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25 octobre 2011 16:10 | Il y a : 212  jour(s)
| Thème: Belgique, Belgique, Dossier énergie, Energie

Taxer Electrabel : une question de décence et de justice sociale

Electrabel a réagi de manière virulente à ce qu’elle nomme « une taxe extravagante » qu’elle aurait à payer sur ses centrales nucléaires, déjà amorties. Le producteur d’énergie a menacé de « supprimer immédiatement tout investissement en nouvelle capacité de production ». « C’est le monde à l’envers », constate le spécialiste de l’énergie du PTB dans son texte d’opinion publié ce 20 octobre dans le Standaard.

Tom De Meester

Alors qu’Electrabel réalise des gains dignes d’un usurier, de plus en plus de gens n’arrivent plus à acquitter leur facture d’énergie. « Electrabel, vous nous faites Suez » est le slogan des manifestants, jouant sur les mots par rapport à GDF-Suez, l’entreprise-mère d’Electrabel. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

Le formateur Elio Di Rupo recherche 10 milliards d’euros pour combler le déficit du budget belge. Les profits abusifs d’Electrabel sont également en point de mire. Sur la table des négociations figure une proposition d’augmenter la « taxe nucléaire » de 250 à 500, voire 750 millions d’euros. Electrabel a réagi de manière virulente à ce qu’elle appelle « une taxe extravagante » et menace de « supprimer immédiatement tout investissement en nouvelle capacité de production » (De Standaard 19/10/11). C’est le monde à l’envers.

Premièrement, il n’y a simplement rien à supprimer. Electrabel n’a absolument aucun projet d’investissements en Belgique. Ces dernières années, le pouvoir fédéral a accordé en tout et pour tout 13 autorisations pour de nouvelles centrales à gaz et des parcs à éoliennes en mer. Nuon, Luminus et Eneco ont des projets de construction. Electrabel, non. Il y a peu, le 10 août, GDF Suez a communiqué à la presse que toute une série de « nouveaux plans lucratifs sont dans le pipe-line ». Des centrales à charbon sont projetées à Rotterdam et à Wilhemshaven (Allemagne). Et, au Brésil, deux gigantesques centrales hydroélectriques vont être construites. Quant à la Belgique, elle ne figure sur aucune liste d’investissements.

Deuxièmement, ce sont les profits faramineux d’Electrabel qui sont « extravagants », et non la taxe nucléaire. Puisqu’Electrabel ne veut apparemment pas l’admettre, résumons. Depuis 2005, les centrales nucléaires belges sont entièrement amorties. C’est pourquoi produire 1 mégawatt/heure d’électricité ne coûte que 17 à 21 euros à Electrabel. Ce courant d’origine nucléaire extrêmement bon marché pour l’entreprise est ensuite vendu très cher sur le marché de l’énergie. A la bourse de l’énergie APX Endex, le courant belge était, ce 19 octobre, négocié sur le marché à un prix de 46,52 à 62,31 euros. Marge bénéficiaire pour Electrabel : de 100 à 200 %. En outre, Electrabel ne paie quasiment pas d’impôts en Belgique : 4,33 % au lieu du tarif officiel de 33,99 %.

Cette escroquerie rapporte une fortune à GDF Suez, l’entreprise-mère d’Electrabel. En 2010, en pleine crise économique, le groupe énergétique a réalisé un bénéfice brut de 15,1 milliards d’euros. La Commission de régulation de l’électricité et du gaz belge (Creg) estime que les centrales nucléaires belges GDF Suez rapportent annuellement 1,7 à 1,8 milliard d’euros. Même en retirant 450 millions de « marge bénéficiaire équitable », il reste encore 1,3 milliard qui, selon la Creg, doit être imposé. Pas 250 millions donc, pas 500 millions, pas même 750 millions, mais 1,3 milliard d’euros.

Un montant donc plus que considérable. Mais ne vous en faites pas, GDF Suez a ce 1,3 milliard d’euros en cash sur son compte courant. Le 15 novembre, le PDG Gérard Mestrallet a l’intention de gâter les actionnaires par un dividende intermédiaire. Un petit cadeau d’1,8 milliard d’euros, acompte sur les bénéfices record de 2011, estimés à atteindre 17 à 17,5 milliard d’euros. Des chiffres qui donnent le vertige. Les cinq dernières années, les actionnaires de GDF Suez ont déjà empoché 14,3 milliards d’euros cash. Les actionnaires devraient peut-être sauter une année ?

Troisièmement. Electrabel a, ce 19 octobre, jugé que cette « attaque » contre l’entreprise était « un acharnement sans précédent ». Pourtant, c’est à elle-même qu’elle doit s’en prendre. « C’est votre énergie », rétorque-t-elle. Certes, mais elle est hors de prix. Une famille française de Lille, par exemple, paie 479 euros pour son électricité. Une famille belge verse à Electrabel de 800 (« Optibudget ») à 943 euros (« ServicePlus Vast »). Alors qu’Electrabel réalise des gains dignes d’un usurier, de plus en plus de gens n’arrivent plus à acquitter leur facture d’énergie. Rien qu’en Flandre, en un an, 70 765 familles ont été exclues parce qu’elles ne parvenaient plus à payer leurs factures. En outre, 122 324 familles ont demandé un paiement échelonné à Electrabel & co.

Electrabel n’est pas le vilain petit canard. Dans toute l’Europe, les fournisseurs d’énergie semblent immunisés contre la crise. Les augmentations des tarifs maintiennent le niveau des bénéfices. La 7e plus grande entreprise d’énergie européenne a, l’an dernier, enregistré un profit de 22 milliards d’euros. Net. Et dont 16 milliards ont été exigés par les actionnaires. L’attrait d’Electrabel pour le profit maximal n’est pas un hasard, mais le fait d’un système défaillant.

Alors que, d’après une enquête européenne, 50 à 125 millions d’Européens ne peuvent plus payer les tarifs énergétiques en perpétuelle augmentation, les top-managers des entreprises d’énergie se servent à pleines mains dans la caisse. Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, gagne 3,3 millions d’euros. Son n°2, le président Jean-François Cirelli, touche 2 millions, « avantages en nature comme l’électricité compris ». Jürgen Grossmann, le PDG de l’entreprise allemande RWE, connue chez nous sous le nom de Essent, a gagné l’an dernier 2,7 millions d’euros, plus un bonus de 5,9 millions d’euros. C’est bien plus qu’honteux.

Ecrémer les bénéfices illégitimes d’Electrabel n’est pas « extravagant », mais une question de décence élémentaire et de justice sociale. En outre, nous avons besoin de cet argent : en allégeant les très lourdes factures d’électricité des familles, en réduisant la TVA sur l’énergie de 21 à 6 %, pour investir dans une énergie verte et dans les économies d’énergie. Si la main invisible du marché ne le fait pas, nous devons nous-mêmes reprendre le gouvernail. Et il est plus que temps.

Tom De Meester est le spécialiste de l’énergie du PTB et auteur de Electrabel & co. Pourquoi votre énergie est si chère, à paraître en février chez EPO (en néerlandais).


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nathalie, 06-12-11 13:27:
C'est honteux!!!

Les riches toujours de plus en plus riches et pour les autre en fait nous sommes toujours exploités comme au temps des Romains on nous trait comme des vaches à lait!!!
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