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4 janvier 2010 19:02 | Il y a : 2  an(s)
| Thème: Environnement, Danemark, International

Sommet climatique :: La montagne a accouché d’une souris

Avec une présence record de 119 chefs d’État et 45 000 participants inscrits, le sommet climatique de Copenhague a été le plus grand rassemblement de l’histoire de l’ONU. De même, les 50 000 participants au « Klimaforum » alternatif et les 100 000 manifestants du week-end ont constitué une étape importante vers un nouveau mouvement mondial. Mais la montagne a accouché d’une souris : le texte de l’accord contrarie toutes les attentes.

Frank Dubois

Ce graphique tiré du film The Age Of Stupid montre clairement qui sont les gros pollueurs. La Chine pollue actuellement pour 4,6 tonnes de rejets par personne. Et les états-Unis, pour 19,8 tonnes par personne. (Image tirée du film The Age Of Stupid)

Ce qui se trouve dans l’accord…

Le premier paragraphe dit : « Nous devons développer notre collaboration à long terme afin de combattre le changement climatique sur une base égalitaire et dans le cadre du développement durable, et reconnaître que la science montre que l’augmentation de la température globale doit rester inférieure à 2 °C. »

Ces 2 °C sont tout sauf une « marge sécuritaire » pour le climat, d’après le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Un réchauffement de deux degrés Celsius signifie qu’entre 20 et 30 % de tous les êtres vivants sur terre courraient un risque accru d’extinction. Pour la région méditerranéenne et de vastes parties de l’Afrique, on s’attend, avec un tel scénario à 15 ou 20 % de précipitations en moins, ce qui accroîtra l’extension des déserts et des steppes. Même avec l’actuel réchauffement climatique de 0,74 °C depuis 1850, de vastes parties du tiers monde sont déjà ravagées par des catastrophes naturelles et de mauvaises récoltes. C’est pourquoi les pays africains et les îles de l’océan Pacifique défendaient un réchauffement maximal de 1,5 °C.

Et ce qui ne s’y trouve pas

L’« accord » de Copenhague entrera surtout dans l’histoire en raison de ce qui n’y figure pas. Il s’avère que les pays n’ont pas été en mesure de conclure des accords clairs sur la réduction des gaz à effet de serre et sur le financement de la politique climatique pour les pays pauvres. L’objectif de la réduction de 50 % des émissions de gaz de serre pour toute la planète d’ici à 2050, et de 80 % dans les pays développés, a été rayé de l’accord provisoire au cours des dernières heures des négociations.

Le seul chiffre qu’on trouve dans l’accord, c’est l’intention de prévoir 30 milliards de dollars de soutien aux pays en voie de développement pour les trois années à venir. Ce soutien devrait s’élever à 100 milliards de dollars par an en 2020.

Primo, ce montant est bien trop bas. Les pays en voie de développement ne sont pour rien dans le problème du réchauffement climatique. En outre, les inconvénients de ce réchauffement sont bien plus grand dans le tiers monde, en raison de facteurs géologiques fortuits. Les pays du Sud disposent de bien moins de moyens pour se protéger contre le réchauffement.

Secundo, l’engagement financier de Copenhague est très facultatif et informel. On ne lit nulle part qui va payer combien.

Enfin, le texte dit encore moins quand les engagements vont devoir se muer en un traité contraignant.

La Chine, vilain petit canard ?

Les pays occidentaux rejettent sur la Chine la faute de l’échec de Copenhague. Si la Chine réduisait de 50 % ses rejets de CO2, les États-Unis seraient disposés de réduire les leurs de 80 %. Raisonnable ? N’oublions pas que la Chine est toujours un pays du tiers monde et que, si on s’appuie sur le produit national brut par habitant, elle est toujours le 104e pays le plus pauvre de la terre. Signer un accord avec une limite chiffrée des rejets de CO2 signifierait pour la Chine un plafond limite à son développement.

Pour l’instant, la Chine en est à 4,6 tonnes de rejets par personne. Les États-Unis en sont à 19,8 tonnes par habitant. Si la Chine réduisait de moitié ses rejets, ceux-ci seraient bloqués à 2,3 tonnes par Chinois. Si les États-Unis réduisaient leurs rejets de 80 %, on en serait toujours à 3,96 tonnes par habitants. Les États-Unis se verraient donc octroyer le droit de rejeter deux fois plus que la Chine. Difficile de parler d’équité. Puis, la Chine est l’usine du monde. Un quart des rejets chinois proviennent de la production de marchandises qui sont exportées en Europe et aux États-Unis. Et, de plus, la Chine est loin d’avoir les moyens des États-Unis pour transformer son économie en économie verte.

Pourquoi y a-t-il quand même lieu d’espérer ?

Contrairement à son image dans la presse européenne, la Chine jouit d’une grande considération dans les pays en voie de développement. En insistant sur la dette climatique historique des pays industrialisés et en plaidant pour de substantiels montants compensatoires et des transferts de technologie, la Chine a tissé de solides liens avec le G77 (le groupe des pays pauvres du Sud). Ces liens ont pu peser sur les négociations internationales. Il s’agit d’une rupture de tendance par rapport à toutes les négociations précédentes dans le cadre de l’ONU. Et c’est un signe de bon augure pour les prochaines négociations qui auront lieu au Mexique, fin 2010.

Un autre élément qui permet d’espérer, c’est tout le mouvement de protestation qui s’est exprimé autour du sommet. Des mouvements environnementaux, des organisations des droits de l’homme, des mouvements Nord-Sud, des syndicalistes du Nord et du Sud ont constitué l’alternative « Klimaforum ». Cinq mille activistes ont organisé 280 conférences, ateliers, présentations de films… « Changer le système, pas changer le climat », tel est le titre éloquent de la déclaration populaire qu’ils ont élaborée en commun. Copenhague a été le point de départ d’un mouvement environnemental de portée mondiale, comparable à celui de Seattle, où le mouvement altermondialiste a vu le jour.

Qui est responsable de l’échec ?

Les États-Unis en premier lieu, mais aussi l’Europe ont refusé de proposer des limitations d’émissions et un soutien financier proportionnels à la dette climatique des pays industrialisés. Les émissions d’il y a cent ans se trouvent toujours dans les différents secteurs de la biosphère : l’air, les plantes, le sol et la mer…

Une stabilisation du climat ne se fera pas via une réduction draconienne des rejets de carbone, mais uniquement par des rejets égaux à zéro. C’est pourquoi on peut constater que, si on veut limiter le réchauffement climatique à 2 °C, il nous reste encore un « budget carbone » de 1 000 gigatonnes de CO2 entre 2000 et 2050 pour en arriver à un rejet nul. Entre 2000 et 2006, toutefois, on a déjà utilisé 234 gigatonnes. Le journal britannique The Guardian a fait remarquer que peu a changé depuis la conférence de Berlin de 1885, lors de laquelle les grandes puissances européennes s’étaient partagé l’Afrique entre elles. Copenhague présentait le même enjeu mais, cette fois, sous une forme moderne : qui recevra une part, et laquelle, de la capacité d’encaisse restante de l’écosystème terrestre ? Avec une minable réduction de 20 %, l’Europe s’approprie la part du lion dans ce « budget carbone » qui reste encore à l’humanité. Pourtant, l’Europe dispose de la meilleure technologie et elle a déjà été très loin dans la mise en place de son infrastructure.






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