
Les militants des syndicats européens n’acceptent pas les « solutions » avancées par les dirigeants des États membres. Et ils le montrent, comme ici lors du dernier sommet européen. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)
Le formateur Di Rupo doit se taire pendant une semaine : opération aux cordes vocales. Pendant ce temps, chaque parti qui se presse à la future table des négociations avance ses idées pour combler le trou de 17 milliards : combien de réductions de dépenses, combien de nouvelles recettes pourrait-on faire ?
Personne ne rappelle comment ce trou a été creusé. Il l’a été par le sauvetage des banques et par une crise économique dont l’homme de la rue n’est pas responsable.
En revanche, ces partis rivalisent pour savoir comment nous plumer sans en avoir l’air. L’Open VLD veut trouver un milliard d’euros en nous faisant travailler plus longtemps. Le MR parle d’un plan anti-gaspillage où l’on dénonce des dépenses de quelques millions1, mais où l’on oublie de parler du puits sans fond des intérêts notionnels : 5,4 milliards, rien qu’en 20122.
La N-VA gagne le prix de la dépendance : « Nos mesures sont celles que proposent l’Union européenne et le FMI », à savoir la suppression de l’index, la limitation du chômage dans le temps et le relèvement de l’âge de la pension. A croire que, pour la N-VA, notre prochain Premier ministre pourrait s’appeler Merkel, Barroso ou Strauss-Kahn...
Et la gauche gouvernementale ? Le sp.a a la solution : relancer l’emploi. Comment ? En « activant » les chômeurs... Vous ne le saviez pas ? L’emploi est là, il manque juste la volonté des gens... Le PS a approuvé, avec le CD&V de Leterme et les autres partis du gouvernement en affaires courantes, un document de 77 pages, le plan de stabilité belge à l’horizon 2015, envoyé à l’Union européenne.
On y retrouve pêle-mêle :
- l’activation des chômeurs (De Croo espère que Di Rupo s’inspirera du modèle allemand inventé par Schröder, Premier ministre social-démocrate, où les chômeurs sont obligés d’accepter des jobs à un euro(!) de l’heure);
- la réforme des pensions et prépensions pour travailler plus longtemps ;
- la limitation les dépenses en soins de santé malgré le vieillissement;
- le non-remplacement d’une bonne partie des fonctionnaires qui partent à la retraite.
Le monde du travail doit retrouver la voix dans les prochains mois pour faire barrage à ces plans européens. Si les 500 entreprises ayant fait les plus gros bénéfices ne paient que 3,76 % d’impôt, il y a là de la marge pour trouver des milliards. Qu’on supprime les intérêts notionnels. Qu’Electrabel, les banques, les grands fraudeurs passent réellement à la caisse. Qu’on arrête le pillage par les firmes pharmaceutiques de la caisse de l’assurance-maladie en introduisant le modèle kiwi. Que les multimillionnaires paient, enfin, un impôt sur la fortune qui existe en France et ailleurs.
Qu’on fasse entendre cette voix le 21 juin à Luxembourg, lors de l’euro-manifestation contre la gouvernance européenne et ses conséquences nationales. Nous ne paierons pas pour leur crise.
1. On y retrouve même les 150 000 euros libérés pour la recherche sur le meurtre du communiste Julien Lahaut, Le Soir, 28 mai 2011 • 2. Révélation du service d'études du PTB, 31 mai 2011, voir www.ptb.be