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30 novembre 2011 10:58 | Il y a : 176  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Environnement, Dossier énergie

Tom De Meester (PTB) :: Le secteur énergie se fiche des problèmes climatiques

Tom De Meester, le spécialiste des questions énergétiques du PTB, qualifie de « cynique » la manière dont le secteur énergétique traite le problème du réchauffement de la planète. « Les émissions de CO2 ont un prix que les entreprises énergétiques répercutent tout simplement sur le consommateur. »

Nick Dobbelaere

L’énergie durable peut tout à fait satisfaire le besoin d’énergie mondial. Le potentiel de l’énergie éolienne est de 140 % de la consommation d’électricité mondiale actuelle. Avec les éoliennes, on peut donc déjà couvrir l’ensemble du besoin en électricité, et plus encore. (Photo Marijnvb)

À en croire nos producteurs d’énergie, il n’y a pas plus concerné par l’environnement et le climat qu’eux-mêmes. Leurs publicités et leurs sites web regorgent de formules vertes, de prairies verdoyantes et d’éoliennes. Tom De Meester, spécialiste des questions énergétiques du PTB, lutte depuis plusieurs années contre ces entreprises qui non seulement gonflent artificiellement nos factures, mais rejettent en plus dans l’atmosphère des quantités astronomiques de CO2.

Sur ce dernier point, doit-il revoir son opinion ?

Tom De Meester. Les entreprises énergétiques en Europe sont responsables d’environ 35 % des émissions de CO2. Elles occupent donc la première place du classement des plus grands pollueurs. Pour vous donner une idée, les ménages sont responsables de seulement 11 % des émissions. Les producteurs d’énergie proposent peut-être des formules « vertes », mais, derrière tout ça, ils ne cherchent qu’à promouvoir leur image. Cette semaine, par exemple, Essent sponsorisait, dans le quotidien De Morgen, un livre sur le climat. Or Essent appartient à RWE, une des multinationales les plus polluantes du secteur énergétique. Actuellement, Essent construit aux Pays-Bas une nouvelle centrale électrique près de la mer des Wadden, classée par l’Unesco.

J’ai lu qu’on est en train de construire dans toute l’Europe soixante nouvelles centrales électriques au charbon.
Tom De Meester.
En effet. Pour l’instant, le nombre de nouvelles centrales déjà construites s’élève à seize. Au départ, on en prévoyait bien plus que soixante, mais certains projets ont été abandonnés sous la pression de l’opinion publique.
Si les soixante centrales sont finalement construites, cela nous fera 400 millions de tonnes d’émissions de CO2 supplémentaires par an ! Soit les émissions produites par 200 millions de voitures. En tant que consommateurs, nous pouvons décider de laisser la voiture dans le garage, mais nous ne prenons aucune part à la décision de construire de nouvelles centrales. C’est une poignée d’actionnaires qui décide de ça, préoccupée par les bénéfices.

Avec ces 60 nouvelles centrales, pourra-t-on atteindre les objectifs de Kyoto d’ici 2020, à savoir réduire de 20 % les émissions de CO2 par rapport à 1990 ?
Tom De Meester.
Cela me semble très difficile. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), nous sommes techniquement en mesure de réduire les émissions de 30 % d’ici 2020-2030 dans le secteur énergie. Or les prévisions font apparaître que, si l’on continue de la sorte, les émissions augmenteront au contraire de 30 %. Nous fonçons droit dans le mur et le problème, c’est que nous ne sommes pas au volant. Ce sont les PDG qui conduisent, qui prennent les décisions en matière d’investissement, et c’est un véritable problème.

La question que l’on se pose est donc de savoir si, puisque la situation actuelle nous mène droit au gouffre, on peut laisser la production d’énergie aux mains du privé.
Tom De Meester.
C’est là l’essence du débat qu’il nous faut mener, sans quoi nous ne pourrons plus arrêter le réchauffement climatique ni la misère sociale créée par les multinationales. Il faut savoir qu’en Belgique, plus de 100 000 personnes ont été radiées par leurs fournisseurs parce qu’elles ne savaient plus payer leur facture d’énergie…
L’unique alternative est donc que la société reprenne en main le secteur de l’énergie et définisse les priorités. L’an dernier, les grandes multinationales du secteur de l’énergie ont versé à leurs actionnaires 18 milliards d’euros. Est-ce cela la priorité ? Ou faut-il investir dans la production d’énergie durable ? La semaine dernière, on pouvait lire dans le journal qu’il fallait 21 milliards d’euros pour compenser la fermeture des centrales nucléaires. Or si l’on calcule les bénéfices que va empocher Electrabel grâce au nucléaire (même avec la sortie de celui-ci), cela fait 15,8 milliards d’euros d’ici 2025. Cet argent sera-t-il tout simplement versé aux actionnaires de GDF Suez, ou allons-nous le réclamer et l’investir dans de nouvelles centrales d’énergie durable, et augmenter le pouvoir d’achat des citoyens ?
C’est le type de choix que va devoir faire notre société, mais cela ne fonctionnera pas si ce sont les multinationales privées et leurs amis politiciens qui mènent la barque.
    
L’énergie nucléaire ne peut-elle contribuer à réduire les émissions de CO2 ?
Tom De Meester.
Les centrales nucléaires émettent effectivement moins de CO2 dans l’atmosphère, mais il reste quand même le problème des déchets nucléaires et celui de la sécurité. Après Fukushima, on ne peut plus construire de nouvelles centrales nucléaires. En outre, les nouvelles centrales sont incroyablement chères. Les centrales nucléaires européennes atteignant lentement l’âge de la pension ont déjà été amorties. Par ce fait, elles peuvent réaliser d’énormes bénéfices. Mais construire de nouvelles centrales est absolument hors de prix.
Selon l’agence de rating Moody’s, la construction d’une nouvelle centrale nucléaire coûte 5 milliards d’euros. C’est au moins 20 % de plus que l’énergie éolienne, sans compter le coût des déchets nucléaires et le risque sécuritaire, qui est si grand qu’aucun assureur ne veut le prendre en charge. Ce n’est que grâce aux subsides qu’on peut construire des nouvelles centrales, et c’est alors à la collectivité d’en assumer le risque.


Mais le nucléaire n’est-il pas indispensable pour assurer la fourniture des besoins en électricité ?
Tom De Meester.
Une nouvelle étude du GIEC sur l’énergie durable explique qu’il est tout à fait possible de produire notre énergie d’une manière durable sans le nucléaire. Le potentiel de l’énergie solaire est au moins trois fois supérieur à la production mondiale actuelle d’énergie. Quant au potentiel de l’énergie éolienne, il est de 140 % de la consommation mondiale actuelle. Rien qu’avec des éoliennes, on pourrait pourvoir entièrement aux besoins en électricité, et même plus !

Pour passer à la production d’une énergie propre, il faut investir. En avons-nous actuellement les moyens ?
Tom De Meester.
Les moyens sont là, mais ils ne sont pas investis à bon escient. Les entreprises d’énergie sont assises sur des montagnes d’argent, mais elles n’investissent pas cet argent dans l’énergie verte. Pour avoir de l’énergie verte, nous devons — la collectivité — la subsidier directement. C’est le monde à l’envers !  Les émissions de CO2 ont un prix, qui est tout simplement facturé au consommateur ! Et il n’existe pas une seule incitation pour une gestion structurelle du climat.



Venez marcher avec le PTB et son mouvement de jeunes Comac lors de la manifestation pour le climat ce 3 décembre à Bruxelles. Départ de la gare du Nord à 14 h.

 


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