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1 mars 2011 17:34 | Il y a : 1  an(s)
| Thème: Éditorial, Belgique, Dossier énergie

« Surprises désagréables »

David Pestieau

L’urgence est à la défense de notre pouvoir d’achat. Les spéculateurs et les multinationales vont-ils garder le butin ? Ou allonsnous protéger nos acquis grâce à notre mobilisation et nos actions collectives ?

« Nous voulons éviter des surprises désagréables lors du décompte annuel. » En entendant ça l’autre jour, j’ai eu une pointe d’inquiétude. La porte-parole d’Electrabel justifiait le courrier envoyé à un million de clients leur demandant d’augmenter « volontairement » leur facture intermédiaire de gaz de 20 à 40 euros par mois. Pour ne pas devoir être confronté à une facture astronomique en fin d’année : une « désagréable surprise ». Il faut oser. Electrabel invoque l’hiver qui a été rude et les prix du gaz sur le marché mondial qui explosent. Mais oublie de dire que, comme filiale de GDF Suez, elle n’a jamais fait autant de profits.

Que devrait faire un gouvernement soucieux des gens ? Envoyer un avertissement-extrait de rôle à Electrabel : « Payez vos impôts au tarif légal de 33,99 % (au lieu de 0,04 %), retirez de vos bénéfices votre profit extra dû à la rente nucléaire et avec ces revenus, nous pourrions faire... diminuer la facture énergie du citoyen (en abaissant la TVA sur l’énergie de 21 à 6 %) plutôt que de l’augmenter. »

L’urgence du moment est à notre pouvoir d’achat. Car Electrabel n’est pas seul à apporter de mauvaises nouvelles. L’essence est à son plus haut niveau historique à 1,6 euro le litre. Y a-t-il un lien avec les révolutions dans le monde arabe ? L’augmentation des prix a déjà commencé depuis de longs mois. Et l’offre en pétrole n’est pas menacée, d’autres producteurs pouvant suppléer au manque de pétrole libyen à court terme.

En réalité, comme pour les denrées alimentaires, ce sont des spéculateurs en Bourse qui poussent les prix à la hausse. Grands bénéficiaires aussi, les méga-multinationales du pétrole. Exxon, Shell, Total, Chevron ont déjà fait 59 milliards d’euros de bénéfices en 2010. Nous savons aussi qu’en Belgique, Exxon a fait 5 milliards d’euros de bénéfices en 2009 et payé... 1 019 euros d’impôts. La logique imposerait qu’on aille sonner à la porte de ces géants de l’énergie pour compenser les hausses actuelles.

Mais le gouvernement ne le fait pas. Au contraire. Il nous présente l’addition de l’inflation actuelle. Malgré l’opposition d’une majorité syndicale, le gouvernement veut faire passer en force une loi visant à attaquer les statuts et à bloquer les salaires. Ce jeudi 3 mars en commission et le 10 mars en plénière au Parlement.

Or derrière l’accord interprofessionnel, l’inquiétude monte dans le monde du travail. L’index, lui-même, est menacé. « Nous devons l’abandonner », disent certains, suivant les ordres de Merkel et Sarkozy. « Nous devons le modifier », concède Leterme. Et pourquoi ? En limitant les salaires, nous serions plus compétitifs pour l’exportation. Autrement dit, face à la hausse des prix, ils veulent dévaluer nos salaires. Si l’on suit ce raisonnement, tous les salaires du continent feront le grand plongeon. Il ne faut pas être docteur en économie pour savoir ce qui va se passer : l’Europe va sombrer davantage dans la crise.

Nous devons emprunter une tout autre voie. Elle passe dans l’immédiat par la protection de nos salaires et de notre pouvoir d’achat. Et par l’action ce 4 mars.


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