Que la situation en Syrie devient incontrôlable ne fait pas de doute. Mais on peut en avoir sur le fait que la résolution proposée à l’ONU constitue un pas vers une solution, et ce, pour diverses raisons. La résolution a été introduite par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et plusieurs pays arabes, dont le Qatar, l’Arabie saoudite et la Libye1.
Un petit club pas tout à fait neutre vis-à-vis de la Syrie. Les pays européens cités ont fait en sorte que divers groupes d’opposition soient intégrés au Conseil national syrien. Comme ils l’avaient déjà fait avec le Conseil national de transition en Libye. Et les pays arabes cités soutiennent activement les insurgés syriens par de la propagande (le Qatar, avec son émetteur Al-Jazeera), des armes (l’Arabie saoudite) et des combattants (la Libye).
Dans le passé, les résolutions des Nations unies ont souvent été le signe avant-coureur d’une intervention militaire. Le chaos que connaît aujourd’hui la Libye « libérée », avec la destruction complète de la société, la marche en avant des fondamentalistes musulmans et des tribalistes, et l’invasion par des entreprises occidentales : tout cela a débuté par une résolution de l’ONU (la 1973, du 20 mars 2011). Celle-ci ouvrait la porte à une zone d’interdiction de vol au-dessus de la Libye et, partant, à une attaque de l’Otan. La Russie et la Chine s’étaient alors abstenues. Aujourd’hui, le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, justifie son veto à la résolution sur la Syrie par sa volonté d’éviter un nouveau scénario libyen. D’ailleurs, pour leur veto, la Russie et la Chine bénéficient également du soutien des pays latino-américains de l’ALBA2.
Quoi qu’il en soit, le texte de la résolution est très partial. Il impose des exigences extrêmes aux autorités syriennes, dont celle d’une « transition politique », autrement dit un changement de régime. C’est une ingérence dans les affaires internes de la Syrie, et la chose est interdite par la Charte de l’ONU.
Mais les groupes de l’opposition armée sont abordés avec des gants de velours. On leur demande uniquement de « cesser toute violence ». Il ne s’agit, en effet, pas d’une révolte populaire pacifique contre Assad. Dimanche, neuf militaires ont encore été tués et 21 blessés lors de combats dans la province d’Idlib. Paul Wood, journaliste de la BBC, que l’opposition avait introduit en cachette dans la ville de Homs, a filmé un raid de l’Armée syrienne libre contre une base de l’armée, avec kalachnikovs et grenades3. Le rapport de la mission d’observation de la Ligue arabe parle même de « bombes thermiques et d’artillerie antichar » dans les mains des groupes armés qui, par ces moyens, « commettent des actes de violence contre les troupes gouvernementales et les civils »4.
Comment les choses doivent-elles évoluer, désormais ? Si ce n’est pas possible avec l’ONU, qu’on s’en passe, estiment les Américains. Ils veulent œuvrer à une coalition de bonne volonté afin de continuer à mettre la pression sur le gouvernement syrien. La Russie suit une autre voie et a offert ses services de médiation dans le conflit.
1. DayPress News, 5 février • 2. Junge Welt, 6 février • 3. BBC, 5 février • 4. Institut tunisien des relations internationales