
En 1959, De Clerck fonde une petite entreprise textile qui se transformera rapidement en empire. (Photo www.cin.ba)
Roger De Clerck, ou la réalité dépassant la fiction. En 1959, ce fils de fermier de Wielsbeke fonde une petite entreprise textile qui, avant même qu’il s’en rende compte, se transforme en un véritable empire. Si on peut sans conteste parler d’ardeur au travail, ce que l’on retient surtout, c’est la manière dont le personnel est exploité depuis le début. « Le groupe Beaulieu vendait ses tapis à des prix inférieurs à ceux du marché », écrit le journaliste et écrivain Jan Puype. « En travaillant avec des tisseurs à domicile, il évitait de payer des charges sociales, mais aussi les grèves et autres problèmes avec le personnel. »
De Clerck est passé maître dans l’art de s’enrichir sur le dos des contribuables. En 1985, lorsqu’éclate la crise du secteur textile, il rachète l’entreprise Fabelta à Zwijnaarde à la société hollandaise Akzo pour un franc symbolique. Il reçoit également des autorités flamandes 725 millions de subsides. Peu de temps après, le dernier ouvrier de Fabelta ferme la porte derrière lui. Une stratégie qu’il répètera avec l’usine de verre Verlipack à Mol, Ghlin et Jumet et qui lui permettra de s’en mettre plein les poches.
« Ce type donne effectivement du travail à des milliers de personnes »
Fin 1986, il comparaît devant le juge pour suspicion de faux en écriture et escroquerie durant la période 1976-1986. À l’époque, De Clerck a fait transférer 1,5 milliard d’anciens francs belges à Curaçao. Mais, finalement, il échappe aux poursuites. La Chambre du conseil motive sa décision précisant que « le suspect est à la tête d’un complexe industriel important qui fournit du travail à quelques milliers de personnes ».
« Il était tout simplement obsédé par l’argent », raconte Jean-Pierre Van Rossem dans le quotidien De Morgen. Van Rossem, à l’époque grand gourou de la spéculation en bourse, déclare qu’en 1987 et 1988, il a placé 800 millions d’argent noir pour De Clerck, ce qui lui a rapporté 1,2 milliard. « J’ai également effectué pour lui un placement de 600 millions dans un projet au Brésil, mais l’affaire a implosé et il a perdu tout son argent. Il a alors estimé que je devais lui rembourser les 600 millions. Mais je lui ai répondu : mon ami, tu as voulu jouer et tu as perdu ».
En 1989, le groupe Beaulieu est condamné par la justice britannique à une amende de 250 millions de francs pour fraude. Pour l’époque, il s’agit d’une somme record outre-Manche. Six cadres, dont ses deux fils, se retrouvent sous les verrous. Mais la roue commence véritablement à tourner un an plus tard, lorsque le syndicat dépose une plainte contre le groupe Beaulieu pour détournement de subventions de l’État vers des sociétés au Chili et au Luxembourg. L’affaire débouche sur un dossier monstre.
Jan Puype énumère les plaintes pour lesquelles De Clerck n’a jamais été poursuivi : « Premièrement, la vente de tapis au noir. Deuxièmement, les importantes sommes d’argent placées en Suisse grâce aux fraudes fiscales. Il vendait à bas prix les matières premières de ses filiales à sa société Caprofil en Suisse qui, à son tour, les revendait à prix d’or à l’usine automobile du groupe. Troisièmement, les fausses commissions versées à la famille libanaise Khatchadourian. Environ 90 % étaient versées sur des comptes secrets de la famille ouverts dans des paradis fiscaux ».
En 1997, le fils Jan De Clerck et son épouse sont maintenus en détention préventive durant quarante jours. Ils sont inculpés d’escroquerie, de faux en écriture, blanchiment d’argent, fraude fiscale et association de malfaiteurs. Tous deux passent aux aveux et acceptent de payer d’énormes dommages et intérêts. Au total, cela leur coûtera plus de 40 millions d’euros. Et le bannissement du reste de la famille, qui continue de nier la fraude.
Dans une interview accordée au magasine Trends, le bras droit de Roger De Clerck déclare « en avoir assez d’être considéré comme membre de la plus grande bande de voleurs de Belgique ! »
Mais, visiblement, ce n’est pas si terrible que ça.