« Notre entreprise existe depuis 1967 », explique Didier, délégué LBC et véritable mémoire syndicale de l'entreprise. « Il y a actuellement 268 membres du personnel. Des francophones, des néerlandophones, des marocains, des turcs, des italiens, des polonais. Notre entreprise est la preuve que la diversité fonctionne car tout s'y passe bien! », ajoute Jurgen, jeune délégué LBC.
En 2005, l'entreprise qui faisait partie du groupe Carrefour est 'externalisée' et transformée en société anonyme qui regroupe les centres de distribution de Ternat et de Kontich. Carrefour avançait dans sa stratégie de découpage de l'entreprise en petites unités 'indépendantes'. « C'est une stratégie pour casser les syndicats et briser la solidarité. »
Fin de l'année passée, la direction avait annoncé qu'elle envisageait de peut-être de fermer un des centres de distribution et que plusieurs scénarios étaient à l'étude. « Nous ne voulions pas laisser les travailleurs dans l'incertitude. Le 29 janvier, à l'occasion de la grande manifestation pour l'emploi à Bruxelles, on décide d'entrer en action en mobilisant massivement pour la manif et pour faire pression sur la direction. On sentait que c'était probablement notre dépôt qui allait fermer. Nous étions le plus petit et le plus vieux », raconte Stijn, jeune délégué Setca.
A partir de ce moment, les actions vont continuer jusqu'à la mi mars. Jurgen explique: « La première semaine, nous avons bloqué les marchandises de 2 magasins Carrefour, la semaine suivante 4, ensuite 6, puis 10 et finalement, nous avons bloqué les marchandises de 20 magasins sur 24 ainsi que les promotions de tous les magasins que nous devions livrer. Cette action faisait particulièrement mal à la direction: les marchandises n'étaient pas livrées et le personnel ne perdait pas de revenus puisqu'ils n'étaient pas en grève. »
Le 24 février, sous la pression du conflit, la direction est obligée de jouer carte sur table. Carrefour annonce sa volonté de ne plus faire appel au dépôt de Ternat et que celui-ci est voué à la fermeture pour le 30 juin. En même temps que la fermeture annoncée de plusieurs magasins Carrefour.
Bien entendu, les travailleurs n'étaient pas d'accord avec cette décision. « Ce n'est pas logique quand même. Notre entreprise a fait des bénéfices ces trois dernières années. Et on veut la fermer. Ce n'est pas normal » explique Stijn. « Le politique devrait prendre des mesures pour contrer les entreprises qui font des bénéfices et qui veulent quand même licencier. Il faudrait rendre les licenciements impayables pour ces entreprises. Ca les ferait réfléchir. D'ailleurs, j'ai vu dans le tract du PTB que vous mettiez 'pas licenciement quand il y a des bénéfices'. Vous l'avez repris de chez nous? On va vous demander un copyright! (rire) », rajoute Jurgen.
La solidarité, un mot concret...
La direction a essayé de contourner ces blocages en faisant appels aux autres dépôts. Face à cette tentative, elle reçu une belle leçon de solidarité. Jurgen et Stijn continuent leur récit. « Nous avions un accord avec les délégations des deux autres centres de distribution pour Bruxelles (ceux de Kontich et Nivelles) pour qu'ils ne reprennent pas le volume de marchandises que nous bloquions. » Ensuite, Carrefour a fait appel à une autre plate-forme de distribution située à Herstal. « Après avoir pris contact avec les délégués de Herstal, nous sommes partis à 30 pour bloquer la plate-forme. Nous avons également pris contact avec les délégations des Carrefours de Bruxelles pour que les magasins refusent les marchandises en provenance d'Herstal. La direction était coincée. »
Pour mettre fin au conflit, Carrefour décide d'employer les grands moyens. Il menace les travailleurs de ne plus rien livrer au dépôt si les blocages ne s'arrêtent pas. « Nous n'aurions pas tenu longtemps et cela aurait été la faillite immédiate de l'entreprise sans compensation pour les travailleurs. Nous avons donc levé les blocages et commencé à négocier. »
Finalement, la fermeture du dépôt ne peut être évitée. Ça fait vraiment mal. En plus des revenus, on perd ses collègues avec qui on travaille depuis des années. Mais grâce à leur lutte les travailleurs de Ternat arrivent à arracher des compensations financières importantes. Plus de 50.000 euros pour un travailleur avec 20 ans carrière par exemple. 140 travailleurs seront recasés dans les dépôts de Kontich et Nivelles avec également des compensations fianncières. Ils sont aussi demandé la prépension à 50 ans. Le ministère du travail doit encore accepter ou non le dossier.
Finalement, les 3 jeunes délégués de l'entreprise – qui étaient déchargés de leur fonction pour exercer leur mandat syndical – obtiennent le droit d'être muté dans un des autres dépôt tout en gardant l'ensemble de leurs mandats syndicaux. « C'est évidemment frustrant car on devra tout recommencer à zéro », explique Jurgen. Mais ce qui est sûr, c'est que la tradition syndicale de Ternat n'est pas perdue. Jurgen, Stijn et les autres militants de Ternat Logistics sont là pour la perpétuer.