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13 septembre 2011 15:55 | Il y a : 254  jour(s)
| Thème: International, Palestine, Interview

Reconnaissance de la Palestine par l’ONU :: Interview de Leila Shahid

Ce 20 septembre sera une date clé pour la Palestine. « Sa reconnaissance par l’ONU comme membre à part entière lui permettra de négocier d’État à État avec Israël, après 20 ans de négociations qui n’ont rien donné », explique Leila Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg.

Bert De Belder et Elisabeth Mertens

Leila Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg : « Nous avons déclaré l’existence d’un État en 1988, reconnaissant la résolution 181 de 1947 des Nations-Unies établissant un plan de partage de la Palestine en deux États, un juif et un arabe. Ce partage attribuait 56 % du territoire à l’État sioniste et 44 % à la Palestine. Le mouvement sioniste n’était propriétaire que de 6 % de la Palestine historique ! » (Photo Australians for Palestine)

Dans quelques jours, la question de la reconnaissance de l’État palestinien sera abordée à l’ONU. Quels en sont les obstacles et la portée ?
    Leila Shahid.
Rappelons que nous avons déclaré l’existence d’un État en 1988, reconnaissant la résolution 181 de 1947 des Nations unies établissant un plan de partage de la Palestine en deux États, un juif et un arabe. Ce partage attribuait 56 % du territoire à l’État sioniste et 44 % à la Palestine, alors sous mandat britannique – et le rôle d’un mandat, c’est de préparer l’indépendance, et non d’offrir un pays à un autre. Le mouvement sioniste n’était propriétaire que de 6 % de la Palestine historique ! Après la première Intifada, le président Mahmoud Abbas a jugé le moment opportun pour proclamer un État palestinien dans les territoires occupés de Cisjordanie, Gaza et Jérusalem Est, passant des 44 % octroyés par l’ONU à 22 %. Cette proclamation a été faite à Alger le 15 novembre 1988 au Conseil national palestinien. Dans cette même proclamation, nous avons reconnu l’État d’Israël dans ses frontières de 1967, communes aux deux États.
    Ce que nous demandons aujourd’hui, c’est de reconnaître notre État à l’Assemblée générale (AG) des Nations unies, où plus de 124 pays ont déjà accepté. Le seul groupe qui n’a pas encore reconnu l’État palestinien est le bloc européen.
 
Pourquoi ?


    Leila Shahid. En 1999, le travailliste Ehud Barak était nommé Premier ministre. Les Européens n’ont pas voulu l’accueillir avec une déclaration unilatérale et ont postposé cette déclaration, tout en affirmant qu’ils reconnaîtraient la Palestine « en temps voulu ». Récemment, en décembre 2010, les Européens ont répété la même chose. Mais c’est quand, ce « temps voulu » ? Ils reconnaissent les frontières de 1967 et Jérusalem comme capitale des deux États ; que la colonisation est illégitime ; que la question des réfugiés doit être négociée. Dans leur position, il y a tous les ingrédients de la reconnaissance de l’État palestinien. Et les Européens sont dans le groupe des donateurs les plus généreux. En avril, ils ont félicité le Premier ministre Salam Fayyad pour ses infrastructures et institutions nationales construites avec l’argent européen. Mais l’UE ne reconnaît toujours pas l’État palestinien ! Actuellement, nous essayons d’obtenir à l’AG des Nations unies une majorité en notre faveur. C’est possible si le groupe des Européens s’ajoute aux 124 pays qui nous ont déjà reconnus. Cela ne mettra pas fin à l’occupation, mais c’est très important, parce que cela fait 20 ans que nous négocions. Or Netanyahou continue à construire plus de colonies, plus de mur et a presque complètement annexé Jérusalem Est. En même temps, il parle de paix et de coexistence ! Nous revenons donc vers l’instance qui représente la communauté internationale, la mettant devant ses responsabilités. Il ne suffit plus de nous dire, comme pendant 20 ans, d’aller parler avec Israël, cela n’a rien donné. Et, comme les Israéliens sont plus forts au plan économique, militaire, politique, ils sont en train de détruire le potentiel de l’État palestinien. La communauté internationale a le devoir d’appliquer les résolutions des Nations unies sur ce conflit qui dure depuis 44 ans.

Concrètement, quelle va être la démarche ?
    Leila Shahid.
Il y a deux procédures. D’abord, ce 20 septembre, nous allons soumettre une lettre à M. Ban Ki-moon, le secrétaire général, afin de demander la reconnaissance de la Palestine comme membre à part entière. Nous voulons revenir aux négociations, mais d’État à État, sous la protection des Nations unies pour protéger notre territoire et avec un calendrier précis. Mais il faut que Conseil de sécurité accepte, et les Américains viennent de déclarer qu’ils opposeront leur veto, qu’ils justifient, comme Israël, en déclarant qu’il s’agit d’une action unilatérale. Mais nous ne pouvons pas continuer à être les otages d’Israël, qu’enfin il reconnaisse la Palestine, surtout que, entre-temps, ses gouvernements sont devenus de plus en plus anti-palestiniens, de plus en plus à droite et racistes. Le gouvernement actuel veut transférer la population de Galilée en Cisjordanie, parce qu’il ne veut plus de citoyens palestiniens en Israël.
    L’autre procédure est d’aller à l’AG de l’ONU, bien plus représentative de la volonté mondiale que le Conseil de sécurité. L’AG n’a pas le droit d’admettre des États, mais elle a le droit de voter des résolutions dans lesquelles elle peut dire ce qu’elle veut. Nous allons donc lui soumettre un projet de résolution. Si nous obtenons 2/3 des votes, l’AG peut renvoyer le dossier au Conseil pour que le veto américain soit reconsidéré. Ou elle peut donner un autre statut à la Palestine, celui d’un « membre État » (comme le Vatican). Actuellement, en tant qu’OLP, nous sommes reconnus comme Observateur Permanent dans les instances de l’ONU.

