un jeune organisateur des protestations à Sidi Bouzid. « Nous échangeons de l’information sur les manifestations, la violence de la police. Par exemple, lorsque nous avons vu les images de la violence dans d’autres villes, nous sommes directement allés manifester devant le commissariat local. Voilà comment les manifestations se propagent comme du feu. »
En Égypte, la situation est comparable. En juin 2010, des agents tabassent à mort le jeune Khaled Saïd (28 ans). Peu après, un groupe Facebook est créé à la mémoire du jeune homme (El Shaheed, le martyr). La photo du jeune homme mort fait l’effet d’une bombe. La page est de plus en plus visitée et se transforme en véritable plateforme d’organisation : les gens y postent leurs témoignages, des vidéos ou photos prises avec leur portable, mais aussi des conseils sur la manière d’organiser ses amis, de contourner les barrages policiers, etc. La page (en arabe) compte actuellement près d’un million de fans.
L’utilisation de Facebook a permis une diffusion incroyable d’informations et d’actions à l’intérieur du territoire égyptien, mais aussi au-delà. Tous ceux qui possèdent une connexion internet ou un téléphone mobile peuvent désormais prendre des initiatives. Le fait que des milliers de Tunisiens et d’Égyptiens ont vaincu leur peur du régime a fait beaucoup.
Ainsi, ceux qui pensent que les sites et initiatives « online » ne sont le fait que d’une poignée de techniciens et fanas d’informatique se trompent. S’il est vrai que les initiatives viennent des internautes les plus expérimentés, elles ont aussi été prises par le monde réel, révolté face à l’oppression. « La révolution se fait dans la rue, mais ces outils nous ont permis de réagir et mobiliser rapidement des centaines voire miliers de jeunes. »
Facebook, Twitter et les autres sites ont servi à l’organisation des actions dans le monde réel. L’info en ligne a continué de se propager hors ligne. C’est ainsi qu’en Égypte, par exemple, des infos ont pu être transmises en inscrivant des messages sur les billets de banque, de préférence des petites coupures pour être sûr qu’elles parviennent également aux moins fortunés.
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