
En s’attaquant aux droits des immigrés, la pression est mise sur les salaires et conditions de travail des travailleurs belges. La solidarité est donc indispensable. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)
Les migrants quittent leur pays pour des raisons politiques ou d'injustices. Mais aussi en raison du développement économique inégal dans le monde. Si un petit nombre de sociétés internationales surexploitent, par exemple, les ressources maritimes et privent les communautés locales de pêcheurs de revenus décents, peut-on s'étonner que ces personnes cherchent du travail ailleurs ?
Migrer et avoir un statut légal décent devrait donc être un droit. L'émigration de docteurs et des travailleurs de la santé formés en Afrique vers l'Occident a rapporté près de 2,7 milliards de dollars au Royaume-Uni et 846 milliards de dollars aux États-Unis. Ce simple chiffre plaide pour que les pays occidentaux renvoient l'ascenseur et œuvrent à ce que les migrants bénéficient d'un statut leur offrant une vie décente.
Au lieu de cela, en Belgique, comme dans l'ensemble des pays occidentaux, tous les événements sont utilisés pour stigmatiser les étrangers et limiter leurs droits. Y compris la crise de l'accueil des demandeurs d'asile. Les images de files devant l'Office des Etrangers ou de réfugiés dormant dans la rue créent ainsi le sentiment que la Belgique est " envahie " par des étrangers. Ces images sont renforcées par des discours comme celui du magistrat anversois Liegeois, qui décrivait, lors de la rentrée judiciaire, les immigrés comme des parasites qui profitent de la sécurité sociale.
Les réformes se succèdent dans ce sens au Parlement : la nationalité belge ne sera plus octroyée qu'à ceux qui la " méritent ". Les personnes déjà socialement défavorisées seront dès lors encore plus touchées. Les gens aux petits revenus n'ont maintenant plus le droit de vivre avec leur femme et leurs enfants étrangers. Le droit d'asile et le statut de réfugié sont également mis sous pression.
À côté de ces réformes, les autorités prônent une approche musclée et ultra-répressive de lutte contre l'immigration. En septembre, la police d'Ostende se fixait l'objectif d'interpeller chaque jour 20 migrants vers l'Angleterre, de les arrêter pendant 12h et les relâcher par la suite. Le but ? Montrer que les " illégaux " ne sont pas les bienvenus dans la ville portuaire. Tous les partis traditionnels font également de la surenchère en matière d'expulsions.
Quel est l'effet immédiat de ce climat répressif et de toutes ces réformes ? Une précarisation encore plus grande des étrangers présents sur le territoire. Mais c'est peut-être là le but de toute cette politique : avoir des travailleurs au séjour précaire présents sur le marché de l'emploi, obligés d'accepter des emplois mal payés et avec de très mauvaises conditions de travail. Avoir des clandestins qui travaillent pour moins que rien et qui ne peuvent défendre leurs droits par crainte d'être arrêtés et expulsés.
Cette main d'œuvre sans droits, c'est du pain béni pour faire pression sur les salaires et les conditions de travail de l'ensemble du monde du travail. Du pain béni pour cette société basée sur la recherche permanente de profits. C'est avant tout pour combattre cette concurrence que tout un chacun a intérêt à se montrer solidaire à l'égard des migrants, et à revendiquer le meilleur statut de séjour possible pour les étrangers présents en Belgique.