Comment expliquer la position des États-Unis ?
    Leila Shahid.
Dans son premier discours à l’AG de l’ONU, Obama a déclaré qu’il espérait que « l’an prochain, il y aurait un nouvel État membre à l’AG : la Palestine ». Tout le monde s’est levé et a applaudi. Au Caire, il a affirmé que les colonies n’étaient pas légales. Il a notifié à Mahmoud Abbas sa volonté de voir ce conflit résolu, sachant l’influence négative que sa non résolution a sur la politique américaine dans le monde et que, s’il arrivait à la paix entre Israéliens et les Palestiniens, cela aurait un impact sur tous les autres dossiers.
    Mais Netanyahou a tout refusé, et Obama est très affaibli par les dernières élections, la crise financière, l’opposition du Congrès où il n’a pas la majorité. Et, au vu des élections en 2012, sa priorité est d’être réélu. Des positions sur la question palestinienne lui coûteraient des voix. Mais on ne peut être éternellement l’otage de la politique intérieure américaine. Le Congrès a déjà dit que, si nous osions demander une résolution, il allait supprimer l’aide américaine. C’est honteux. Ou bien on accorde de l’aide parce qu’on pense qu’elle est méritée, ou bien on ne l’accorde pas ; ce n’est pas un moyen de chantage. Cela aurait de graves répercussions sur la politique américaine dans la région.

Quelle est la position que va prendre la Belgique ?
    Leila Shahid.
La Belgique a le même débat que dans tous les membres de l’UE. La majorité des citoyens belges, des élus, de la société civile sont en faveur de notre reconnaissance. Les syndicats se sont également mobilisés. Mais que va faire le gouvernement ? Nous lui demandons, comme à tous, de voter en faveur de la résolution. Leterme a dit que, si la formulation le permet, il voterait pour. Mais il n’y a pas encore de premier jet de la résolution. Nous sommes prêts à en discuter, et Catherine Ashton, en charge des affaires étrangères et de la politique de sécurité de l’UE, tente d’arriver activement à une formulation de résolution acceptable pour tous les Européens, même si des pays comme l’Allemagne, la Hollande, la Tchéquie refusent.

Si la reconnaissance est acceptée, quelle sera la réaction aux niveaux palestinien et mondial ?
    Leila Shahid.
Côté palestinien, le plus important est le passage d’un tête-à-tête avec Israël à une discussion multinationale où nous sommes reconnus comme égaux, même si toujours sous occupation militaire. Le Premier ministre Salam Fayyad rappelle toujours qu’il faut aussi une stratégie pour le lendemain de la reconnaissance parce que, sur le terrain, rien n’aura changé. Mais cette reconnaissance du monde entier donnera déjà aux Palestiniens une dignité nationale et diminuera grandement la colère et le sentiment d’injustice.
    Au plan international, ce sera aussi une reconnaissance pour les opinions publiques, les mouvements associatifs, les Parlements, les militants de droits de l’homme qui se battent depuis 44 ans. Mais il est très important de s’adresser aux États, afin de permettre un nouvel élan au niveau diplomatique, puisque l’occupation se poursuit.

L’actualité montre que, dans la société israélienne, il y a un grand mécontentement.
    Leila Shahid.
Depuis que Netanyahou est arrivé au pouvoir, la situation est telle qu’elle fait descendre 450 000 personnes dans la rue, la majeure partie du budget israélien allant à l’armée et aux colons. Les citoyens israéliens demandent des logements, qu’ils n’arrivent plus à payer. C’est incroyable que, dans les colonies, on puisse s’offrir une villa avec piscine pour ¼ du prix d’un appartement d’étudiant à Tel-Aviv, et les colons ne paient pas de taxes ! Beaucoup de colons le sont devenus pour l’aspect financier. Les manifestants demandent aussi une totale réorganisation de l’État israélien contre la politique de libéralisme économique de Netanyahou qui, quand il était Premier ministre sous Sharon, a privatisé les ¾ du pays ; et il veut encore privatiser. Pour la première fois, ce libéralisme a mené à un écart énorme entre les très riches et les très pauvres. 24 % des Israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Mais ce mouvement de révolte n’évoque pas la Palestine – et ce n’est pas grave –, parce que le sujet divise et ils veulent la base la plus large possible. Même si nous avons vraiment beaucoup d’amis dans la société israélienne, de gens qui manifestent tous les jours contre l’occupation militaire. Depuis quelques années, 100 000 Israéliens ont quitté Israël parce que ce pays va de guerre en guerre, ne correspond plus à leur idéal d’une société égalitaire et, car ils n’acceptent plus des mesures liberticides. La Knesset est en train d’établir des lois pour accuser de traîtrise les députés et les ONG travaillant avec les Palestiniens ou qui appellent au boycott des produits des colonies. Ils sont des « traîtres », et on peut leur retirer leur passeport israélien...


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